L’ONU décrit Haïti comme un corridor des routes régionales du trafic de drogue
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Le trafic de stupéfiants demeure un enjeu majeur dans la région des Caraïbes, où les réseaux criminels exploitent les voies maritimes pour acheminer leurs cargaisons vers différents marchés. Dans son rapport final daté du 8 septembre 2026, référencé S/2026/714, le Groupe d’experts des Nations unies sur Haïti documente plusieurs saisies importantes de cocaïne et de cannabis réalisées entre 2025 et 2026. Aux pages 28 à 30, les experts décrivent notamment des interceptions au large de l’île de la Tortue et de Môle-Saint-Nicolas, ainsi que la découverte de plus d’une tonne de cocaïne dans un conteneur expédié depuis le Cap-Haïtien vers la Belgique.
Le trafic de drogue constitue une activité lucrative pour les organisations criminelles transnationales. Les cargaisons circulent par différents moyens, notamment les embarcations rapides et les conteneurs de marchandises, permettant aux trafiquants de profiter des routes commerciales et maritimes existantes. Dans les Caraïbes, la position géographique d’Haïti expose particulièrement ses côtes et ses eaux territoriales aux itinéraires utilisés pour transporter des substances illicites.
Cette situation est mise en évidence dans le rapport du Groupe d’experts de l’ONU. Au paragraphe 118, à la page 28, les spécialistes indiquent avoir enquêté sur des saisies importantes de cocaïne et de cannabis, « mettant en évidence l’ampleur des opérations de trafic transitant par Haïti ». Ils soulignent également que le nord du pays demeure un corridor des itinéraires régionaux de trafic de drogue, avec une participation croissante de ressortissants jamaïcains et bahamiens.
Le rapport revient notamment sur une opération menée le 13 juillet 2025 par la Police nationale d’Haïti au large de l’île de la Tortue, dans le département du Nord-Ouest. Cette intervention a permis de saisir 1 045 kilogrammes de cocaïne. Deux ressortissants, l’un jamaïcain et l’autre bahamien, ont été arrêtés avant de décéder par la suite, tandis que deux autres personnes impliquées dans le trafic sont tombées à la mer. Selon les informations transmises au Groupe d’experts par un État membre, la cargaison provenait de la zone côtière de Buritaca, dans le département de Magdalena, en Colombie, où opère l’organisation criminelle Autodefensas Conquistadoras de la Sierra Nevada. Au paragraphe 123, le rapport estime que cette saisie représentait une perte financière d’environ 34 millions de dollars pour l’organisation, selon les prix du marché américain.
Le lendemain, le 14 juillet 2025, un conteneur expédié depuis le Cap-Haïtien, dans le département du Nord, a pris la direction de la Belgique après un transbordement à Kingston, en Jamaïque. À son arrivée au port d’Anvers, le 22 août 2025, les autorités belges y ont découvert 1 156,42 kilogrammes de cocaïne, répartis en 1 000 paquets. Selon le rapport, la drogue avait été dissimulée selon la méthode dite du « rip-off », qui consiste à introduire des substances illicites dans une cargaison légale, parfois à l’insu de l’expéditeur ou du destinataire, avant de les récupérer plus loin dans la chaîne de transport. Les experts précisent que, dans cette affaire comme dans une saisie antérieure de 308,7 kilogrammes réalisée à Anvers en septembre 2023, les trafiquants avaient utilisé les circuits légaux d’exportation de cacao en provenance d’Haïti pour acheminer la drogue vers l’Europe.
Le cannabis figure également parmi les substances concernées par les opérations examinées. Le 30 avril 2026, des garde-côtes américains ont intercepté un navire au large de Môle-Saint-Nicolas, dans le Nord-Ouest, et saisi environ 1 376 kilogrammes de cannabis, dont la valeur était estimée à 3,8 millions de dollars. Un ressortissant jamaïcain a été arrêté. Le navire, la cargaison et le suspect présumé ont été remis aux autorités haïtiennes le 3 mai 2026. D’après les déclarations rapportées par les experts, le suspect affirmait être pêcheur et indiquait que le propriétaire de l’embarcation lui avait proposé 10 000 dollars pour effectuer un trajet entre la Jamaïque et Providenciales, dans les Îles Turques-et-Caïques.
Cette interception s’ajoute à une autre saisie importante de cannabis, de 2,7 tonnes, réalisée par les autorités dominicaines à Pedernales en mai 2025. Le rapport mentionne également des saisies de quantités plus modestes dans plusieurs villes frontalières dominicaines, notamment Pedernales, Dajabón et Elías Piña. Il relève par ailleurs qu’en août 2024, les autorités des Îles Turques-et-Caïques avaient intercepté des embarcations transportant des migrants en provenance de la côte nord d’Haïti, ce qui avait conduit à la saisie de cannabis évalué à plus de deux millions de dollars.
Pour le Groupe d’experts, ces différentes opérations font ressortir le caractère transnational des réseaux concernés et la diversité des moyens utilisés pour transporter les stupéfiants. Les saisies recensées ne permettent pas, à elles seules, de mesurer l’ensemble des volumes qui transitent par Haïti, mais elles illustrent l’ampleur des cargaisons découvertes par les autorités haïtiennes et étrangères. Les investigations sur les différentes affaires se poursuivent, tandis que les experts indiquent avoir adressé des communications à la Jamaïque et aux Bahamas dans le cadre de leurs travaux.
Léandro S LÉONARD
Djovany Michel est journaliste d’investigation, PDG et rédacteur en chef de Satellite509, média indépendant et sans subvention, spécialisé dans la dénonciation de la corruption et de la mauvaise gouvernance. Il est l’actuel secrétaire général du Réseau Haïtien des Journalistes Anti-Corruption (RHAJAC).
Spécialités : gouvernance, corruption, géopolitique
Basé entre Haïti et la République dominicaine.
