Justice pour les 236 morts : Luis Abinader visé par la colère populaire dans l’affaire Jet Set
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Une importante mobilisation citoyenne a secoué Saint-Domingue ce dimanche 17 mai 2026 autour de l’affaire Jet Set, devenue l’un des dossiers judiciaires les plus sensibles et les plus controversés de l’histoire récente de la République dominicaine.
Des survivants, des proches de victimes et de nombreux citoyens vêtus de t-shirts blancs à l’effigie des disparus ont marché du Parc de l’Indépendance jusqu’au palais de justice de Ciudad Nueva afin de dénoncer ce qu’ils considèrent comme les graves défaillances du système judiciaire dominicain.

Les manifestants reprochent aux autorités judiciaires leur lenteur et leur manque de fermeté dans le traitement de cette tragédie qui avait profondément bouleversé le pays.
L’affaire remonte à la nuit du 7 au 8 avril 2025, lorsqu’une partie de la structure de la discothèque Jet Set Club s’était effondrée en pleine activité, provoquant un drame humain d’une ampleur exceptionnelle. Selon les chiffres avancés par plusieurs sources locales, la catastrophe aurait causé la mort de 236 personnes et fait plus de 180 blessés.
Le drame avait également laissé derrière lui des dizaines d’enfants orphelins et soulevé de nombreuses interrogations sur les conditions de sécurité de l’établissement, accusé d’avoir fonctionné pendant des années malgré d’importantes irrégularités présumées.
Au cœur des tensions actuelles se trouve la qualification juridique des faits. Alors que la justice dominicaine continue pour l’instant de traiter le dossier sous l’angle d’un homicide involontaire, plusieurs familles de victimes réclament une requalification en homicide volontaire.
Pour les protestataires, cette tragédie ne peut être réduite à une simple négligence. Ils estiment que les responsables auraient délibérément ignoré les règles de sécurité afin de préserver des intérêts financiers, malgré les risques encourus par les clients de l’établissement.
Devant le tribunal, des slogans exigeant des peines exemplaires ont été scandés par la foule. Plusieurs pancartes dénonçaient également ce que les manifestants qualifient de « culture de l’impunité » protégeant les secteurs influents du pays.
Cette mobilisation populaire intervient dans un climat où une partie de l’opinion publique critique également le silence du président Luis Abinader face aux accusations visant certaines institutions de l’État et aux soupçons de complicités administratives évoqués dans cette affaire.
Le dossier se trouve désormais entre les mains du premier tribunal d’instruction du district national. Le juge Raymundo Mejía a annoncé que la lecture de sa décision était fixée au 15 juin prochain.
Ce verdict est attendu comme un moment décisif pour les familles des victimes et pour une partie de la société dominicaine, qui y voit un test majeur pour la crédibilité et l’indépendance de la justice dans le pays.
Djovany Michel est journaliste d’investigation, PDG et rédacteur en chef de Satellite509, média indépendant et sans subvention, spécialisé dans la dénonciation de la corruption et de la mauvaise gouvernance. Il est l’actuel secrétaire général du Réseau Haïtien des Journalistes Anti-Corruption (RHAJAC).
Spécialités : gouvernance, corruption, géopolitique
Basé entre Haïti et la République dominicaine.
