Harcèlement présumé à l’ambassade d’Haïti en RD : après nos révélations, une commission d’enquête mise en urgence
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Acculée par les révélations et la pression interne, la mission diplomatique d’Haïti en République dominicaine a été contrainte d’agir dans l’urgence. Moins de 48 heures après la publication de notre article sur l’éclatement d’un acte de harcèlement présumé, une commission d’enquête administrative est officiellement mise en place.
Dans un document référencé AH/RD/DI : 026-26, signé par l’ambassadeur a.i. Fritz Emmanuel Longchamp, daté du 29 avril 2026, les autorités diplomatiques annoncent l’ouverture d’une enquête interne visant à faire la lumière sur des faits graves signalés au sein de la section passeports de l’unité consulaire. Né le 31 octobre 1948 à Port-de-Paix, en Haïti, âgé de 77 ans en avril 2026, Fritz Emmanuel Longchamp a été ministre des Affaires étrangères de 1995 à 2001 avant d’être nommé ambassadeur en République dominicaine en 2025.

À l’origine de cette décision, une lettre formelle datée du 22 avril 2026, signée par l’agente administrative Myrlande Mathieu, adressée à l’ambassadeur avec copies au ministère des Affaires étrangères, au ministère de l’Intérieur ainsi qu’au service des ressources humaines. Dans ce document, la plaignante dénonce des faits qu’elle qualifie de harcèlement moral et physique, survenus le 13 avril 2026 lors d’une activité interne.
Selon cette correspondance, les faits impliqueraient directement le ministre-conseiller Pierre Karly Jean Jeune, alors désigné chargé d’affaires a.i. en l’absence de l’ambassadeur. La plaignante affirme avoir été victime de gestes déplacés, notamment deux tapes sur l’une de ses fesses, ainsi que de propos à caractère intime et inapproprié, évoquant des relations passées, des comportements jugés incompatibles avec les normes professionnelles et attentatoires à sa dignité.

Ce document constitue un signalement formel de faits de harcèlement moral et physique présumés, impliquant le ministre-conseiller Pierre Karly Jean Jeune, et sollicite l’ouverture d’une enquête administrative ainsi que des mesures de protection immédiates.
Toujours selon la lettre, Myrlande Mathieu indique avoir confronté l’intéressé après les faits. Celui-ci aurait reconnu son geste et exprimé des regrets. Une démarche qui, selon elle, ne saurait effacer la gravité des actes ni leurs conséquences sur son équilibre psychologique et ses conditions de travail.

Face à cette situation, la plaignante réclame des mesures immédiates : l’ouverture d’une enquête administrative impartiale, la mise en place de dispositions conservatoires pour éviter toute récidive, ainsi que des garanties formelles contre toute forme de représailles.
La commission mise en place est présidée par Marie Claire Kernizan, responsable des ressources humaines, assistée de plusieurs cadres de la mission diplomatique, dont Guerda Boisguene, Pierre Joseph Lamothe, Dania Schettini et Lydia Clément. Elle a pour mandat de conduire une enquête diligente, confidentielle et objective, de recueillir les éléments nécessaires et de soumettre un rapport circonstancié dans les plus brefs délais.

Mais au-delà de cette réponse administrative, des interrogations majeures subsistent. Cette enquête, entièrement menée en interne, soulève déjà des doutes sur son indépendance réelle, dans un environnement où plusieurs employés évoquent un climat de tension, de malaise et de peur.
Cette affaire, désormais documentée, met en lumière des pratiques présumées graves au cœur même d’une représentation officielle de l’État haïtien à l’étranger.
Djovany Michel est journaliste d’investigation, PDG et rédacteur en chef de Satellite509, média indépendant et sans subvention, spécialisé dans la dénonciation de la corruption et de la mauvaise gouvernance. Il est l’actuel secrétaire général du Réseau Haïtien des Journalistes Anti-Corruption (RHAJAC).
Spécialités : gouvernance, corruption, géopolitique
Basé entre Haïti et la République dominicaine.
