MPCE : fonds déjà décaissés, zéro résultat, la ministre Sandra Paulémon relance les mêmes projets avec le PNUD
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Pourquoi les organisations internationales continuent-elles de financer, à intervalles réguliers, des projets similaires en Haïti sans exiger de bilans publics détaillés des fonds déjà engagés ? Entre opacité, répétition des financements et absence de résultats visibles, la rencontre entre la ministre Sandra Paulémon et le PNUD relance une question centrale : où passent réellement les ressources destinées à la stabilisation des zones à risque ?
La ministre de la Planification et de la Coopération externe (MPCE), Sandra Paulémon, s’est entretenue ce lundi 4 mai 2026 avec une délégation de l’Unité gouvernance du Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD). Objectif affiché : définir de nouveaux projets de stabilisation pour les quartiers vulnérables. Cette rencontre vise à coordonner l’aide internationale vers les zones les plus instables du pays, dans un contexte où les promesses de « restauration de l’autorité de l’État » se multiplient depuis des années sans impact concret sur la sécurité des citoyens.

Sur le terrain, la réalité reste inchangée. Des zones comme Cité Soleil, Bel-Air ou l’entrée sud de la capitale à Martissant demeurent sous l’influence directe de groupes armés. Les axes stratégiques restent largement non sécurisés, les services publics peinent à être réinstallés, et l’absence durable de tribunaux ou de commissariats dans ces quartiers alimente un sentiment d’abandon profond au sein de la population.
Une question s’impose alors avec insistance : comment expliquer que des projets déjà financés reviennent régulièrement à l’agenda sans qu’un bilan clair des réalisations antérieures ne soit rendu public ? Dans les standards internationaux, chaque financement est censé s’accompagner d’indicateurs mesurables, de rapports d’exécution et d’évaluations indépendantes. Or, dans le contexte haïtien, ces mécanismes restent rarement accessibles au public, tandis que les mêmes zones sont reprogrammées comme si aucun cycle précédent n’avait existé.

Depuis plusieurs années, les stratégies adoptées reposent souvent sur des programmes temporaires de type « cash-for-work », des interventions sécuritaires ponctuelles sans suivi socio-économique, et une planification centralisée peu ancrée dans les réalités locales. Ces approches ont montré leurs limites. Dans plusieurs cas, les zones ciblées retombent rapidement sous le contrôle des groupes armés après le retrait des dispositifs, laissant peu de traces durables des investissements annoncés.
Dans ce contexte, la relance de nouveaux projets par le MPCE et le PNUD suscite des doutes persistants. Pour de nombreux observateurs, cette dynamique donne l’impression d’une répétition de schémas déjà expérimentés sans succès, renforçant la méfiance envers les institutions publiques et les partenaires internationaux.
Sans transparence sur l’utilisation des fonds déjà décaissés ni évaluation publique des projets antérieurs, chaque nouvelle initiative risque d’apparaître comme une relance sans mémoire. À défaut de bilans clairs, détaillés et vérifiables, une question demeure : s’agit-il d’une stratégie inefficace… ou d’un système qui fonctionne sans rendre de comptes ?
Djovany Michel est journaliste d’investigation, PDG et rédacteur en chef de Satellite509, média indépendant et sans subvention, spécialisé dans la dénonciation de la corruption et de la mauvaise gouvernance. Il est l’actuel secrétaire général du Réseau Haïtien des Journalistes Anti-Corruption (RHAJAC).
Spécialités : gouvernance, corruption, géopolitique
Basé entre Haïti et la République dominicaine.
