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Haïti : une transition officiellement montée contre les gangs, mais qui s’appuie sur leur soutien pour exister ; les gangs gagnent du terrain, la transition gagne du temps

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Éditorial de Djovany Michel, journaliste anti-corruption

<< L’échec de la lutte contre les gangs a contribué à prolonger la transition politique et à maintenir le pouvoir du Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé en place.>>

Depuis qu’Alix Didier Fils-Aimé exerce seul le pouvoir exécutif à la suite de la fin du Conseil présidentiel de transition en date du 7 février 2026, Haïti continue de s’enfoncer dans une crise sécuritaire et politique profonde. Les élections ont été repoussées au nom de l’insécurité, tandis que les groupes armés poursuivent leur expansion dans plusieurs régions du pays.

Nous pouvons constater que les gangs paraissent plus puissants, plus audacieux et plus confiants que jamais. Ils étendent leur contrôle territorial, imposent leur loi, déplacent des milliers de familles et défient quotidiennement les autorités. Les massacres, les enlèvements et les attaques contre les populations civiles continuent d’alimenter un climat de peur permanente.

Pourtant, chaque autorité a au moins de cinq à dix agents de sécurité, majoritairement composés de policiers et de soldats, ce qui réduit fortement la présence des policiers dans les rues.

Le plus choquant, malgré de multiples missions étrangères déployées en Haïti pour neutraliser les gangs armés, aucun chef de gang n’a jamais été neutralisé.

Puisque l’État est infiltré à tous les niveaux dans l’administration publique, surtout par des hauts fonctionnaires de connivence avec les groupes armés, ce qui rend l’État incapable de bien jouer son rôle, les millions continuent d’être dépensés sans aucun résultat :

1- Mission multinationale d’appui à la sécurité (MSS)- Approuvée par le Conseil de sécurité des Nations unies en 2023 et dirigée par le Kenya, avec la participation de policiers de plusieurs pays, dont la Jamaïque, le Guatemala, les Bahamas, le Salvador et d’autres partenaires. Pour zéro résultat, mais des millions dépensés.

2- Police nationale d’Haïti- Bien qu’il ne s’agisse pas d’une mission internationale, elle bénéficie depuis 2021 de plusieurs millions de dollars de soutien en formation, en équipements et en renseignement de plusieurs États, mais malheureusement ces millions sont détournés par les autorités.

Et la nouvelle mission, transformée en Force de répression des gangs (FRG). Cette force a été autorisée par le Conseil de sécurité des Nations unies le 30 septembre 2025 afin de remplacer la Mission multinationale d’appui à la sécurité. Son mandat est plus robuste et vise notamment à neutraliser, isoler et dissuader les gangs armés. Elle a compté jusqu’à 5 500 militaires et policiers, avec des contingents provenant notamment du Tchad, de la Jamaïque, du Guatemala, du Salvador et d’autres États partenaires. Malheureusement, depuis, aucune arrestation des principaux chefs de gangs contrôlant les grands axes stratégiques du pays.

En plus, le gouvernement haïtien, sous la direction du Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé, a signé un contrat de 10 ans avec Vectus Global, une société de sécurité privée dirigée par Erik Prince (fondateur de Blackwater). Cet accord prévoit la fourniture de drones, d’hélicoptères et de renseignements pour lutter contre la violence des gangs, tout en prévoyant une assistance pour la collecte des impôts à la frontière.

Jusqu’à présent, aucune opération n’a jamais neutralisé ni tué un chef de gang, mais a tué des civils, des enfants et même des bébés, tandis que des millions sont dépensés et que le pouvoir trouve des arguments pour continuer avec la transition sans organiser d’élections.

Certains observateurs vont plus loin et estiment que l’inaction des autorités profite indirectement aux groupes armés en leur laissant davantage d’espace pour consolider leur emprise. D’autres dénoncent un pouvoir qui donnerait la priorité à sa propre survie politique plutôt qu’à l’organisation rapide d’élections crédibles.

Pendant ce temps, la population continue de payer le prix fort. Les écoles ferment, certaines entreprises disparaissent ou collaborent avec les gangs, par exemple à Carrefour, Delimart, les maisons de transfert, certaines écoles, entre autres, continuent à fonctionner, les hôpitaux fonctionnent difficilement et des centaines de milliers de citoyens vivent sous la menace permanente des armes. Chaque mois qui passe sans amélioration renforce l’idée que la transition est devenue une fin en soi plutôt qu’un moyen de restaurer la démocratie.

Après la fin du pouvoir du Conseil présidentiel de transition (CPT), le 7 février 2026, le pouvoir exécutif a été transféré au Premier ministre et à son gouvernement.

Alix Didier Fils-Aimé a utilisé cette stratégie de ne pas contribuer à rétablir la sécurité et l’échec du CPT pour bénéficier d’un délai constitutionnel maximal de 120 jours afin d’avoir la mission, à lui seul, d’organiser l’élection présidentielle et de rétablir la normalité institutionnelle après le départ du Conseil présidentiel de transition (CPT).

Ce délai de 120 jours, calculé à partir du 7 février 2026, expirait précisément le 7 juin 2026. Au-delà de cette date, aucune disposition constitutionnelle ne permet plus au Conseil des ministres d’exercer légitimement le pouvoir exécutif en vertu de l’article 149.

Malgré le fait que le 7 juin 2026 marque la fin du pouvoir du Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé, il continue d’exercer ses fonctions comme un élu, procède à des remaniements, signe des contrats et effectue des décaissements sans peur ni crainte, puisque les gangs empêchent la population de se soulever, la majorité des quartiers populaires étant sous leur contrôle, et face à des politiciens soi-disant de l’opposition auxquels elle ne fait pas confiance.

Haïti ne peut rester prisonnière d’une gouvernance provisoire indéfinie. Le pays a besoin d’institutions légitimes, d’une stratégie sécuritaire efficace et d’un calendrier politique crédible. Sans rétablissement de l’autorité de l’État et sans retour à un ordre démocratique, le risque est grand de voir les groupes armés continuer à imposer leur propre pouvoir là où la République recule.

Djovany Michel est journaliste d’investigation, PDG et rédacteur en chef de Satellite509, média indépendant et sans subvention, spécialisé dans la dénonciation de la corruption et de la mauvaise gouvernance. Il est l’actuel secrétaire général du Réseau Haïtien des Journalistes Anti-Corruption (RHAJAC).

Spécialités : gouvernance, corruption, géopolitique

Basé entre Haïti et la République dominicaine.

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