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Trafic présumé d’enfants vers le Chili : l’ordonnance judiciaire révèle de graves irrégularités dans le dossier CIARANA impliquant Philippe Bayard et Sunrise Airways

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Le nom de Philippe Bayard, PDG de Sunrise Airways et représentant de l’agence CIARANA en Haïti, apparaît aux côtés de Jameson Charles, identifié comme responsable de CIARANA, dans un dossier explosif de trafic présumé d’enfants examiné devant la Cour d’appel de Port-au-Prince.

Une audience devait se tenir le mercredi 27 mai 2026 en vue de l’audition de Philippe Bayard dans le cadre de cette affaire. Toutefois, selon des informations obtenues, l’audience n’a finalement pas eu lieu en raison de l’absence du juge Raymond Jean Michel, qui devait siéger aux côtés des juges Fanfan Jeudilien et Jean-Claude Dabrésil.

Le dossier a été renvoyé au 10 juin 2026.

Selon plusieurs informations liées à cette affaire, Philippe Bayard est cité dans une enquête portant sur des tentatives présumées de faire quitter illégalement le territoire haïtien à au moins neuf enfants à travers un vol organisé entre l’agence CIARANA, basée au Chili, et Sunrise Airways.

L’affaire remonte au 27 février 2025 à l’aéroport international Toussaint Louverture. Malgré la fermeture de l’aéroport à cette période en raison de la crise sécuritaire, un vol charter avait été organisé dans des circonstances jugées suspectes.

Jameson Charles, présenté comme responsable de l’agence CIARANA, cité dans un dossier de trafic présumé de mineurs examiné devant la Cour d’appel de Port-au-Prince.

D’après plusieurs éléments rapportés dans le dossier, l’un des organisateurs et représentants de l’agence CIARANA en Haïti aurait approché une passagère identifiée comme Therline Petit-Frère afin qu’elle voyage avec plusieurs enfants qu’elle ne connaissait pas, sans entente préalable ni lien familial avec eux.

Selon les déclarations rapportées dans le dossier, l’organisateur lui aurait expliqué que les parents des enfants les récupéreraient une fois arrivés au Chili. Therline Petit-Frère aurait toutefois refusé, affirmant qu’elle voyageait uniquement avec son propre enfant et qu’elle détenait une autorisation de l’Institut du Bien-Être social et de recherches (IBESR) pour ce dernier, contrairement aux autres enfants.

Elle aurait déclaré ne pas pouvoir voyager avec des enfants qu’elle ne connaissait pas. Malgré ce refus, l’organisateur, dont l’identité n’a pas encore été révélée publiquement, aurait remis les documents aux enfants et leur aurait demandé de suivre la dame.

Selon les informations disponibles, après les vérifications effectuées par les agents d’immigration, ces derniers auraient constaté que le nom de Therline Petit-Frère figurait dans plusieurs documents de voyage des enfants. Les signatures présentes sur les documents auraient également été jugées incompatibles avec sa véritable signature, tandis que les autorisations soumises ne comportaient aucune photo d’identification conforme.

Les cartes d’embarquement Sunrise Airways de Jean Jay-Rood Thierry et Therline Petit-Frère, datées du 27 février 2025 pour un vol Port-au-Prince, Santiago du Chili, figurent parmi les pièces du dossier judiciaire examiné dans l’affaire CIARANA sur le déplacement présumé irrégulier de mineurs haïtiens vers le Chili.

Therline Petit-Frère, âgée de 30 ans et originaire de Thomazeau, Nerline Marc, 37 ans, originaire de Port-de-Paix, ainsi que Jonas Michel, 42 ans, vivant au Chili et présenté dans le dossier comme chauffeur de camion, avaient alors été arrêtés alors qu’ils s’apprêtaient à embarquer sur le vol charter.

Toutefois, selon plusieurs informations rapportées dans le dossier, le représentant ayant remis les documents aurait quitté les lieux sans être interpellé, tandis que les trois autres personnes ont été placées en garde à vue.

L’ordonnance rendue le 5 août 2025 par la juge d’instruction Fabienne Bien-Aimé au Tribunal de Première Instance de la Croix-des-Bouquets apporte de nouveaux détails particulièrement sensibles sur cette affaire.

Le document judiciaire indique que les trois personnes arrêtées avaient été inculpées pour faux et usage de faux en écriture publique, traite des enfants, voyage irrégulier et association de malfaiteurs.

Selon l’ordonnance, plusieurs parents ou représentants légaux des mineurs avaient déclaré que les enfants devaient rejoindre leurs familles déjà installées au Chili et que toutes les démarches avaient été entreprises depuis ce pays.

Le document cite également les déclarations de Suzy Tireau, mère de deux des enfants concernés, qui aurait affirmé devant la Brigade de Protection des Mineurs que son mari vivant au Chili avait pris en charge les démarches et que les documents de voyage avaient été remis le jour même du départ à l’aéroport Toussaint Louverture.

L’ordonnance précise aussi que Jonas Michel aurait déclaré qu’une personne connue sous le nom de « Berrique » lui avait fourni l’emploi et assuré les démarches relatives aux documents de voyage.

Cependant, plusieurs irrégularités majeures auraient été découvertes au cours de l’enquête.

Selon le dossier judiciaire, onze autorisations de voyage et plusieurs autorisations de départ auraient été présentées au nom des mineurs. Les documents auraient été attribués au notaire Jean Emmanuel Halaby.

Mais l’enquête révèle qu’au moment des vérifications effectuées par la justice, l’huissier chargé de notifier le notaire aurait constaté que Me Jean Emmanuel Halaby était décédé depuis l’année 2020, soit environ cinq ans avant la date des documents utilisés dans le dossier.

Philippe Bayard, PDG de Sunrise Airways et représentant de l’agence CIARANA en Haïti, cité dans un dossier de trafic présumé d’enfants examiné devant la Cour d’appel de Port-au-Prince. L’audience prévue le 27 mai 2026 a été renvoyée au 10 juin en raison de l’absence d’un juge du siège.

Le Service du Bien-Être Social et de Recherches (IBESR) aurait également confirmé que plusieurs numéros d’autorisations étaient faux et que seuls deux documents parmi ceux présentés étaient authentiques.

Selon l’ordonnance, les documents soumis ne respectaient pas les exigences imposées par l’IBESR, notamment l’obligation d’un numéro unique, d’un hologramme officiel ainsi que des photos d’identification des enfants et des accompagnateurs.

Le document judiciaire souligne également que plusieurs documents falsifiés comportaient les photos et signatures des personnes arrêtées en qualité d’accompagnateurs.

Malgré ces éléments, la juge Fabienne Bien-Aimé a finalement estimé que les charges liées à la traite des personnes et à l’association de malfaiteurs étaient insuffisantes pour renvoyer les inculpés devant un tribunal criminel sur ces chefs d’accusation.

L’ordonnance indique notamment qu’aucun élément de l’enquête n’aurait permis d’établir que les inculpés avaient recruté, hébergé, transporté ou exploité les mineurs dans le cadre d’un réseau structuré de traite humaine.

En revanche, le tribunal a estimé que les charges liées au faux et usage de faux en écriture publique ainsi qu’au voyage irrégulier étaient suffisamment sérieuses pour justifier un renvoi devant le tribunal criminel siégeant sans assistance de jury.

L’affaire soulève également de graves interrogations sur les mécanismes ayant permis l’organisation d’un vol charter international impliquant plusieurs mineurs dans un contexte où l’aéroport était officiellement fermé en raison de la crise sécuritaire.

Une plainte aurait aussi été déposée contre l’agence CIARANA au Chili dans le cadre de cette affaire, qui continue de provoquer de lourdes inquiétudes autour de possibles réseaux de déplacement irrégulier de mineurs entre Haïti et le Chili.

Jusqu’à présent, aucune condamnation judiciaire définitive n’a été prononcée contre Philippe Bayard, Sunrise Airways ou l’agence CIARANA dans ce dossier. Cependant, cette affaire continue d’alimenter les inquiétudes autour des mécanismes utilisés pour le déplacement de mineurs haïtiens à l’étranger dans un contexte d’effondrement institutionnel, de corruption et de vulnérabilité sociale extrême.

Djovany Michel est journaliste d’investigation, PDG et rédacteur en chef de Satellite509, média indépendant et sans subvention, spécialisé dans la dénonciation de la corruption et de la mauvaise gouvernance. Il est l’actuel secrétaire général du Réseau Haïtien des Journalistes Anti-Corruption (RHAJAC).

Spécialités : gouvernance, corruption, géopolitique

Basé entre Haïti et la République dominicaine.

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