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Marjorie Michel adopte la même carte Dermalog qu’elle rejetait sous Jovenel Moïse et invite la population à participer à des élections sous l’influence des gangs armés

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La scène politique haïtienne offre un contraste qui mérite d’être rappelé. Marjorie Michel, ancienne ministre à la Condition féminine et figure du Secteur démocratique et populaire (SDP), s’est inscrite, lundi 17 août 2026, sur la liste électorale avec sa carte d’identification nationale. Elle appelle désormais les citoyens à accomplir la même démarche et se dit favorable à l’organisation d’élections.

Quelques années plus tôt, le discours de son organisation était radicalement différent. Sous la présidence de Jovenel Moïse, le SDP faisait de l’élimination de la carte produite dans le cadre du contrat avec la firme allemande Dermalog une revendication politique majeure.

En 2020, alors que Jovenel Moïse voulait engager le pays dans un nouveau processus électoral, le SDP estimait que les conditions politiques et techniques n’étaient pas réunies. Son porte-parole, André Michel, déclarait notamment qu’il n’était « pas question » d’aller voter avec la carte Dermalog.

Marjorie Michel présente sa carte d’identification nationale après son inscription sur la liste électorale, le lundi 17 août 2026.

Cette opposition ne s’est pas arrêtée avec l’assassinat de Jovenel Moïse, le 7 juillet 2021. Après l’arrivée d’Ariel Henry au pouvoir, le SDP a continué à réclamer officiellement l’élimination de cette carte. En décembre 2021, le mouvement présentait même son élimination comme un préalable à la réalisation d’élections générales libres, honnêtes et démocratiques.

En 2022, la position était encore clairement assumée. Dans une note portant notamment la signature de Marjorie Michel, aux côtés d’André Michel et de Ricard Pierre, le SDP inscrivait « l’élimination de la carte Dermalog » parmi ses revendications fondamentales.

Quatre ans plus tard, le contraste est difficile à ignorer.

Marjorie Michel utilise aujourd’hui cette même carte dans le cadre de son inscription électorale et invite les citoyens qui en disposent à actualiser leurs données. Elle affirme que cette démarche constitue un devoir citoyen, particulièrement après plusieurs années sans élections.

Ce revirement pose la question de la cohérence politique du SDP. Si cette carte était suffisamment problématique pour que le mouvement exige son élimination et refuse son utilisation dans un processus électoral sous Jovenel Moïse, qu’est-ce qui a changé pour qu’elle soit aujourd’hui acceptée par l’une de ses principales figures ?

Le SDP avait maintenu cette revendication même lorsqu’il soutenait l’accord politique ayant permis sa participation au pouvoir sous Ariel Henry. En janvier 2022, le mouvement réclamait encore l’élimination de la carte Dermalog et reprochait au gouvernement de ne pas appliquer intégralement l’accord du 11 septembre 2021.

La question dépasse donc Marjorie Michel. Elle concerne une ligne politique défendue pendant plusieurs années par une organisation qui avait fait de la contestation du système Dermalog l’un des arguments de son opposition au pouvoir de Jovenel Moïse.

Ces réserves sécuritaires soulèvent elles-mêmes une autre contradiction. Si les conditions actuelles ne permettent pas encore aux candidats de circuler librement dans plusieurs territoires, l’appel à avancer vers les élections intervient alors que des voix politiques et de la société civile qualifient déjà le processus de « mort-né ».

Le débat ne porte donc plus seulement sur la carte Dermalog. Il porte sur la constance des positions politiques. Une carte autrefois présentée comme un obstacle à des élections crédibles est désormais utilisée pour intégrer le processus électoral.

Une position politique peut évoluer. Mais lorsqu’elle a servi pendant plusieurs années à combattre un processus électoral et un gouvernement, son abandon appelle une explication publique.

Marjorie Michel et le SDP doivent désormais répondre à une question précise : qu’est-ce qui rend aujourd’hui acceptable la carte Dermalog qu’ils voulaient éliminer sous Jovenel Moïse ?

Dossier à suivre.

Djovany MICHEL

Djovany Michel est journaliste d’investigation, PDG et rédacteur en chef de Satellite509, média indépendant et sans subvention, spécialisé dans la dénonciation de la corruption et de la mauvaise gouvernance. Il est l’actuel secrétaire général du Réseau Haïtien des Journalistes Anti-Corruption (RHAJAC).

Spécialités : gouvernance, corruption, géopolitique

Basé entre Haïti et la République dominicaine.

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