Bukele défend ses hommes, et nos policiers, qui les défend ?
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Quatre cent cinquante soldats salvadoriens ont pris position en Haïti, et l’espoir circule déjà : cette fois, les gangs auraient en face un adversaire à leur mesure. Depuis le dimanche 18 octobre 2026, jour de la disparition de quatre militaires salvadoriens à Santo, à Croix-des-Bouquets, le président Nayib Bukele est devenu pour beaucoup l’homme qui va régler la question. On peut comprendre cet élan. Il vaut mieux ne pas s’y abandonner.
Reprenons ce que Bukele a réellement dit. Ses compatriotes doivent lui être remis « sains et saufs », et alors « tout reviendra comme avant leur enlèvement ». La formule a choqué, alors qu’elle est celle d’un président qui s’occupe des siens. Il a d’ailleurs rappelé que ses hommes sur place sont des pilotes et des techniciens chargés d’évacuations médicales. Son pays ne dirige pas la mission et n’est pas venu faire la guerre à notre place. Quant à cet « avant », nous savons ce qu’il valait : des quartiers sous contrôle armé, des massacres, des familles jetées sur les routes.
Soyons reconnaissants envers ceux qui risquent la vie de leurs soldats pour un pays qui n’est pas le leur. Mais cette gratitude ne change rien à la nature du problème. Une aide étrangère, même courageuse, ne remplace pas la volonté de ceux qui gouvernent.

Regardons ce que cette affaire révèle chez nous. Le 12 mars 2021, cinq policiers du SWAT sont tués à Village de Dieu. Des vidéos montrent leurs corps traînés et frappés par des bandits. Quatre jours plus tard, la police met la main sur son véhicule blindé, après des négociations selon des sources concordantes. Les dépouilles, elles, restent là-bas. Des policiers ont dénoncé à l’époque un haut commandement plus soucieux du matériel que des hommes. Voilà ce que valent, aux yeux des dirigeants, ceux qui tombent en uniforme. Ces mêmes bandits profanent sans crainte des corps dont ils savent que personne ne viendra les réclamer.
Policiers, c’est à vous que nous nous adressons. Observez avec quelle gravité un chef d’État étranger traite la disparition de quatre militaires. Posez-vous ensuite la question : qui vous protège, vous ? Certainement pas ceux qui vous envoient au front sans filet. Ils protègent leur pouvoir. Et quand des citoyens manifestent pour obtenir des droits dont vous pourriez vous-mêmes profiter, c’est souvent vous qu’on place devant eux pour les repousser. Vous maltraitez alors des gens de votre propre milieu, pour des dirigeants qui ne feront rien le jour où vous tomberez.
Le gouvernement, lui, a parlé de « priorité absolue » après les premières déclarations de Bukele. Beaucoup de citoyens y ont vu un affront : la priorité absolue, c’est la sécurité de tous les Haïtiens. Et pendant que près de 500 soldats étrangers prennent des risques à Port-au-Prince, le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé n’est même pas dans le pays. Selon des sources concordantes, il est parti sans communication officielle, à bord d’un jet privé, pour une affaire de famille.
Nous voulons une réponse ferme, comme celle qui aurait dû suivre le drame de mars 2021. Cette fermeté devra aussi savoir viser juste. Tous ceux qui vivent dans les zones tenues par les gangs ne leur sont pas liés. Si des opérations ont lieu, elles doivent frapper les fiefs des bandits, en s’appuyant sur le renseignement, pour limiter autant que possible les dommages collatéraux. Mais sans volonté réelle venue d’en haut, aucun soldat étranger ne fera ce travail à notre place. Pas d’illusions.
Gladimi BRUNI
Djovany Michel est journaliste d’investigation, PDG et rédacteur en chef de Satellite509, média indépendant et sans subvention, spécialisé dans la dénonciation de la corruption et de la mauvaise gouvernance. Il est l’actuel secrétaire général du Réseau Haïtien des Journalistes Anti-Corruption (RHAJAC).
Spécialités : gouvernance, corruption, géopolitique
Basé entre Haïti et la République dominicaine.
