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Michel Martelly revient au combat : sanctionné pour trafic de drogue et accusé de soutenir des gangs, il vise à nouveau le Palais national

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Michel Joseph Martelly fait son retour dans l’arène présidentielle. Ce mardi 22 septembre 2026, l’ancien président haïtien a déposé sa candidature à l’élection présidentielle sous la bannière du parti DEBLOKE, selon les informations figurant dans son dossier d’inscription. Cette nouvelle ravive immédiatement le souvenir d’une présidence (2011-2016) marquée par de vives controverses, des accusations de mauvaise gouvernance, le scandale PetroCaribe et, surtout, par des sanctions internationales qui pèsent encore lourdement sur son parcours politique.

Le retour de Martelly ne s’apparente pas à celui d’un simple ancien chef d’État sollicitant paisiblement les suffrages de la population. Il revient avec un passif politique et international particulièrement lourd. Le 20 août 2024, le département du Trésor américain, par l’intermédiaire de l’OFAC, a officiellement sanctionné l’intéressé en vertu du décret présidentiel (« Executive Order ») 14059, visant les personnes impliquées dans le trafic mondial illicite de stupéfiants. Washington a alors accusé Martelly d’avoir usé de son influence pour faciliter le trafic de drogue , notamment de cocaïne à destination des États-Unis , d’avoir participé au blanchiment de revenus issus de ce trafic, d’avoir collaboré avec des trafiquants haïtiens et d’avoir soutenu plusieurs gangs opérant en Haïti.

Ces accusations ne proviennent ni d’un adversaire politique haïtien ni du contexte d’une campagne électorale ; elles figurent dans une décision officielle du gouvernement américain. Les sanctions américaines ont notamment entraîné des restrictions financières sur les opérations relevant de la juridiction des États-Unis, ainsi que des interdictions visant en particulier les prêts ou crédits accordés par des institutions financières américaines.

Mais Washington n’est pas le seul gouvernement à prendre des mesures à l’encontre de l’ancien président. Le Canada l’a sanctionné en novembre 2022, dans le cadre de son régime de sanctions visant des membres de l’élite haïtienne soupçonnés de soutenir, de financer ou de tirer profit des activités de gangs armés. Le Canada a indiqué que les sanctions de novembre 2022 visaient notamment Michel Joseph Martelly, parmi plusieurs personnalités politiques haïtiennes.

Par la suite, le 15 décembre 2025, l’Union européenne a à son tour inscrit Michel Martelly sur la liste des sanctions relatives à la violence des gangs et aux violations des droits de l’homme en Haïti. Dans cette décision, le Conseil de l’Union européenne affirme que Martelly et Youri Latortue ont armé et financé plusieurs gangs afin de promouvoir leurs agendas politiques, de défendre leurs intérêts personnels et économiques et de contrôler le territoire. Il s’agit là encore d’une accusation officielle portée par une institution internationale.

À ce lourd passif international s’ajoute le dossier PetroCaribe, l’un des plus grands scandales financiers ayant marqué l’histoire haïtienne contemporaine. La Cour supérieure des comptes et du contentieux administratif a audité la gestion du fonds PetroCaribe pour la période allant de septembre 2008 à septembre 2016, période couvrant notamment les années au pouvoir de Michel Martelly. Ces rapports ont révélé de nombreuses irrégularités dans la gestion, l’attribution et l’exécution des projets financés par ces ressources publiques. La Cour a toutefois rappelé que la qualification et la poursuite d’éventuelles infractions pénales relèvent de la compétence des institutions judiciaires.

C’est précisément là que le retour de Martelly revêt une dimension particulièrement explosive. Celui qui a dirigé le pays pendant cinq ans revient aujourd’hui solliciter à nouveau la confiance populaire, alors que son nom reste associé à plusieurs des dossiers les plus controversés de la dernière décennie. Le débat ne se limite donc pas au seul enjeu électoral. Il touche directement à la question de la responsabilité politique, de la mémoire nationale et de la capacité d’un ancien dirigeant frappé par des sanctions internationales à se présenter à nouveau devant les électeurs haïtiens.

Et pourtant, Martelly a franchi une nouvelle étape. Après s’être inscrit sur les listes électorales le 30 août 2026 au Lycée national de Pétion-Ville , accompagné notamment de son avocat, Me Mario Delcy , il passe désormais à l’action en déposant sa candidature sous la bannière DEBLOKE. Son inscription sur les listes électorales avait déjà alimenté les spéculations quant à un retour en politique ; à ce stade, il ne s’agissait pas encore d’une candidature officielle.

Ce mardi 22 septembre, la donne change, Martelly ne se contente plus d’observer la bataille depuis les coulisses : il demande officiellement à entrer dans la course. Toutefois, ce dépôt de dossier ne signifie pas pour autant que le CEP lui a définitivement accordé le droit de concourir. Le Conseil électoral provisoire doit examiner les dossiers, traiter les éventuelles contestations et publier la liste définitive des candidats retenus. Le calendrier actuel prévoit la publication de la liste provisoire le 29 septembre 2026 et celle de la liste définitive des candidats validés le 14 octobre 2026.

Le premier tour de l’élection présidentielle est fixé au 13 décembre 2026, avec un second tour annoncé pour le 21 février 2027.
La question qui se pose désormais à Haïti est brutale : jusqu’où le pays est-il prêt à aller dans la normalisation politique d’un ancien président visé par des sanctions de plusieurs puissances étrangères et par des accusations d’une extrême gravité ?

Car il ne s’agit pas simplement de rappeler que Martelly a exercé la présidence de 2011 à 2016. Il convient également de rappeler ce que lui reprochent les autorités américaines, canadiennes et européennes, d’évoquer les controverses financières ayant marqué cette période de pouvoir et de souligner que ces dossiers ne s’effacent pas par le simple dépôt d’une candidature électorale.

Une candidature peut être déposée. Elle peut être contestée. Elle peut être acceptée ou rejetée après examen. Mais aucune inscription sur les listes électorales ne saurait effacer les faits documentés, les sanctions internationales et les interrogations qui continuent de peser sur le bilan de l’ancien président.

Le 22 septembre 2026 restera donc la date à laquelle Michel Martelly a décidé de se porter à nouveau candidat. Il appartient désormais au CEP, puis aux électeurs haïtiens, de voir au-delà des slogans, des souvenirs de la scène et des campagnes politiques pour examiner le dossier dans sa globalité.

Par Sanon MARC-ANTOINE

Djovany Michel est journaliste d’investigation, PDG et rédacteur en chef de Satellite509, média indépendant et sans subvention, spécialisé dans la dénonciation de la corruption et de la mauvaise gouvernance. Il est l’actuel secrétaire général du Réseau Haïtien des Journalistes Anti-Corruption (RHAJAC).

Spécialités : gouvernance, corruption, géopolitique

Basé entre Haïti et la République dominicaine.

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