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Haïti/Élections : DELIVRANS et SOL AYITI jugent impossible un scrutin crédible dans les conditions actuelles

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Alors que les gangs contrôlent des territoires stratégiques et que la neutralité du pouvoir est remise en question, DELIVRANS et SOL AYITI alertent l’Organisation des États américains sur les risques entourant les prochaines élections en Haïti.

Dans une correspondance adressée, le 17 août 2026, au secrétaire général de l’OEA, Albert R. Ramdin, les deux groupements politiques dénoncent un processus marqué, selon eux, par l’insécurité, le manque de transparence, l’ingérence du gouvernement et l’utilisation possible des ressources publiques au profit du pouvoir.

DELIVRANS et SOL AYITI reconnaissent l’urgence de rétablir des institutions élues après plus de dix ans sans renouvellement institutionnel par les urnes. Ils préviennent toutefois que des élections organisées dans les conditions actuelles risqueraient d’aggraver la crise au lieu de la résoudre.

Plus de 60 % de l’électorat exposé à l’insécurité

La sécurité représente leur première source d’inquiétude. Selon les deux structures, les départements de l’Ouest, de l’Artibonite et du Centre, qui regrouperaient plus de 60 % de l’électorat national, restent largement affectés par le contrôle des gangs armés.

Dans ces conditions, la liberté de circulation, la campagne électorale et la participation des citoyens ne peuvent être garanties. Des candidats pourraient être incapables d’accéder à certaines communes. Des milliers d’électeurs déplacés ou vivant dans des territoires occupés risqueraient également de rester à l’écart du scrutin.

Un décret électoral accusé de favoriser le pouvoir

DELIVRANS et SOL AYITI attaquent aussi le décret électoral adopté par l’exécutif. Selon eux, ce texte aurait été conçu pour favoriser la coalition proche du pouvoir.

Les deux groupements affirment que des responsables occupant des fonctions importantes au sein de l’administration publique se présenteraient comme candidats. Ils soutiennent également que la quasi-totalité du budget électoral serait orientée vers des structures proches du gouvernement.

Cette situation donnerait l’impression, écrivent-ils, de la préparation d’un véritable « coup d’État par les urnes ».

Le pouvoir serait à la fois arbitre et compétiteur

Les signataires estiment que l’exécutif ne peut pas organiser la compétition tout en y participant. Ils accusent le pouvoir de contrôler les principaux leviers administratifs, financiers et sécuritaires de l’État.

Une telle configuration placerait les partis politiques face aux moyens de l’État, au mépris du principe d’égalité des chances. Ils demandent donc des changements au sein du gouvernement et de l’administration publique afin de garantir la neutralité du processus.

Le CEP soupçonné de subir l’ingérence du gouvernement

L’indépendance du Conseil électoral provisoire suscite également de fortes inquiétudes. DELIVRANS et SOL AYITI réclament des décisions fondées sur des critères objectifs, depuis l’admission des candidatures jusqu’à la publication des résultats.

Ils citent notamment l’émission d’un décret sans discussion finale avec le CEP et l’imposition présumée d’un directeur général au sein de l’institution électorale. Ces actes révéleraient, selon eux, une ingérence du gouvernement dans le fonctionnement du Conseil.

Les deux structures reconnaissent la simplification de certaines procédures électorales. Elles dénoncent cependant les zones d’ombre entourant l’inscription des électeurs et la capacité réelle des dirigeants à organiser un scrutin accepté par tous.

Huit demandes adressées à l’OEA

DELIVRANS et SOL AYITI sollicitent l’intervention de l’OEA pour obtenir la publication anticipée de toutes les procédures électorales, la création d’une table de concertation entre le CEP et les partis politiques ainsi qu’une surveillance stricte des ressources publiques.

Ils réclament aussi un accès équitable à l’inscription des candidats dans toutes les régions, des mécanismes impartiaux pour traiter les contestations, une communication publique régulière et une mission d’observation capable de suivre les principales étapes du processus.

Les deux groupements se déclarent prêts à participer aux élections. Ils refusent toutefois de cautionner un scrutin biaisé dont les résultats seraient contestés avant même l’ouverture des bureaux de vote.

Le message adressé à l’OEA est direct : Haïti a besoin d’élections, mais pas d’un vote organisé sous le contrôle des gangs, dominé par les ressources de l’État et conduit par des institutions soupçonnées de servir le pouvoir. Sans sécurité, neutralité et transparence, les urnes risquent de produire une nouvelle crise au lieu de rendre le pouvoir aux citoyens.

Djovany Michel

Djovany Michel est journaliste d’investigation, PDG et rédacteur en chef de Satellite509, média indépendant et sans subvention, spécialisé dans la dénonciation de la corruption et de la mauvaise gouvernance. Il est l’actuel secrétaire général du Réseau Haïtien des Journalistes Anti-Corruption (RHAJAC).

Spécialités : gouvernance, corruption, géopolitique

Basé entre Haïti et la République dominicaine.

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