Beaumont : Une commune de plus de 30 000 habitants fonctionne depuis 8 ans sans même un poste de police
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Depuis 2018, la commune de Beaumont, située dans l’arrondissement de Corail du département de la Grand’Anse, vit dans une précarité sécuritaire sans précédent. Avec une population estimée à plus de 30 000 habitants répartis sur 155,3 km², la municipalité tente désespérément de maintenir l’ordre sans aucune présence policière officielle.
L’agent intérimaire de la commune, Marcel Fortuné, contacté par la rédaction durant la journée du 5 mai 2026 par téléphone, a profité de l’occasion pour tirer la sonnette d’alarme. Il décrit une situation devenue « presque intenable ». Pour pallier l’absence de la Police Nationale d’Haïti (PNH), les agents de la Brigade municipale sont contraints de se réinventer, improvisant des mesures de sécurité lors des marchés publics ou procédant à des arrestations précaires en cas de troubles à l’ordre public.
L’origine de ce chaos remonte à la nuit du 27 novembre 2018. À la suite d’une bavure policière ayant coûté la vie à un chauffeur de taxi-moto, la population en colère avait incendié le commissariat de Beaumont, un local privé loué par l’État. Depuis ce drame, le vide n’a jamais été comblé.
Pourtant, les efforts de la municipalité n’ont pas manqué car la mairie a déjà procédé à la location de deux espaces distincts qui ont été préparés pour accueillir les forces de l’ordre. D’autres en plus, une parcelle de terrain a été acquise et payée au nom de la PNH pour la construction d’un bâtiment définitif mais au-delà de toutes les procédures effectuées auprès des instances concernées, le Ministère de l’Intérieur et la Direction Générale de la PNH restent de marbre, justifiant leur inertie par un manque chronique d’effectifs.

Cette défaillance structurelle n’est pas sans conséquences tragiques. L’absence d’autorité étatique livre Beaumont à la justice populaire et à l’infiltration de groupes criminels. Le maire Fortuné rappelle des épisodes sombres, comme le lynchage de la mambo Sorcile le 20 décembre 2025, ou encore l’infiltration d’un membre influent du gang de Simon Pele, nommé Fado, qui avait réussi à construire une demeure en toute impunité dans la zone avant son arrestation en janvier dernier.
Aujourd’hui, Marcel Fortuné implore le chef du Conseil Supérieur de la Police Nationale (CSPN), Alix Didier Fils-Aimé, le ministre de l’intérieur Paul Antoine Bien-Aimé de cesser de négliger les villes de province. Pour Beaumont, le rétablissement de la sécurité n’est plus une simple demande administrative, c’est une question de survie, insiste l’édile.
Djovany Michel est journaliste d’investigation, PDG et rédacteur en chef de Satellite509, média indépendant et sans subvention, spécialisé dans la dénonciation de la corruption et de la mauvaise gouvernance. Il est l’actuel secrétaire général du Réseau Haïtien des Journalistes Anti-Corruption (RHAJAC).
Spécialités : gouvernance, corruption, géopolitique
Basé entre Haïti et la République dominicaine.
