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« Haïti est debout » : les actions d’Alix Didier Fils-Aimé contredisent son discours à l’ONU

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À New York, Alix Didier Fils-Aimé parle de sécurité, de paix, d’élections et d’avenir. En Haïti, des familles continuent de fuir leurs quartiers, des routes restent dangereuses, des groupes armés poursuivent leurs activités et des milliers de citoyens vivent chaque jour avec la peur de la violence.

C’est dans cette réalité que le Premier ministre a déclaré, vendredi 25 septembre 2026, devant l’Assemblée générale des Nations Unies : « Haïti est debout ».

Cette phrase résume le décalage entre le discours du pouvoir et ce que vit une grande partie de la population.

À la tribune de l’ONU, Alix Didier Fils-Aimé a réaffirmé sa volonté de combattre les gangs. Il a promis de renforcer la Police nationale d’Haïti et les Forces armées d’Haïti. Il a également demandé le plein déploiement de la Force de répression des gangs et davantage d’appui international.

Alix Didier Fils-Aimé lors de son discours à la tribune de la 81e Assemblée générale des Nations Unies, le 25 septembre 2026, à New York.

Mais pour les Haïtiens, la question est simple : quels résultats concrets le Premier ministre a-t-il déjà apportés depuis son arrivée à la Primature le 11 novembre 2024 ?

Les chiffres des Nations Unies montrent que la violence reste meurtrière. Entre janvier et mars 2026, au moins 1 642 personnes ont été tuées et 745 blessées. Au deuxième trimestre, 1 408 autres personnes ont été tuées et 656 blessées. Les groupes armés ont également poursuivi leur expansion dans plusieurs zones du pays.

Pendant ce temps, l’État dépense des millions de dollars dans des dispositifs de sécurité impliquant des entreprises étrangères.

Human Rights Watch rapporte que la Task Force mise en place sous le gouvernement Fils-Aimé travaille avec l’appui de Vectus Global, société militaire privée dirigée par Erik Prince. Selon l’organisation, au moins 1 243 personnes ont été tuées lors de 141 opérations de drones entre mars 2025 et janvier 2026.

Des organisations de la société civile dénoncent également plusieurs contrats conclus par l’État avec des entreprises étrangères dans des secteurs stratégiques. Elles les qualifient de contrats « léonins » et soulèvent des questions sur leur coût, leur transparence et leurs conséquences pour la souveraineté nationale.

Le gouvernement affirme vouloir renforcer la PNH et les FAD’H, mais engage parallèlement des sommes importantes dans des dispositifs privés étrangers. Malgré ces dépenses, les gangs n’ont pas disparu.

La population attend toujours les résultats.

Elle ne vit pas de discours prononcés devant les Nations Unies. Elle veut pouvoir rentrer chez elle sans craindre une balle perdue, circuler sur les routes sans tomber dans une embuscade, travailler, envoyer ses enfants à l’école et rentrer le soir sans avoir à vérifier quelle zone est tombée entre les mains d’un groupe armé.

À cette crise sécuritaire s’ajoutent la corruption et l’impunité.

Dans son Indice de perception de la corruption 2025, Transparency International attribue à Haïti une note de 16 sur 100 et classe le pays 169e sur 182 États et territoires évalués.

Les scandales et accusations de mauvaise gestion continuent d’alimenter le débat public. Les institutions chargées de combattre la corruption disposent de moyens limités, tandis que les procédures judiciaires peuvent s’étendre pendant des années sans aboutir à des condamnations définitives.

Alix Didier Fils-Aimé a également parlé d’élections libres et crédibles. Mais la réalité pose des questions concrètes. Comment organiser une campagne électorale normale dans des territoires où la circulation reste dangereuse ? Comment garantir le libre choix des citoyens lorsque des groupes armés contrôlent ou influencent certaines zones ? Comment demander à la population de croire aux institutions lorsque l’impunité reste aussi présente ?

À l’ONU, le Premier ministre a évoqué Toussaint Louverture, la lutte contre l’esclavage et la naissance d’Haïti comme première République noire indépendante. Il a parlé de souveraineté et de dignité.

Mais la souveraineté ne se mesure pas uniquement dans les discours. Elle se mesure aussi à la capacité d’un État à protéger sa population, contrôler son territoire, faire fonctionner sa justice, poursuivre les responsables de corruption et utiliser l’argent public avec transparence.

« Lorsque nous n’entendrons plus le bruit des armes, il faudra entendre le son de la paix », a déclaré Alix Didier Fils-Aimé.

Pour beaucoup d’Haïtiens, le problème est justement là : le bruit des armes est toujours présent.

Après les déclarations de New York vient donc l’épreuve des faits. Dire devant le monde qu’« Haïti est debout » est une déclaration politique. Faire en sorte que les Haïtiens puissent réellement vivre debout, en sécurité et dans un État où la loi s’applique à tous, constitue une responsabilité de gouvernement.

Djovany Michel

Djovany Michel est journaliste d’investigation, PDG et rédacteur en chef de Satellite509, média indépendant et sans subvention, spécialisé dans la dénonciation de la corruption et de la mauvaise gouvernance. Il est l’actuel secrétaire général du Réseau Haïtien des Journalistes Anti-Corruption (RHAJAC).

Spécialités : gouvernance, corruption, géopolitique

Basé entre Haïti et la République dominicaine.

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