Haïti : l’ONU alerte sur la recrudescence des violences sexuelles et les enlèvements liés aux gangs
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Dans son rapport final, publié le 8 septembre 2026, le Groupe d’experts des Nations unies sur Haïti alerte sur l’aggravation des violences sexuelles commises par les groupes armés. Aux pages 17 et 18 du document, les experts décrivent notamment l’utilisation du viol comme moyen de représailles entre gangs rivaux et rapportent la prise en charge de 2 485 victimes de violences sexuelles à Port-au-Prince par Médecins sans frontières entre janvier et mai 2026.
La crise sécuritaire en Haïti continue d’avoir de graves conséquences humanitaires. Au-delà des affrontements armés et des pertes en vies humaines, les populations civiles sont confrontées à des violations répétées de leurs droits fondamentaux. Dans son rapport couvrant la période allant jusqu’au 10 juillet 2026, le Groupe d’experts des Nations unies met particulièrement en évidence l’augmentation des violences sexuelles et les enlèvements commis dans les zones affectées par les activités des groupes armés.
Des milliers de victimes de violences sexuelles
À la page 18 de son rapport, le Groupe d’experts indique que des spécialistes des droits humains et du personnel médical interrogés dans différents établissements de santé de Port-au-Prince ont signalé une augmentation des cas de violences sexuelles et fondées sur le genre depuis le début de l’année 2026.
Les données recueillies auprès de Médecins sans frontières sont particulièrement préoccupantes. Entre janvier et mai 2026, l’organisation a pris en charge 2 485 victimes de violences sexuelles à Port-au-Prince. Selon le rapport, 72 % de ces victimes avaient été violées par des hommes armés, tandis que 64 % des cas concernaient des viols collectifs. Les femmes et les filles représentaient la grande majorité des victimes, et 16 % des personnes prises en charge étaient mineures.
Les experts signalent également des cas concernant des enfants âgés de 8, 9 et 10 ans. Ces chiffres illustrent la gravité des violences sexuelles auxquelles sont exposées les populations civiles, y compris les mineurs, dans les zones touchées par l’insécurité.
Le viol utilisé comme arme de représailles entre gangs rivaux
Le rapport souligne que les affrontements entre groupes armés ont contribué à l’intensification des violences sexuelles. Selon les experts, ces actes sont notamment utilisés comme instruments de représailles contre les femmes et les filles vivant dans des quartiers contrôlés par des gangs rivaux.
Dans la plaine du Cul-de-Sac, des cas de violences sexuelles ont été signalés pendant les hostilités de mars et avril 2026. Le document cite notamment des agressions commises lors d’incursions dans les quartiers de Duvivier, Sarthe et Terre-Noire, impliquant des membres de gangs associés à 400 Mawozo, Canaan, Chen Mechan et Tokyo.
Les experts rapportent également qu’à la mi-juin 2026, des affrontements entre les gangs de Belekou et de Wharf Jérémie, à Cité Soleil, ont été suivis d’enlèvements. Plus de dix femmes originaires de Wharf Jérémie auraient alors subi des violences sexuelles après avoir été kidnappées par des membres du gang de Belekou.
Ces faits montrent que les rivalités territoriales entre groupes armés ne se limitent pas aux affrontements entre combattants. Les civils, en particulier les femmes et les filles, sont également directement exposés à ces violences.
Une crise qui exige des mesures de protection
À travers ces constats, le Groupe d’experts souligne les conséquences humaines de la violence armée en Haïti. Les violences sexuelles et les enlèvements aggravent les souffrances des populations civiles et compliquent les efforts de protection dans les territoires contrôlés ou disputés par les gangs.
Le rapport insiste sur la nécessité de renforcer la prévention, la protection des victimes et la responsabilisation des auteurs présumés. Il recommande notamment que les États contribuant à la Force de répression des gangs veillent au respect strict du droit international des droits humains, en accordant une attention particulière à la prévention des violences sexuelles et fondées sur le genre et à l’obligation de rendre des comptes.
Léandro S. LÉONARD
Djovany Michel est journaliste d’investigation, PDG et rédacteur en chef de Satellite509, média indépendant et sans subvention, spécialisé dans la dénonciation de la corruption et de la mauvaise gouvernance. Il est l’actuel secrétaire général du Réseau Haïtien des Journalistes Anti-Corruption (RHAJAC).
Spécialités : gouvernance, corruption, géopolitique
Basé entre Haïti et la République dominicaine.
