Arcahaie : privés de frais de mission, des policiers de l’UDMO et de la BOID dénoncent l’abandon de la hiérarchie
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Alors que les unités spécialisées de la Police nationale d’Haïti (PNH) poursuivent leurs opérations contre les groupes armés dans la commune de l’Arcahaie, des policiers de l’Unité départementale de maintien de l’ordre (UDMO) et de la Brigade d’opération et d’intervention départementale (BOID) dénoncent le non-versement de leurs frais de mission. Selon leurs témoignages, plusieurs agents se retrouvent désormais sans moyens pour subvenir à leurs besoins quotidiens, notamment pour se nourrir, alors qu’ils sont toujours mobilisés sur le terrain.
« Nous, policiers de l’UDMO engagés dans les combats contre les gangs, nous mangeons avec nos propres moyens. Ce que nous avions dans nos poches est déjà épuisé », déplorent des agents, qui affirment attendre le paiement des sommes qui leur sont dues par l’institution policière au titre de leur mission. Une situation qui soulève des interrogations sur les conditions dans lesquelles la hiérarchie entend maintenir les unités engagées dans des opérations aussi exigeantes.
Ces réclamations interviennent alors que les opérations conjointes de l’UDMO et de la BOID ont permis d’enregistrer plusieurs avancées dans la commune de l’Arcahaie. Au cours de leurs interventions, les policiers ont notamment démantelé des barricades et détruit des murs érigés pour entraver la progression des forces de l’ordre. Ils ont également procédé à la libération d’otages retenus dans une église. Ces interventions ont contribué à la reprise de plusieurs zones, notamment Toman, Vignier, Bercy et Robusto, jusque-là sous l’influence de groupes armés.

Mais derrière ces avancées opérationnelles, les conditions de travail et de prise en charge des policiers suscitent des inquiétudes. Les agents préviennent qu’ils ne pourront pas continuer indéfiniment à supporter personnellement les dépenses liées à leur déploiement. Ils font savoir qu’ils entendent suspendre leur engagement dans les combats tant que leurs frais de mission ne leur seront pas versés. Une menace qui intervient à un moment où la poursuite des opérations et la consolidation des espaces repris exigent une mobilisation constante des unités concernées.
Sur le terrain, les inquiétudes commencent également à se faire entendre au sein de la population. Des habitants qui espéraient voir se poursuivre la progression des forces de l’ordre redoutent que les difficultés financières rencontrées par les policiers compromettent les résultats obtenus. La collaboration entre l’UDMO et la BOID est présentée comme un facteur important dans les avancées enregistrées dans cette partie du département de l’Ouest. Toutefois, ces résultats nécessitent désormais des mesures de consolidation et un accompagnement institutionnel à la hauteur des efforts consentis.
Dans ce contexte, l’absence de réponse concrète de la hiérarchie policière aux réclamations des agents pose question. Comment demander à des policiers de maintenir la pression sur des groupes armés, de prendre des risques, de libérer des otages et de reprendre des territoires lorsqu’ils doivent eux-mêmes financer leur nourriture et supporter les dépenses liées à leur déploiement ? Le paiement des frais de mission ne devrait pourtant pas être considéré comme une faveur accordée aux agents, mais comme une obligation administrative liée à leur engagement opérationnel.
La question mérite d’autant plus d’attention que les territoires repris ne peuvent être considérés comme définitivement sécurisés sans une présence policière durable. Après les avancées enregistrées à Toman, Vignie, Bercy et Robusto, la priorité devrait être la consolidation des positions, le renforcement des effectifs et la poursuite des opérations en vue de reprendre d’autres espaces, notamment dans la commune de Cabaret. Sans un dispositif de suivi et de soutien adapté, les efforts déjà consentis risquent de perdre leur portée.
Les autorités policières doivent donc apporter des réponses aux revendications des agents concernés. Cela passe notamment par le règlement des frais de mission en attente, le versement des primes de risque et la mise à disposition des moyens nécessaires à la poursuite des opérations. Il s’agit également d’assurer un suivi régulier des unités déployées afin d’éviter que les difficultés matérielles ne viennent compromettre les efforts entrepris sur le terrain.
Une interrogation demeure : comment expliquer que des policiers engagés dans des opérations contre les gangs soient contraints de puiser dans leurs ressources personnelles pour assurer leur subsistance, alors même que leur institution leur doit des frais liés à leur mission ? La situation soulève aussi une autre question : les responsables de la PNH mesurent-ils les conséquences qu’un tel défaut de prise en charge pourrait avoir sur le moral des troupes et sur la continuité des opérations ?
Au moment où la population de l’Arcahaie espère retrouver progressivement sa liberté de circulation et vivre sans la menace permanente des groupes armés, fragiliser les unités qui contribuent à reprendre du terrain serait lourd de conséquences. Les avancées sécuritaires ne peuvent reposer uniquement sur le courage et les sacrifices individuels des policiers. Elles exigent un engagement réel de l’institution qui les déploie, les commande et leur confie la responsabilité de protéger la population.
Léandro S. LÉONARD
Djovany Michel est journaliste d’investigation, PDG et rédacteur en chef de Satellite509, média indépendant et sans subvention, spécialisé dans la dénonciation de la corruption et de la mauvaise gouvernance. Il est l’actuel secrétaire général du Réseau Haïtien des Journalistes Anti-Corruption (RHAJAC).
Spécialités : gouvernance, corruption, géopolitique
Basé entre Haïti et la République dominicaine.
