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Haïti : l’ONU dénonce le recrutement croissant d’enfants par les gangs et des exécutions sommaires

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Le rapport final du 8 septembre 2026, référencé S/2026/714, du Groupe d’experts des Nations unies sur Haïti lance une alerte sur l’augmentation du recrutement de mineurs par les groupes armés, notamment dans les départements de l’Ouest et de l’Artibonite. À la page 17, les experts évoquent également des exécutions sommaires d’enfants présumés associés aux gangs et font état d’allégations d’exploitation et d’abus sexuels impliquant des membres kenyans de la mission internationale de sécurité.

Le recrutement d’enfants atteint un niveau alarmant

À la page 17 de son rapport, le Groupe d’experts indique que le recrutement d’enfants par les gangs en Haïti a continué d’augmenter à un rythme alarmant pendant la période étudiée. Les informations recueillies auprès de résidents, de représentants de la société civile et d’agents participant aux opérations de sécurité font état d’une forte progression du phénomène dans les départements de l’Ouest et de l’Artibonite.

Le document précise que le nombre exact de mineurs intégrés aux groupes armés demeure difficile à établir. Les experts signalent toutefois que la plupart des chefs de gangs visés par les sanctions des Nations unies ont continué à recruter des enfants.

Les pertes subies par les gangs lors des opérations de sécurité ont également contribué à accroître leurs besoins en recrues. Le rapport relève une intensification particulière du recrutement par les groupes 5 Segond, dirigé par Johnson André, alias Izo, et Grand Ravine, dirigé par Renel Destina, alias Ti Lapli.

Les enfants seraient par ailleurs utilisés pour protéger les chefs de gangs contre les attaques menées au moyen de drones. Cette pratique accentue leur exposition aux violences et aux risques de blessures ou de décès.

Des enfants également victimes d’exécutions sommaires

Le rapport met en évidence une autre dimension préoccupante de la crise : les exécutions sommaires d’enfants présumés associés aux gangs. Selon les experts, de tels actes auraient été commis par des membres des forces de sécurité et par des groupes d’autodéfense.

Cette situation souligne la vulnérabilité particulière des mineurs pris dans l’engrenage de la violence armée. Certains sont recrutés ou utilisés par les gangs, tandis que d’autres risquent de subir des représailles ou des violences lorsqu’ils sont soupçonnés d’être liés à ces groupes.

En mai 2026, la Commission nationale de désarmement, de démantèlement et de réinsertion a présenté une feuille de route destinée à prévenir l’intégration des enfants et des jeunes vulnérables dans les gangs et à soutenir la réinsertion de ceux qui en sortent.

Toutefois, les experts estiment que le manque de soutien institutionnel et financier risque de ralentir considérablement la mise en œuvre de cette stratégie. La prévention du recrutement, la protection des mineurs et l’accompagnement de ceux qui quittent les groupes armés demeurent donc des enjeux importants.

Des allégations concernant des membres de la mission internationale

Le rapport aborde également des allégations d’exploitation et d’abus sexuels impliquant des membres kenyans de la Mission multinationale d’appui à la sécurité en Haïti.

Selon les informations rapportées par le Secrétaire général des Nations unies, quatre allégations ont été reçues en 2025, dont trois impliquant des mineurs. Les faits signalés se seraient produits à Petite-Rivière de l’Artibonite, où des agents kenyans avaient été déployés entre la fin de 2024 et avril 2026.

Les experts indiquent avoir interrogé des représentants de la société civile qui avaient rencontré ou soutenu des victimes ou leurs familles. Ces interlocuteurs ont confirmé les quatre cas mentionnés dans le rapport du Secrétaire général et ont également évoqué d’autres cas présumés.

Les autorités kenyanes ont informé le Groupe d’experts qu’une commission d’enquête avait conclu que les allégations n’étaient pas étayées. Elles ont toutefois indiqué qu’une équipe nationale d’enquête avait ensuite été constituée afin de donner suite aux lacunes relevées dans le processus initial.

Ces éléments doivent être présentés avec prudence : il s’agit d’allégations ayant fait l’objet de démarches d’enquête, et non de faits définitivement établis par une décision judiciaire.

La protection des enfants, un défi majeur

Les constats du Groupe d’experts mettent en évidence les multiples dangers auxquels sont confrontés les enfants en Haïti. Recrutés par les gangs, exposés aux opérations armées ou victimes de violences, ils se retrouvent au cœur d’une crise qui menace leur sécurité et leur avenir.

Le rapport souligne l’importance de renforcer les mesures de prévention, les mécanismes de protection et les programmes de réinsertion. Il appelle également à une responsabilisation des auteurs présumés de violations des droits humains, quels que soient leur statut et leur appartenance institutionnelle.

Face à l’extension de la violence armée, la protection des enfants et la lutte contre leur recrutement constituent ainsi des priorités majeures pour les autorités haïtiennes et leurs partenaires internationaux.

Léandro S. LÉONARD

Djovany Michel est journaliste d’investigation, PDG et rédacteur en chef de Satellite509, média indépendant et sans subvention, spécialisé dans la dénonciation de la corruption et de la mauvaise gouvernance. Il est l’actuel secrétaire général du Réseau Haïtien des Journalistes Anti-Corruption (RHAJAC).

Spécialités : gouvernance, corruption, géopolitique

Basé entre Haïti et la République dominicaine.

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