Haïti : Alix Didier Fils-Aimé annonce une FRG de 4 000 soldats pour combattre les gangs
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Le gouvernement haïtien entend renforcer son dispositif sécuritaire face à l’expansion des groupes armés dans le pays. Le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé a annoncé, mardi 3 novembre 2026, que les effectifs de la Force de répression des gangs (FRG) sont désormais portés à 4 000 soldats. Cette déclaration a été faite lors d’un point de presse organisé à la Primature, au cours duquel le chef du gouvernement a également abordé les enjeux liés à la sécurité nationale et à l’organisation des prochaines élections.
Selon le Premier ministre, le renforcement de cette force constitue un élément important de la stratégie des autorités pour reprendre le contrôle des zones confrontées à la violence des groupes armés. Alors que ces derniers continuent de représenter une menace pour plusieurs régions du territoire national, l’exécutif affirme vouloir intensifier ses efforts afin de rétablir un climat de sécurité.

Mais cette augmentation des effectifs suffit-elle à expliquer les difficultés persistantes des autorités à contenir l’expansion des gangs ? La question mérite d’être posée. Depuis plusieurs années, les dispositifs sécuritaires se succèdent, les annonces de renforcement se multiplient et les partenariats internationaux se développent, sans que la population constate une amélioration durable de sa situation. Le problème réside-t-il uniquement dans l’insuffisance des effectifs disponibles ou faut-il également interroger la volonté politique, le leadership et la capacité des autorités nationales à conduire efficacement la lutte contre les groupes armés ?
Au-delà du nombre de soldats mobilisés, les moyens opérationnels, le renseignement, la coordination avec la Police nationale d’Haïti (PNH) et la cohérence des interventions seront déterminants. La présence de 4 000 soldats ne garantit pas, à elle seule, des résultats si les décisions stratégiques ne sont pas suivies d’actions concrètes et soutenues sur le terrain. Les autorités devront notamment démontrer leur capacité à transformer les annonces en opérations efficaces, capables de démanteler les réseaux criminels et de rétablir durablement l’autorité de l’État.
Le chef du gouvernement s’est également exprimé sur la présence des contingents étrangers en Haïti, notamment les forces salvadoriennes, qui participent au dispositif de soutien sécuritaire. Face aux interrogations concernant leur mission et leur positionnement dans la stratégie nationale, Alix Didier Fils-Aimé a insisté sur le fait que ces unités n’ont pas vocation à se substituer aux institutions haïtiennes.
« Les forces présentes dans le pays ne représentent pas l’État haïtien. Elles sont plutôt là pour aider l’État à rétablir la paix. C’est l’État qui leur donne normalement les orientations », a-t-il précisé.
Par cette déclaration, le Premier ministre rappelle que l’intervention des contingents étrangers s’inscrit dans une logique d’appui aux autorités nationales, lesquelles demeurent responsables de la conduite des opérations et du rétablissement de l’ordre public. Une responsabilité qui soulève également la question de la capacité des dirigeants haïtiens à définir une stratégie cohérente, à assurer son application et à rendre compte des résultats obtenus.
Au-delà du volet sécuritaire, l’organisation des élections figure également parmi les priorités annoncées par l’administration Fils-Aimé. Le gouvernement devra ainsi relever le double défi de contenir la violence des groupes armés et de créer les conditions nécessaires à la tenue d’un scrutin dans un environnement suffisamment stable. Mais sans rétablissement effectif de la sécurité, les perspectives électorales risquent de rester largement tributaires de l’évolution de la situation sur le terrain.
L’annonce d’une FRG comptant 4 000 soldats marque donc une nouvelle étape dans le dispositif sécuritaire présenté par les autorités. Toutefois, elle ne répond pas à toutes les interrogations sur les raisons de l’échec des précédentes initiatives. Si le nombre d’effectifs constitue un facteur important, la volonté politique, la qualité du commandement, la coordination institutionnelle et la détermination des responsables à s’attaquer aux réseaux qui alimentent les groupes armés le sont tout autant. Pour une population confrontée quotidiennement aux conséquences de l’insécurité, les attentes dépassent désormais les déclarations officielles : elles portent avant tout sur des résultats tangibles, durables et mesurables.
Écrit par Junior PIERRE
Djovany Michel est journaliste d’investigation, PDG et rédacteur en chef de Satellite509, média indépendant et sans subvention, spécialisé dans la dénonciation de la corruption et de la mauvaise gouvernance. Il est l’actuel secrétaire général du Réseau Haïtien des Journalistes Anti-Corruption (RHAJAC).
Spécialités : gouvernance, corruption, géopolitique
Basé entre Haïti et la République dominicaine.
