Bicha candidat au Sénat : un opportuniste qui cherche à tirer profit d’un pays pris en otage par des « bandits légaux »
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Tonton Bicha, de son vrai nom Daniel Fils-Aimé, se porte candidat au Sénat pour le département du Nord, à l’approche d’un scrutin dont le premier tour est fixé au 18 juillet 2027. Dans une vidéo relayée sur les réseaux sociaux cette semaine, interrogé sur son alignement avec Michel Martelly, il assume : il n’a « aucun problème » à s’aligner avec celui qu’il présente comme « mon ancien président et mon futur président ».
Sur la justice, Bicha évacue la question. Si elle a quelque chose à reprocher à Martelly, dit-il en substance, qu’elle agisse. Lui y voit un ami, dont il pourrait dire tant de bien que ses propos passeraient pour de la propagande. « Les faits sont là », conclut-il. Les faits, justement : Martelly est sanctionné par les États-Unis, le Canada et l’Union européenne, et il est accusé de trafic de drogue, de blanchiment d’argent et de complicité avec les gangs. Dans cet extrait, Bicha n’a pas un mot pour les victimes. Il a une réponse pour l’ami.

Or, le Sénat n’est pas une scène de plus. Les trente sénateurs de la République, trois par département, sont élus pour six ans. Ils votent les lois et le budget, interpellent le gouvernement, valident certaines nominations décidées par le président et siègent en Haute Cour de justice pour juger les plus hauts responsables de l’État. Un sénateur peut ouvrir la voie ou la bloquer. Pour le Nord, il n’y a que trois sièges. Les occuper exige une maîtrise des dossiers, de la rigueur et de l’indépendance, pas des bons mots.
L’indépendance est justement ce qui manque à Bicha. Conseiller en communication de Martelly, il a ensuite été consultant en communication au Palais national sous Jovenel Moïse, au moment où le mouvement Petrochallenge réclamait des comptes sur PetroCaribe. En 2018, des internautes le jugeaient sans crédibilité pour parler de l’argent public. Il se disait pourtant l’un des plus grands critiques du pouvoir, assurant que tout le système devait tomber. Le système n’est pas tombé. Bicha, lui, a changé de camp sans changer de système.
Bicha l’a dit lui-même dans sa vidéo : il est candidat sous la bannière de DEBLOKE, la coalition de Martelly qui compte d’anciens membres du PHTK. Rejoindre ce camp, c’est choisir le retour de ceux qui ont mené le pays là où il en est. Ce sont ces « bandits légaux » que le pays croyait avoir derrière lui : des hommes qui n’ont pas besoin de cagoule, puisque la loi leur ouvre les portes. Et c’est à ce camp que Bicha prête sa comédie.
Le pays a eu son lot de médiocres. On a déjà envoyé au Parlement des figures sans bagage législatif, et le résultat s’est vu dans les débats comme dans les textes. Le talent de comédien de Bicha, personne ne le conteste vraiment. Qu’il garde la comédie pour la scène. Le Nord mérite un sénateur, pas un rôle.
Gladimi BRUNI et Djovany Michel
Djovany Michel est journaliste d’investigation, PDG et rédacteur en chef de Satellite509, média indépendant et sans subvention, spécialisé dans la dénonciation de la corruption et de la mauvaise gouvernance. Il est l’actuel secrétaire général du Réseau Haïtien des Journalistes Anti-Corruption (RHAJAC).
Spécialités : gouvernance, corruption, géopolitique
Basé entre Haïti et la République dominicaine.
