António Guterres quitte Haïti, laissant derrière lui le constat accablant de l’échec du pouvoir d’Alix Didier Fils-Aimé
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PORT-AU-PRINCE, 17 juin 2026 — Les mots prononcés par le secrétaire général des Nations Unies, António Guterres, résonnent comme un verdict sévère sur l’état du pays. Après quelques heures passées en Haïti, le chef de l’ONU est reparti avec des images de détresse, de peur et de désespoir qu’il affirme ne jamais pouvoir oublier. Un constat qui contraste brutalement avec les communiqués optimistes et les discours rassurants diffusés depuis des mois par les autorités haïtiennes.
Pendant que le gouvernement d’Alix Didier Fils-Aimé multiplie les annonces sur le retour de la sécurité, la préparation des élections et la stabilisation du pays, la réalité décrite par les Nations Unies raconte une tout autre histoire. Plus de 6,4 millions de personnes ont aujourd’hui besoin d’une assistance humanitaire. Près de 1,5 million d’Haïtiens ont été contraints d’abandonner leur maison pour fuir la violence des groupes armés. Des quartiers entiers sont désertés, des écoles fermées, des commerces abandonnés et des familles dispersées.
Ces chiffres ne sont pas ceux de l’opposition. Ils ne sont pas non plus le fruit de rumeurs ou de calculs politiques. Ils proviennent des organismes internationaux qui suivent quotidiennement l’évolution de la crise haïtienne.
Pour de nombreux observateurs, ces données mettent à nu les limites d’un leadership qui peine à convaincre. Dix-huit mois après son arrivée à la Primature et plusieurs mois après avoir consolidé son contrôle sur l’appareil gouvernemental, Alix Didier Fils-Aimé continue de promettre des avancées que la population affirme ne pas voir dans son quotidien.
Les routes stratégiques demeurent dangereuses. Les enlèvements continuent d’alimenter la peur. Les affrontements entre groupes armés provoquent régulièrement de nouveaux déplacements de population. Dans plusieurs zones du pays, l’autorité de l’État demeure largement contestée.
Le contraste est d’autant plus frappant que les autorités mettent régulièrement en avant l’appui de la communauté internationale, les équipements livrés aux forces de sécurité, les réunions diplomatiques et les nouvelles structures créées pour combattre l’insécurité. Pourtant, malgré ces moyens, la population continue de réclamer des résultats tangibles plutôt que des promesses répétées.
La visite d’António Guterres aura également remis en lumière une question que beaucoup se posent : comment parler d’élections crédibles alors que des centaines de milliers de citoyens vivent dans des camps de fortune ou ont été forcés de quitter leur commune ? Comment évoquer la stabilité alors que de vastes portions du territoire restent sous la menace permanente des groupes armés ?
Pour une partie croissante de l’opinion publique, le problème n’est plus l’absence de discours. Les discours sont nombreux. Les promesses également. Ce qui manque, selon eux, ce sont les résultats visibles capables de redonner confiance à une population épuisée par les crises successives.
Au moment où António Guterres quitte le pays en appelant la communauté internationale à ne pas abandonner Haïti, beaucoup de citoyens espèrent surtout que les dirigeants haïtiens cesseront de gouverner à travers les communiqués et commenceront à répondre aux urgences que vivent chaque jour des millions de leurs compatriotes.
Car derrière les cérémonies officielles, les déclarations diplomatiques et les promesses de jours meilleurs, demeure une réalité implacable : un peuple qui attend toujours que les paroles se transforment enfin en résultats.
Djovany Michel est journaliste d’investigation, PDG et rédacteur en chef de Satellite509, média indépendant et sans subvention, spécialisé dans la dénonciation de la corruption et de la mauvaise gouvernance. Il est l’actuel secrétaire général du Réseau Haïtien des Journalistes Anti-Corruption (RHAJAC).
Spécialités : gouvernance, corruption, géopolitique
Basé entre Haïti et la République dominicaine.
