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Colère devant l’ambassade d’Haïti au Chili : des migrants haïtiens dénoncent la fraude et le racket

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Des Haïtiens vivant au Chili sont descendus dans la rue le vendredi 14 août 2026 pour exprimer leur colère et leur inquiétude face à la dégradation de leurs conditions de vie. Rassemblés devant l’ambassade d’Haïti au Chili, les manifestants ont notamment dénoncé les pertes d’emploi, les difficultés économiques, les obstacles rencontrés pour envoyer de l’argent à leurs proches restés en Haïti, ainsi que ce qu’ils considèrent comme un manque de respect et de considération envers la communauté haïtienne.

Par cette mobilisation, les participants demandent aux autorités haïtiennes, en particulier aux responsables de la représentation diplomatique au Chili, de porter leurs préoccupations à la connaissance des autorités chiliennes. Pour eux, l’ambassade ne doit pas seulement représenter Haïti sur le plan diplomatique, mais aussi défendre les intérêts et les droits de ses compatriotes confrontés à des difficultés dans leur pays d’accueil.

La situation migratoire au Chili est particulièrement complexe pour de nombreux Haïtiens, notamment en raison des exigences administratives imposées par les autorités chiliennes. Parmi les documents requis figurent le casier judiciaire et le passeport, des pièces devenues indispensables pour diverses démarches liées à la résidence et à la régularisation.

Cependant, certains manifestants affirment avoir dû consentir à de lourds sacrifices financiers pour obtenir ces documents. Lors de la mobilisation, un participant a même déclaré avoir été contraint, selon ses propres termes, de passer par des personnes qu’il présente comme membres d’une « mafia » pour obtenir certains papiers.

Ces accusations graves nécessiteraient une enquête sérieuse de la part des autorités compétentes. Elles alimentent toutefois la colère déjà présente au sein d’une partie de la communauté haïtienne.

Les manifestants ont également exprimé leur mécontentement quant au fonctionnement de la représentation diplomatique haïtienne au Chili. Le nom de Glodel Mezilas, présenté comme un technicien fort de 28 années d’expérience au sein du système, a notamment été cité lors de la mobilisation.

Face à cet argument, certains manifestants ont rétorqué que l’ancienneté et l’expérience ne constituent pas, à elles seules, un gage d’efficacité. Pour eux, ce qui importe aujourd’hui, c’est la capacité réelle des responsables à répondre aux difficultés que les Haïtiens rencontrent au quotidien.

Le message des protestataires est clair : ils réclament des résultats, du soutien et une véritable défense de leurs intérêts, et non de simples explications administratives.

Mackenson Dolph interpelle également les autorités

Parmi les personnes présentes pour soutenir certains compatriotes dans leurs démarches figurait Mackenson Dolph, un Haïtien résidant au Chili depuis plusieurs années et déjà en possession de ses documents.

Selon ses dires, il collabore avec un cabinet juridique privé qui accompagne les Haïtiens confrontés à certaines procédures administratives et judiciaires, notamment celles liées aux « lettres d’abandon ». Il affirme également bien connaître certaines réalités de la politique migratoire chilienne et avoir, selon lui, alerté par le passé sur les difficultés auxquelles la communauté pourrait être confrontée.

Mackenson Dolph assure avoir déjà mené des actions pour dénoncer ce qu’il considère comme l’inaction ou l’irresponsabilité de certains responsables haïtiens. Il a notamment évoqué une démarche entreprise en 2018 concernant le cas de Widline, ainsi qu’une autre dénonciation effectuée durant la deuxième semaine d’août 2026.

Lors de son intervention, Mackenson Dolph a également relaté le cas d’un compatriote l’ayant contacté au sujet de son dossier. D’après son témoignage, cet Haïtien aurait déjà soumis quatre procédures policières et s’apprêtait à en déposer une cinquième.

Toujours selon les informations rapportées par Mackenson Dolph, différentes étapes de la procédure auraient donné lieu à des paiements de 300 000 pesos chiliens chacun. Il affirme que ce compatriote aurait déjà reçu quatre lettres d’abandon, tandis qu’une cinquième aurait été réclamée.

Ces affirmations doivent également être considérées comme des témoignages solides. Elles soulèvent néanmoins des questions importantes quant aux conditions dans lesquelles certains migrants haïtiens mènent leurs démarches administratives et judiciaires.

L’affaire du casier judiciaire qui suscite la colère

Lors de la mobilisation, Mackenson Dolph a également fait état du témoignage d’un autre compatriote qui l’aurait contacté durant un direct sur TikTok.

Selon ce récit, l’homme a été orienté vers l’ambassade d’Haïti au Chili pour obtenir un casier judiciaire. Il affirme qu’une personne lui a réclamé 25 dollars américains ainsi que ses empreintes digitales. D’après son témoignage, on lui a ensuite indiqué qu’il pourrait récupérer le document, mais que celui-ci pourrait également être transmis à un autre compatriote présenté comme un opérateur.

Toujours selon ce récit, cet opérateur aurait alors exigé 270 000 pesos chiliens avant que le document ne lui soit finalement restitué quinze jours plus tard.

Pour Mackenson Dolph, ce type de témoignage soulève une question d’une extrême gravité : comment un document administratif indispensable peut-il coûter aussi cher à un migrant qui cherche simplement à régulariser sa situation ?

Il évoque l’existence d’un système dans lequel certaines personnes profiteraient de la vulnérabilité des Haïtiens pour tirer profit des démarches administratives. Il parle notamment d’un réseau d’individus qu’il qualifie de « racketteurs », qui feraient payer davantage ceux désireux d’obtenir rapidement leurs documents.

Au-delà des revendications exprimées ce vendredi, c’est toute une communauté haïtienne qui se dit de plus en plus fragilisée. Perte d’emploi, difficultés économiques, démarches administratives coûteuses, inquiétudes quant au statut migratoire et impossibilité pour certains de subvenir régulièrement aux besoins de leurs familles restées en Haïti : les problèmes évoqués sont nombreux.

Les manifestants demandent donc à l’État haïtien d’assumer ses responsabilités et à la représentation diplomatique de porter leur voix auprès des autorités chiliennes.

Ils souhaitent avant tout que les difficultés rencontrées par les Haïtiens ne soient plus traitées comme de simples problèmes individuels. À leurs yeux, lorsque des centaines de compatriotes se heurtent aux mêmes obstacles, une réponse institutionnelle s’impose.

La mobilisation du 14 août 2026 adresse ainsi un message aux autorités haïtiennes : les Haïtiens du Chili veulent être entendus, accompagnés et respectés. Ils exigent également que toute accusation de fraude, de racket ou de pratiques irrégulières concernant les documents officiels fasse l’objet d’enquêtes sérieuses.

Car derrière chaque passeport, chaque casier judiciaire et chaque démarche administrative, il y a une personne, une famille et souvent des années de sacrifices pour tenter de bâtir une vie meilleure loin d’Haïti.

Par Sanon Marc-Antoine

Djovany Michel est journaliste d’investigation, PDG et rédacteur en chef de Satellite509, média indépendant et sans subvention, spécialisé dans la dénonciation de la corruption et de la mauvaise gouvernance. Il est l’actuel secrétaire général du Réseau Haïtien des Journalistes Anti-Corruption (RHAJAC).

Spécialités : gouvernance, corruption, géopolitique

Basé entre Haïti et la République dominicaine.

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