Gros-Morne : Me Caleb Jean-Baptiste enlevé, le chef criminel « Lanmò San Jou » l’accuse d’avoir reçu 120 000 dollars pour libérer Yonyon
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Après l’enlèvement de Me Caleb Jean-Baptiste à Gros-Morne, les accusations de Wilson Joseph, alias « Lanmò San Jou », soulèvent l’hypothèse d’un règlement de comptes. Le chef des 400 Mawozo affirme avoir remis de l’argent et des armes à l’avocat. Il lui reproche désormais ses prises de position contre les groupes armés.
Dans la déclaration rapportée, Wilson Joseph affirme avoir remis 120 000 dollars américains à Me Caleb Jean-Baptiste pour des démarches visant la libération de Joly Germine, alias « Yonyon ». Selon lui, ces démarches n’auraient pas abouti. Il évoque également 170 000 dollars que l’avocat aurait reçus de Vitel’homme Innocent, chef du gang Kraze Baryè, pour des suivis judiciaires.

« Lanmò San Jou » accuse aussi l’avocat d’avoir reçu de l’argent de « Bout Jean Jean » et cite le nom de « Krisla ». Il soutient lui avoir remis une arme de marque Taurus et une autre qu’il désigne comme une « M ONE », toujours dans le cadre des démarches concernant la libération de l’ancien chef criminel Yonyon.
Wilson Joseph reproche surtout à Me Caleb Jean-Baptiste d’avoir ensuite appelé, à la radio, à neutraliser les chefs de gangs au moyen de drones kamikazes. En opposant les avantages qu’il prétend lui avoir accordés aux déclarations publiques de l’avocat, le chef des 400 Mawozo le présente comme quelqu’un qui se serait retourné contre lui.
Vitel’homme Innocent, lors de son intervention en avril 2025, conteste le démenti de Me Caleb Jean-Baptiste sur leurs liens. Dans un échange téléphonique rapporté en septembre 2026, l’avocat aurait ensuite reconnu avoir eu des contacts avec lui.
Ces propos rappellent une autre controverse. En avril 2025, selon les déclarations rapportées, Vitel’homme Innocent avait contesté les affirmations de Me Caleb Jean-Baptiste, qui disait n’avoir jamais été en contact avec lui. Le chef de gang présentait alors l’avocat comme une personne proche, évoquant un père et un frère. Pourtant, lors d’un appel téléphonique rapporté avec le criminel Lanmò San Jou, Me Caleb Jean-Baptiste aurait reconnu avoir été en contact avec Vitel’homme Innocent et lui avoir rendu service à plusieurs reprises, pour tenter de convaincre Wilson Joseph qu’il ne s’était pas retourné contre les gangs.
Me Caleb Jean-Baptiste a été enlevé à Gros-Morne le lundi 7 septembre 2026 avec Stéphanie Paultre, directrice de l’Office national de partenariat en éducation, et deux policiers affectés à sa sécurité. Le rapt est attribué à des membres du gang armé « Kokorat San Ras », actif dans plusieurs zones de l’Artibonite.
Audio du chef criminel Wilson Joseph, alias « Lanmò San Jou », accusant Me Caleb Jean-Baptiste d’avoir reçu de l’argent et des armes pour des démarches visant la libération de Joly Germine, alias « Yonyon ».
Concernant Joly Germine, les faits judiciaires sont établis. Déjà condamné en juin 2024 à 35 ans de prison pour trafic d’armes et blanchiment d’argent, il a été condamné le 3 décembre 2025 à la perpétuité pour son rôle dans la prise d’otages de missionnaires en 2021. Selon le Département américain de la Justice, les dirigeants des 400 Mawozo avaient notamment réclamé sa libération en échange des otages.
Dans la même conversation téléphonique rapportée avec Wilson Joseph, Me Caleb Jean-Baptiste aurait reconnu avoir entretenu des contacts avec plusieurs autres membres de gangs armés. Il y justifierait également ses visites et ses démarches visant à obtenir la libération de leurs proches, en évoquant notamment Vitel’homme Innocent et Bout Janjan. Il aurait affirmé avoir rendu visite à ce dernier à plusieurs reprises avant sa mort, pour montrer qu’il ne s’était pas retourné contre eux.
Sur les réseaux sociaux, certains internautes réclament l’exécution de l’avocat, tandis que d’autres demandent sa libération.
Dans une publication sur X, le journaliste anticorruption Djovany Michel estime que Me Caleb Jean-Baptiste pourrait retrouver sa liberté dans les heures ou les jours à venir. Selon lui, les personnalités influentes en Haïti trouvent toujours une issue favorable face à la justice et aux gangs armés, contrairement aux personnes les plus vulnérables, qui peuvent passer des années en détention avant que leur innocence soit éventuellement reconnue.
Selon Djovany Michel, les gangs s’en prennent rarement aux personnalités publiques notammentde la politique, tandis que les personnes sans notoriété subissent quotidiennement leurs violences. Le journaliste précise toutefois qu’il ne souhaite pas l’exécution de Me Caleb Jean-Baptiste.
L’hypothèse d’un règlement de comptes reste une piste.
Satellite509
Djovany Michel est journaliste d’investigation, PDG et rédacteur en chef de Satellite509, média indépendant et sans subvention, spécialisé dans la dénonciation de la corruption et de la mauvaise gouvernance. Il est l’actuel secrétaire général du Réseau Haïtien des Journalistes Anti-Corruption (RHAJAC).
Spécialités : gouvernance, corruption, géopolitique
Basé entre Haïti et la République dominicaine.
