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Reynold Guerrier face aux critiques : 600 000 nouvelles cartes d’identité, des millions de gourdes engagées et une avalanche de questions

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Port-au-Prince, le 4 juillet 2026 – La décision de l’Office national d’identification (ONI) de lancer la fabrication de près de 600 000 nouvelles cartes d’identité nationale provoque une vive réaction dans l’opinion publique. Alors que le pays traverse l’une des crises économiques les plus graves de son histoire, de nombreux citoyens s’interrogent sur le coût de cette opération et sur les responsabilités dans la production des cartes aujourd’hui jugées défectueuses.

Le directeur général de l’ONI, Reynold Guerrier, explique que les cartes fabriquées entre 2019 et 2021 présentent des défauts importants. Selon lui, plusieurs perdent leur lamination ou se fissurent même lorsqu’elles sont correctement conservées. Il attribue ces problèmes à la mauvaise qualité des matériaux utilisés par l’ancien fournisseur et assure que l’institution a changé de prestataire afin de produire des cartes répondant désormais aux normes internationales.

Mais cette justification est loin de convaincre une grande partie de la population.

Pour de nombreux Haïtiens, cette situation ressemble à un nouvel épisode de gaspillage des fonds publics. Dans un pays où l’accès aux services administratifs est déjà difficile, remplacer massivement des cartes encore valides apparaît comme une charge supplémentaire pour des citoyens déjà éprouvés par la crise.

Beaucoup racontent avoir dû patienter pendant des mois pour obtenir leur carte, parcourir de longues distances, engager des frais de transport, voire verser des sommes à des intermédiaires dénoncés comme des « racketteurs » afin d’accélérer leurs démarches. Aujourd’hui, certains découvrent que leur document, parfois encore loin de sa date d’expiration, devra être remplacé en raison de défauts de fabrication qui ne leur sont pourtant pas imputables.

Cette affaire soulève plusieurs interrogations auxquelles l’ONI est désormais appelée à répondre.

Qui assumera la responsabilité des centaines de milliers de cartes défectueuses ? Combien cette nouvelle commande de près de 600 000 cartes coûtera-t-elle au Trésor public ? Les contribuables devront-ils payer une seconde fois pour corriger une erreur dont ils ne sont pas responsables ?

Une autre question revient avec insistance : si les nouvelles cartes sont désormais conformes aux normes internationales, pourquoi les précédentes ne l’étaient-elles pas ? Les contrôles de qualité ont-ils été effectués avant la réception des cartes ? Qui avait validé ces documents ?

L’attribution des marchés publics est également au cœur des préoccupations. Le contrat accordé à l’ancien fournisseur a-t-il fait l’objet d’un audit indépendant ? Des sanctions ont-elles été prises contre les responsables si des manquements ont été constatés ? Existe-t-il de possibles irrégularités, voire des faits de corruption, dans l’attribution ou l’exécution de ce marché public ?

À quelques mois des élections, le renouvellement massif des cartes d’identité nourrit aussi des interrogations sur l’organisation du processus électoral. Plusieurs observateurs estiment qu’un document aussi essentiel à l’identification des électeurs exige une transparence absolue afin d’éviter toute suspicion.

Au-delà de l’aspect technique, cette affaire remet au centre du débat la question de la gestion des deniers publics. Pour de nombreux citoyens, il ne suffit plus d’annoncer un changement de fournisseur. Ils réclament des explications détaillées, un audit des contrats passés, l’identification des éventuels responsables et des garanties que les mêmes erreurs ne se reproduiront plus.

Dans un contexte où la confiance envers les institutions demeure fragile, plusieurs voix estiment que seule une enquête transparente permettra de dissiper les doutes et de rassurer une population qui refuse de voir les fonds publics engloutis, une fois de plus, dans des erreurs administratives dont personne ne semble rendre compte.

Djovany Michel est journaliste d’investigation, PDG et rédacteur en chef de Satellite509, média indépendant et sans subvention, spécialisé dans la dénonciation de la corruption et de la mauvaise gouvernance. Il est l’actuel secrétaire général du Réseau Haïtien des Journalistes Anti-Corruption (RHAJAC).

Spécialités : gouvernance, corruption, géopolitique

Basé entre Haïti et la République dominicaine.

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