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Une réunion entre Uder Antoine (CEP) et Lavoi Beppe, représentant de la Force de répression des gangs (FRG), déclenche la colère de l’opinion publique

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PÉTION-VILLE, le 4 mai 2026 , Une rencontre tenue le même jour entre le Conseil électoral provisoire (CEP) et la Force de répression des gangs (FRG) provoque une onde de choc. Présentée comme une « réunion de travail stratégique » sur la sécurité des élections, cette initiative a rapidement viré au désaveu public. Sur la page Facebook officielle du CEP, où la note de presse a été publiée après la rencontre, les réactions d’internautes traduisent une défiance profonde et une colère assumée.

Note de presse du Conseil électoral provisoire (CEP) datée du 4 mai 2026, annonçant une réunion entre le directeur exécutif Uder Antoine et Lavoi Beppe, responsable politique de la Force de répression des gangs (FRG), autour des conditions sécuritaires des prochaines élections.

Selon les informations communiquées, le directeur exécutif du CEP, Uder Antoine, s’est entretenu le 4 mai 2026 avec Lavoi Beppe, responsable politique de la FRG, autour des conditions sécuritaires nécessaires à l’organisation des prochaines élections. Le constat avancé par l’institution est sans ambiguïté : aucun scrutin crédible n’est possible sans reprise du contrôle des zones dominées par les groupes armés et sécurisation du matériel électoral sur l’ensemble du territoire.

Mais en s’ouvrant à une entité non étatique aux contours flous, le CEP franchit une ligne rouge aux yeux de nombreux citoyens. Très vite, la contestation s’est exprimée directement sous la publication officielle du CEP.

Réunion officielle au siège du Conseil électoral provisoire (CEP), réunissant des membres de l’institution et des représentants externes, autour d’échanges sur le processus électoral, dans un contexte de fortes attentes et de méfiance de l’opinion publique.

« Pou mwen se yon fot grav, envite yon enstitisyon non etatik nan yon demach repibliken ki se eleksyon », écrit Enryco Pierre-Charles. Une position reprise, sous une autre forme, par Ing Agr Richardson Prevost, qui dénonce : « Anyen serye nou pa regle. Lajan n ap fè sou do ensekirite a dous. Si yo t ap peye sou rezilta, m garanti nou t ap gen sekirite deja ». Pour Vaval Jules, la responsabilité doit rester entre les mains de l’État : « Afè sekirite kite gouvènman regle sa, envite fòs etranje vin nan biwo nou sa pa nesesè ».

Ces commentaires, publiés en réaction directe à la note de presse du CEP sur Facebook, illustrent un rejet frontal de la démarche. Au-delà des critiques, ils révèlent un malaise plus profond : celui d’une population qui ne croit plus aux capacités des institutions à garantir les bases mêmes du processus démocratique.

La question sécuritaire, censée justifier cette rencontre, devient elle-même un point d’accusation. Pour certains citoyens, l’insécurité n’est plus seulement un problème à résoudre, mais un système dont certains tireraient profit. Une perception lourde, qui alimente une crise de confiance déjà installée.

Uder Antoine, directeur exécutif du Conseil électoral provisoire (CEP), lors d’une prise de vue officielle.

D’autres internautes vont plus loin et dénoncent un aveu d’impuissance de l’État. L’idée même que le CEP doive s’appuyer sur une structure extérieure au cadre institutionnel classique est perçue comme le signe d’un pouvoir débordé, incapable d’assumer ses responsabilités régaliennes.

La comparaison avec la République dominicaine s’impose également dans les réactions, renforçant le sentiment d’échec. « Eske nou pa wè kijan Sendomeng aranje l pou fè bon jan eleksyon san pwoblèm ? », s’interroge un internaute. Pour une partie de l’opinion, le problème est désormais identifié : « Aktè ayisyen an se yon pwoblèm », résume un autre commentaire.

Au-delà de la polémique immédiate, cette séquence du 4 mai 2026 met en lumière une réalité préoccupante : le CEP, censé incarner la neutralité, la crédibilité et la légitimité du processus électoral, apparaît aujourd’hui fragilisé, contraint de chercher des solutions en dehors du cadre institutionnel classique.

Dans un pays où les élections sont attendues depuis des années, cette démarche soulève une question centrale : comment organiser un scrutin crédible lorsque l’État lui-même semble incapable d’en garantir les conditions minimales ?

Car loin de rassurer, cette rencontre entre le CEP et la FRG renforce une perception déjà largement répandue : celle d’un système à bout de souffle, où même les mécanismes démocratiques deviennent incertains.

Djovany Michel est journaliste d’investigation, PDG et rédacteur en chef de Satellite509, média indépendant et sans subvention, spécialisé dans la dénonciation de la corruption et de la mauvaise gouvernance. Il est l’actuel secrétaire général du Réseau Haïtien des Journalistes Anti-Corruption (RHAJAC).

Spécialités : gouvernance, corruption, géopolitique

Basé entre Haïti et la République dominicaine.

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