Guy Philippe : « J’ai regretté d’avoir participé au coup d’État de 2004 contre Aristide »
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Plus de vingt-deux ans après la crise politique ayant conduit au départ de Jean-Bertrand Aristide en 2004, Guy Philippe affirme aujourd’hui regretter sa participation au mouvement qui a contribué au renversement de l’ancien président haïtien.
L’ancien sénateur de la Grand’Anse s’est exprimé ce lundi 17 août 2026 lors d’une émission en direct avec Ralph La Voix d’Or. Invité à revenir sur son rôle dans les événements de 2004 et à expliquer aux jeunes générations ce qui l’avait poussé à s’opposer à Aristide, Guy Philippe a livré sa propre lecture de cette période particulièrement tumultueuse de l’histoire politique haïtienne.
La phrase qui a particulièrement retenu l’attention est sans équivoque :
« J’ai regretté d’avoir participé au coup d’État de 2004 contre Aristide ; c’est l’une des choses que je regretterai pour le restant de mes jours. »

Guy Philippe affirme que son opposition à Jean-Bertrand Aristide n’a pas toujours existé. Il raconte qu’au début des années 1990, il admirait profondément le leader de Lavalas et croyait en son discours sur la justice sociale et le développement.
Il affirme même qu’en 1991-1992, alors qu’il poursuivait ses études au Mexique, il avait quitté l’université pour participer à une manifestation en faveur d’Aristide.
Mais, selon son récit, l’Aristide qu’il soutenait avant son exil n’était plus le même homme après son retour au pouvoir.
Guy Philippe reproche à l’ancien président plusieurs décisions qu’il juge graves, notamment la dissolution des Forces armées d’Haïti, la politique menée à l’égard de certaines institutions nationales et les relations entretenues avec la communauté internationale.
Il a également formulé diverses accusations concernant la gestion des ressources publiques et l’exercice du pouvoir sous Aristide.
Un projet qui, selon lui, ne se limitait pas au simple renversement d’Aristide.
Dans son témoignage, Guy Philippe affirme que le mouvement de 2004 ne devait pas servir uniquement à évincer Aristide du pouvoir.
L’objectif, selon lui, était aussi de reprendre le contrôle du pays, de restaurer la souveraineté nationale et de rebâtir une institution militaire capable, a-t-il déclaré, d’assurer la sécurité du territoire.
Toutefois, face aux revers subis, il estime que le projet a été détourné de son objectif initial.
« Malheureusement, c’était un jeu de dupes et, à l’époque, j’étais trop jeune. Je croyais en l’honneur et on m’a manipulé », a-t-il expliqué en substance.
Il a également évoqué une réunion organisée à l’hôtel El Rancho début mars 2004, à laquelle auraient participé plusieurs personnalités qu’il fréquentait depuis ses années en République dominicaine.
Selon son récit, après une intervention de l’ambassade américaine, certains participants auraient accepté un arrangement politique ayant conduit à la nomination de Gérard Latortue au poste de Premier ministre.
C’est précisément à ce moment-là, a-t-il précisé, qu’il situe l’un de ses plus grands regrets.
Les déclarations de Guy Philippe interviennent alors que son propre parcours reste intimement lié aux épisodes les plus controversés de la politique haïtienne contemporaine.
Le 5 janvier 2017, il a été arrêté à Port-au-Prince par la Brigade de lutte contre le trafic de stupéfiants (BLTS) à sa sortie d’une station de radio, quelques jours seulement avant son entrée officielle au Sénat en tant qu’élu de la Grand’Anse.
Il a ensuite été extradé vers les États-Unis. La justice américaine le poursuivait depuis plusieurs années dans une affaire de trafic de drogue et de blanchiment d’argent.
En juin 2017, Guy Philippe a plaidé coupable d’une accusation de blanchiment d’argent lié au trafic de drogue. Le 21 juin 2017, un tribunal fédéral de Miami l’a condamné à 108 mois de prison , soit neuf ans , ainsi qu’au paiement d’une somme de 1,5 million de dollars. Selon le département de la Justice américain, il a reconnu avoir reçu de l’argent de trafiquants en échange de la protection accordée à des cargaisons de cocaïne destinées aux États-Unis.
Il a été renvoyé par les États-Unis le 30 novembre 2023, puis remis en liberté par la police haïtienne (DCPJ) le 2 décembre 2023, après une brève garde à vue.
Vingt-deux ans plus tard, le regret
Le retour de Guy Philippe sur les événements de 2004 survient donc plus de deux décennies après une période qui continue de diviser profondément la société haïtienne.
Son témoignage n’a pas modifié, à lui seul, le cours de cette crise. Il apporte toutefois le regard rétrospectif d’un homme qui affirme avoir été directement impliqué dans les événements et qui dit aujourd’hui mesurer différemment les conséquences de ses choix.
Pour une partie de la population, l’année 2004 reste associée à la chute d’un président élu et à l’intervention de puissances étrangères. Pour d’autres, le départ d’Aristide marquait l’aboutissement d’une grave crise politique, sociale et sécuritaire ayant atteint son paroxysme.
Entre ces deux lectures, une question demeure : que s’est-il réellement passé et quelles responsabilités faut-il attribuer aux différents acteurs haïtiens et internationaux ?
En affirmant aujourd’hui : « J’ai regretté d’avoir participé au coup d’État de 2004 contre Aristide », Guy Philippe rouvre ce vieux dossier.
Mais en Haïti, où les crises politiques prennent souvent la place d’un véritable travail collectif de mémoire et de justice historique, l’essentiel ne réside peut-être pas uniquement dans le fait de savoir qui a regretté quoi. Avant tout, il serait nécessaire que le pays tire enfin les leçons de son passé, afin que les mêmes erreurs, les mêmes manipulations politiques et les mêmes violences ne continuent pas à se reproduire sous de nouveaux visages.
Par Sanon Marc-Antoine
Djovany Michel est journaliste d’investigation, PDG et rédacteur en chef de Satellite509, média indépendant et sans subvention, spécialisé dans la dénonciation de la corruption et de la mauvaise gouvernance. Il est l’actuel secrétaire général du Réseau Haïtien des Journalistes Anti-Corruption (RHAJAC).
Spécialités : gouvernance, corruption, géopolitique
Basé entre Haïti et la République dominicaine.
