Satellite509

l'info qui dérange, la vérité qui libère.

Fin du TPS : près de 90 Haïtiens expulsés des États-Unis arrivent au Cap-Haïtien

4 min read

Le renforcement des expulsions américaines se poursuit. Ce jeudi après-midi, 17 septembre 2026, près de 90 ressortissants haïtiens sont arrivés à l’aéroport international du Cap-Haïtien à bord d’un vol d’expulsion en provenance d’Alexandria, en Louisiane, dans un contexte marqué par la fin du statut de protection temporaire (TPS) accordé jusqu’alors à de nombreux Haïtiens vivant aux États-Unis.

La fin du TPS pour Haïti est officiellement entrée en vigueur le 27 juillet 2026, après plusieurs mois de bataille juridique. La Cour suprême américaine avait, le 25 juin, levé l’obstacle qui empêchait l’administration de mettre fin à cette protection, avant que le gouvernement américain ne confirme l’arrêt du programme.

Pour de nombreux Haïtiens, cette décision a marqué un changement radical de situation. Ce statut leur permettait de séjourner temporairement aux États-Unis et, pour les bénéficiaires concernés, de travailler légalement ; sa fin ouvre la voie à des procédures d’éloignement pour les personnes ne disposant pas d’un autre fondement juridique leur permettant de rester sur le territoire américain. Le département de la Sécurité intérieure (DHS) estime à environ 348 000 le nombre de ressortissants haïtiens bénéficiant du TPS au titre de ce programme.

Toutefois, une distinction importante s’impose : tous les Haïtiens expulsés ne sont pas nécessairement d’anciens bénéficiaires du TPS. Certains faisaient déjà l’objet d’une décision d’expulsion, notamment à la suite de procédures judiciaires ou migratoires antérieures. L’arrivée de ce jeudi s’inscrit donc dans une campagne plus large d’expulsions américaines, même si la disparition du TPS a considérablement accru les risques pour une partie de la communauté haïtienne.

Depuis la fin du mois de juillet, les vols vers Haïti se sont multipliés. Alors qu’ils étaient auparavant plus espacés, les vols sont désormais organisés à une cadence beaucoup plus soutenue. Ils partent notamment d’Alexandria, en Louisiane, avec une escale à Miami avant d’arriver au Cap-Haïtien.

Le choix du Cap-Haïtien n’est pas anodin. L’aéroport international Toussaint-Louverture de Port-au-Prince reste soumis à de sévères restrictions liées à la situation sécuritaire dans la capitale. Les autorités américaines continuent donc d’utiliser l’aéroport du Nord pour ces opérations de rapatriement et d’expulsion.

À chaque nouvel avion, derrière les chiffres se cachent des parcours humains très différents. Certains passagers retrouvent Haïti après plusieurs années passées aux États-Unis, parfois après y avoir travaillé, fondé une famille ou bâti toute leur vie. Pour d’autres, ce retour intervient après une longue période de détention ou une procédure d’immigration ayant abouti à une mesure d’éloignement.

Et le choc du retour ne s’est pas arrêté au tarmac. Haïti traverse toujours une grave crise sécuritaire et humanitaire, marquée par des déplacements massifs de population et une insécurité touchant de vastes zones du pays. Les Nations unies ont recensé plus de 3 050 décès entre janvier et juin 2026, ainsi que près de 1,5 million de personnes déplacées à travers le pays.

Dans ce contexte, le retour forcé de nouveaux groupes de compatriotes soulève une autre question, bien plus concrète : où vont-ils vivre, comment seront-ils réinsérés et avec quels moyens vont-ils reconstruire leur vie ? Pour ceux qui ont perdu leur statut aux États-Unis, la fin du TPS ne signifie pas seulement la perte d’une protection juridique ; elle peut aussi marquer la fin brutale d’un projet de vie bâti au fil des années.

Par SANON MARC-ANTOINE

Djovany Michel est journaliste d’investigation, PDG et rédacteur en chef de Satellite509, média indépendant et sans subvention, spécialisé dans la dénonciation de la corruption et de la mauvaise gouvernance. Il est l’actuel secrétaire général du Réseau Haïtien des Journalistes Anti-Corruption (RHAJAC).

Spécialités : gouvernance, corruption, géopolitique

Basé entre Haïti et la République dominicaine.

Spread the love