Carburant en Haïti : après trois baisses successives, l’État contraint d’augmenter les prix pour éviter la pénurie
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Après trois baisses successives, les prix des produits pétroliers repartent à la hausse en Haïti. La nouvelle grille tarifaire entrera en vigueur ce lundi 10 août 2026 sur tout le territoire national.
La décision a été annoncée conjointement par le ministère de l’Économie et des Finances, dirigé par Serge Gabriel Collin, et le ministère du Commerce et de l’Industrie, dirigé par James Monazard.
Le gallon de gazoline passe de 650 à 700 gourdes, retrouvant ainsi son prix de juin dernier. Le diesel augmente de 700 à 770 gourdes, tandis que le kérosène passe de 690 à 765 gourdes.

Ces ajustements représentent des hausses de 7,7 % pour la gazoline, de 10 % pour le diesel et de 10,9 % pour le kérosène.
Le Conseil consultatif de suivi du marché pétrolier (CCSMP), composé de neuf membres, affirme avoir privilégié une augmentation progressive, selon une note explicative. Selon ses calculs, le prix réel du gallon atteindrait 879,22 gourdes pour la gazoline, 861,39 gourdes pour le diesel et 788,87 gourdes pour le kérosène.
Une source bien informée au sein du CCSMP confie à notre rédaction que l’État aurait enregistré des pertes importantes sur les produits pétroliers en juillet. Elle estime que la situation devient difficile à maintenir alors que le gouvernement doit financer le recrutement annoncé de 4 000 policiers, renforcer les moyens de la Police nationale et assurer le paiement mensuel des employés et contractuels de l’administration publique, entre autres.

Selon cette source, l’État ne peut pas imposer une hausse excessive à une population déjà frappée par l’insécurité, le chômage et la baisse du pouvoir d’achat. Il ne peut pas davantage demander aux importateurs de vendre le carburant à perte. Une accumulation des déficits risquerait, prévient-elle, d’aggraver la crise économique et alimentaire. La source avance cet argument pour justifier l’augmentation des prix des produits pétroliers.
La source rappelle qu’à l’époque du programme PetroCaribe, le Venezuela permettait à Haïti de différer le paiement d’une partie de sa facture pétrolière. Ce mécanisme donnait aux autorités une marge financière pour subventionner le carburant et maintenir les prix à la pompe.
La fin de PetroCaribe a changé la situation. L’État doit désormais mobiliser davantage de ressources pour couvrir l’écart entre le coût réel des produits et leur prix de vente. L’État n’a pas assez de moyens et, sans le paiement du manque à gagner aux compagnies pétrolières, les importations pourraient ralentir et provoquer une pénurie.
Une telle situation avait déjà favorisé le phénomène des « gallons jaunes », notamment sous le ministre des Finances Ronald Décembre, en 2018. Des revendeurs profitaient alors de la rareté pour proposer le carburant à des prix atteignant parfois quatre à cinq fois le tarif officiel. Certains ont constitué des stocks avant les pénuries, tandis que d’autres s’approvisionnaient en République dominicaine pour revendre les produits en Haïti à des prix exorbitants.
Cette nouvelle hausse pourrait réduire les risques de pénurie, mais elle risque de se répercuter sur les transports, les produits alimentaires, l’agriculture, le commerce et les petites entreprises.
Djovany Michel
Djovany Michel est journaliste d’investigation, PDG et rédacteur en chef de Satellite509, média indépendant et sans subvention, spécialisé dans la dénonciation de la corruption et de la mauvaise gouvernance. Il est l’actuel secrétaire général du Réseau Haïtien des Journalistes Anti-Corruption (RHAJAC).
Spécialités : gouvernance, corruption, géopolitique
Basé entre Haïti et la République dominicaine.
