La TikTokeuse Laury Lacombe, alias « Tikreyòl », arrêtée par la DCPJ pour ses liens présumés avec le chef de gang Chalè
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La Police nationale d’Haïti (PNH) a annoncé, ce lundi 3 août 2026, l’arrestation de Laury Lacombe, connue sur les réseaux sociaux sous le pseudonyme de « Tikreyòl ». Son interpellation intervient dans un contexte où les relations entre certains influenceurs et des chefs de gangs attirent de plus en plus l’attention des autorités haïtiennes et internationales.
Laury Lacombe a été interpellée dans la nuit du samedi 1er août 2026, à Delmas 75, par le Bureau des affaires criminelles (BAC), une unité de la Direction centrale de la police judiciaire (DCPJ).
Selon la PNH, son arrestation s’inscrit dans le cadre d’une enquête sur ses liens présumés avec Ralph Woodmyr Louissaint, alias « Chalè », présenté par les autorités comme le chef d’un gang opérant dans la zone de Tokyo, à Rivière-Salée.
Les enquêteurs indiquent que Laury Lacombe, née le 14 mars 2004 à Delmas, entretiendrait une relation avec Ralph Woodmyr Louissaint. Selon les premiers éléments communiqués par la police, elle serait également soupçonnée d’implication dans certaines activités attribuées au groupe criminel dirigé par Chalè.
La jeune femme est placée en garde à vue pendant que les enquêteurs poursuivent leurs investigations afin de déterminer la nature exacte de ses rapports avec le chef de gang et son éventuel degré d’implication dans des activités criminelles.
L’affaire Tikreyòl relance surtout un débat déjà documenté par les Nations Unies : l’utilisation des réseaux sociaux par les gangs haïtiens et leurs interactions avec des influenceurs.

Dans son sixième rapport trimestriel sur Haïti, référencé S/2025/85 et transmis au Conseil de sécurité en février 2025, l’Office des Nations Unies contre la drogue et le crime (ONUDC) consacre une section entière aux « gangs et réseaux sociaux en Haïti ».
L’ONUDC constate qu’au cours des deux années précédant la publication du document, des chefs de gangs ont utilisé les réseaux sociaux et des plateformes de communication chiffrée pour diffuser des menaces, établir des contacts avec des influenceurs et inciter à la violence contre des opposants politiques et des journalistes.
Le rapport décrit également l’utilisation de TikTok par des chefs de gangs appartenant à la coalition Viv Ansanm. Selon l’ONU, certains organisent des directs pour mettre en avant leurs actions, évoquer des enlèvements, intimider leurs adversaires, motiver leurs recrues et présenter leurs activités sous un discours de « révolution ». L’ONUDC estime que ces plateformes permettent aux chefs de gangs de contourner les médias traditionnels et d’accélérer la propagation de la désinformation et de la mésinformation.
Mais l’ONU va plus loin en soulevant la question de l’argent généré sur les plateformes numériques.

Au paragraphe 18 du rapport S/2025/85, l’ONUDC estime que l’acheminement de fonds vers des gangs et des réseaux criminels par l’intermédiaire des réseaux sociaux mérite des investigations supplémentaires. Le document rappelle que les plateformes permettent notamment de générer des revenus grâce aux abonnés et aux dons en ligne.
C’est dans cette partie que l’ONU mentionne Renel Destina, alias « Ti Lapli », chef de gang haïtien.
Selon plusieurs informations de presse reprises dans le rapport, Ti Lapli aurait offert des « cadeaux » virtuels à plusieurs influenceurs haïtiens installés aux États-Unis. Cinq noms sont explicitement mentionnés : « Tati Mendel », « Commandant », « Parrola », « Belle-Enfant » et « Trapalman ». Sur TikTok, une partie de la valeur de ces cadeaux peut être convertie en argent par leurs bénéficiaires.
Le rapport ne conclut toutefois pas que ces cinq influenceurs appartiennent à des gangs ou qu’ils ont commis une infraction. Il rapporte l’existence présumée de ces cadeaux et appelle à approfondir les investigations sur les flux financiers pouvant circuler entre les réseaux sociaux, les gangs et les réseaux criminels.
Ce point doit également être clairement établi : Laury Lacombe, alias « Tikreyòl », n’est pas citée parmi les cinq influenceurs nommément mentionnés dans ce passage du rapport S/2025/85 de l’ONUDC. Son arrestation annoncée en août 2026 constitue donc une affaire distincte. Aucun élément de ce rapport ne permet d’affirmer que l’ONU avait identifié Tikreyòl dans ce dossier en février 2025.
Son cas intervient néanmoins dans un contexte où les autorités s’intéressent davantage aux relations pouvant exister entre certaines personnalités des réseaux sociaux et des chefs de gangs. Les plateformes numériques ne constituent plus seulement un outil de communication pour les groupes armés. Selon les constatations de l’ONU, elles peuvent également servir à la propagande, au recrutement, à l’intimidation et à la circulation d’argent.
L’arrestation de Tikreyòl suscite déjà de nombreuses réactions sur les réseaux sociaux, où la jeune femme s’était fait connaître grâce à ses vidéos en créole. Mais les accusations formulées à son encontre devront désormais être étayées par l’enquête de la DCPJ et, le cas échéant, examinées par la justice.
Mais c’est une pratique observée ces derniers jours, où des chefs de gangs armés recrutent des influenceurs sur les réseaux sociaux pour essayer de laver leur image, semer la confusion ou publier leurs actes criminels.
Djovany Michel est journaliste d’investigation, PDG et rédacteur en chef de Satellite509, média indépendant et sans subvention, spécialisé dans la dénonciation de la corruption et de la mauvaise gouvernance. Il est l’actuel secrétaire général du Réseau Haïtien des Journalistes Anti-Corruption (RHAJAC).
Spécialités : gouvernance, corruption, géopolitique
Basé entre Haïti et la République dominicaine.
