Douanes haïtiennes : trêve fragile sur fond de crise explosive et de contestation frontale contre Gérald Remplais
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Une accalmie apparente s’installe aux Douanes, mais la crise est loin d’être résolue. Selon une source interne à l’Administration générale des Douanes (AGD), le ministère de l’Économie et des Finances a demandé aux contractuels d’observer une trêve, sans qu’aucune garantie écrite ne soit fournie.
La réunion tenue hier au ministère des Finances illustre le malaise. Dix représentants de la commission des contractuels y ont participé, aux côtés de la coordinatrice de l’OMRH Madelain Fils-Aimé, du directeur général des Douanes Gérald Remplais, de cadres du ministère, du directeur du budget, de la directrice des ressources humaines et du directeur administratif de l’AGD. Le ministre était absent. Initialement, les autorités devaient se rendre aux Douanes pour écouter les employés, mais ce sont finalement les contractuels qui ont été convoqués aux Finances. Un renversement que plusieurs interprètent comme une tentative de désamorcer la mobilisation, certains accusant directement Gérald Remplais d’en être à l’origine.
Sur le fond, des engagements ont été évoqués, mais uniquement à l’oral : nomination des 327 anciens contractuels avec lettres annoncées pour juin 2026, contrats pour les agents de plus de 53 ans, paiement des arriérés d’octobre 2025 à mai 2026, puis intégration sur la grille salariale après nomination. Aucun document signé, aucun calendrier contraignant.
Cette trêve intervient dans un contexte déjà explosif. La Direction générale des Douanes est paralysée depuis le 27 avril 2026. Le directeur général, Gérald Remplais, a quitté son bureau sous haute escorte, alors que la contestation interne prenait de l’ampleur.
Au-delà des soupçons de corruption, environ 350 contractuels, soutenus par d’autres employés, se sont soulevés contre lui. Ils l’accusent d’avoir signé près de 400 nouveaux contrats et nominations en faveur de proches, dont certains journalistes, pour remplacer d’anciens contractuels dont les dossiers étaient pourtant déjà en cours de régularisation.
Plusieurs de ces agents affirment travailler depuis plus de dix ans au sein de l’institution. Pourtant, depuis l’arrivée de Gérald Remplais en septembre 2025, ils disent n’avoir reçu ni salaire ni nomination, malgré des démarches engagées sous l’administration précédente. Des documents transmis à notre rédaction par les protestataires viendraient appuyer ces affirmations, alors même que ces employés continuent d’assurer le fonctionnement quotidien de l’institution.
Dans ce contexte, la méfiance reste totale. Les contractuels redoutent une nouvelle manœuvre dilatoire. Ils préviennent déjà que si aucun progrès concret n’est observé dans les prochains jours, la mobilisation reprendra avec un objectif assumé : obtenir le départ de Gérald Remplais.
En échange de cette trêve, les protestataires exigent des garanties claires : aucune représaille contre les membres de leur commission, aucune intimidation, aucune convocation abusive. À défaut, préviennent-ils, la situation pourrait rapidement dégénérer.
Derrière cette crise, c’est toute la gouvernance de l’AGD qui est remise en cause. Entre promesses non écrites, accusations de favoritisme et rupture de confiance interne, la trêve apparaît davantage comme un sursis que comme une sortie de crise.
Djovany Michel est journaliste d’investigation, PDG et rédacteur en chef de Satellite509, média indépendant et sans subvention, spécialisé dans la dénonciation de la corruption et de la mauvaise gouvernance. Il est l’actuel secrétaire général du Réseau Haïtien des Journalistes Anti-Corruption (RHAJAC).
Spécialités : gouvernance, corruption, géopolitique
Basé entre Haïti et la République dominicaine.
