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France : Thélyson Orélien, l’écrivain canado-haïtien, dans la tourmente : son roman « C’était ça ou mourir » accusé d’avoir été écrit par l’IA

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En quelques jours, Thélyson Orélien est passé de la consécration littéraire à une controverse qui dépasse désormais les frontières françaises. L’écrivain canado-haïtien de 38 ans est accusé d’avoir eu recours à l’intelligence artificielle pour écrire son premier roman, « C’était ça ou mourir ». Il conteste ces accusations, qui reposent notamment sur les résultats d’un logiciel de détection d’IA dont la fiabilité fait débat.

Publié en France le 19 août 2026 chez Grasset, après une publication au Canada par les Éditions du Boréal, « C’était ça ou mourir » raconte le parcours de Jonas, un professeur d’histoire-géographie haïtien contraint de quitter son pays en raison de la violence et de l’insécurité. Son périple migratoire à travers les Amériques jusqu’au Canada constitue le cœur du récit.

Portrait de Thélyson Orélien, écrivain canado-haïtien et auteur du roman « C’était ça ou mourir ».

Le roman connaît rapidement le succès. En France, plus de 35 000 exemplaires sont vendus en cinq semaines. L’ouvrage remporte le prix du roman Fnac et figure dans les premières sélections de plusieurs grandes récompenses littéraires, dont le Goncourt, le Renaudot et le Femina.

Mais le 21 septembre 2026, quelques heures après l’attribution du prix du roman Fnac, la trajectoire du livre bascule.

La polémique naît en France sur le réseau social X. Un compte alors anonyme baptisé « Balance ton Claude » affirme avoir soumis des passages du roman au détecteur d’intelligence artificielle Pangram. Selon ce compte, l’outil aurait identifié une très forte probabilité que le texte ait été généré par une IA.

L’accusation devient rapidement virale et gagne les médias français, puis le Québec et le Canada.

Le Monde soumet à son tour plus de la moitié du roman à Pangram. Selon le quotidien français, l’outil classe plus de 95 % du texte analysé comme ayant été rédigé par une intelligence artificielle, avec un niveau de confiance présenté comme élevé.

L’homme derrière le compte « Balance ton Claude » a depuis révélé son identité. Le 25 septembre, l’essayiste Samuel Fitoussi, également chroniqueur au Figaro, a affirmé être à l’origine du compte ayant lancé l’accusation.

Thélyson Orélien rejette les soupçons.

Couverture du roman « C’était ça ou mourir » de l’écrivain canado-haïtien Thélyson Orélien.

L’écrivain explique notamment que certaines répétitions et constructions présentes dans son roman correspondent à des procédés littéraires liés aux traditions haïtiennes et caribéennes. Il conteste ainsi l’idée que ces caractéristiques stylistiques puissent servir de preuve d’une rédaction par intelligence artificielle.

Son éditeur français, Grasset, a également pris sa défense et rejeté l’affirmation selon laquelle le livre aurait été écrit ou alimenté par une IA. Selon la maison d’édition, Thélyson Orélien travaillait sur son texte depuis 2017, plusieurs années avant l’explosion publique des outils d’IA générative comme ChatGPT.

Cette chronologie constitue un élément important du dossier, sans permettre à elle seule d’établir comment les différentes versions du manuscrit ont ensuite été travaillées.

Au-delà du cas de Thélyson Orélien, la controverse met en lumière les limites des détecteurs d’intelligence artificielle.

Ces logiciels ne découvrent pas une signature cachée laissée par ChatGPT, Claude ou un autre système d’IA. Ils analysent notamment la prévisibilité des mots, les structures des phrases, les répétitions et différentes régularités statistiques avant d’établir une probabilité.

Or, aucun détecteur d’IA ne peut garantir une fiabilité absolue.

Les résultats peuvent également varier fortement d’un outil à l’autre. Certains spécialistes mettent en garde contre les risques de faux positifs, particulièrement lorsqu’il s’agit de textes littéraires ou de contenus écrits dans des langues et des styles moins représentés dans les données utilisées pour développer ces systèmes.

Le débat a notamment été alimenté par l’écrivain et médecin français Baptiste Beaulieu. En soumettant le célèbre poème « Demain, dès l’aube » de Victor Hugo à Pangram, il a obtenu un résultat attribuant le texte à l’intelligence artificielle, alors que le poème a été publié au XIXe siècle. Cet exemple illustre les précautions nécessaires avant de transformer le résultat d’un détecteur en preuve définitive.

Mais l’affaire Thélyson Orélien ne s’arrête plus aux soupçons concernant l’intelligence artificielle.

Des médias canadiens ont également identifié d’importantes ressemblances entre certains textes publiés sous son nom entre 2012 et 2014 et des contenus publiés antérieurement par d’autres auteurs. Une chronique parue en 2013 dans La Presse a notamment été présentée comme très proche d’un texte publié auparavant dans le quotidien philippin The Philippine Star. D’autres publications anciennes sont également mises en cause.

Ces accusations de plagiat constituent toutefois un dossier distinct de la question de l’utilisation de l’IA dans « C’était ça ou mourir ».

L’existence de ressemblances dans des textes anciens ne démontre pas automatiquement que le roman publié en 2026 a été généré par une intelligence artificielle. Confondre les deux accusations reviendrait à transformer des éléments différents en une seule conclusion qui, à ce stade, n’est pas établie.

Les conséquences pour Thélyson Orélien sont néanmoins déjà importantes.

Les Éditions du Boréal ont suspendu certaines activités promotionnelles autour du roman tout en maintenant le livre disponible. Le Salon du livre de l’Estrie a également retiré à Thélyson Orélien son statut d’invité d’honneur et annulé les activités auxquelles il devait participer.

La controverse a pris une dimension supplémentaire le 25 septembre. L’Académie Goncourt a retiré « C’était ça ou mourir » de sa sélection pour le prix Goncourt 2026, invoquant la nécessité de préserver l’intégrité du prix et de l’institution dans le contexte des accusations visant l’auteur.

Le retrait constitue un tournant pour un roman qui, quelques jours auparavant, figurait parmi les œuvres remarquées de la rentrée littéraire française.

L’affaire pose désormais une question qui dépasse largement Thélyson Orélien : comment établir qu’un livre a été écrit avec une intelligence artificielle ?

Lorsqu’un logiciel attribue un texte à une IA tandis que son auteur affirme l’avoir écrit lui-même, les résultats statistiques suffisent-ils ? Les écrivains devront-ils désormais conserver leurs brouillons, leurs différentes versions, leurs fichiers et l’historique de leurs modifications afin de pouvoir démontrer leur processus de création ?

Pour Thélyson Orélien, cette interrogation a déjà des conséquences concrètes. Derrière les débats techniques sur Pangram et l’intelligence artificielle se trouve un écrivain d’origine haïtienne dont le premier roman avait transformé en quelques semaines un récit sur la migration en succès littéraire.

Son livre reste au centre d’une controverse où trois éléments doivent être distingués : les soupçons d’utilisation de l’intelligence artificielle dans « C’était ça ou mourir », les accusations de plagiat concernant certains textes anciens et les décisions prises par plusieurs institutions littéraires à la suite de ces révélations.

L’affaire Thélyson Orélien montre ainsi un nouveau défi pour le monde littéraire : à l’ère de l’IA générative, accuser un auteur peut prendre quelques secondes. Établir avec certitude l’origine d’un texte est beaucoup plus complexe.

Djovany Michel

Djovany Michel est journaliste d’investigation, PDG et rédacteur en chef de Satellite509, média indépendant et sans subvention, spécialisé dans la dénonciation de la corruption et de la mauvaise gouvernance. Il est l’actuel secrétaire général du Réseau Haïtien des Journalistes Anti-Corruption (RHAJAC).

Spécialités : gouvernance, corruption, géopolitique

Basé entre Haïti et la République dominicaine.

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