Élections sans horizon : jusqu’où le pouvoir prolongera-t-il la transition ?
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La transition politique haïtienne devait ouvrir la voie à un retour rapide à l’ordre constitutionnel. Pourtant, les mois passent, les promesses se succèdent et les élections continuent de s’éloigner. Cette incapacité à respecter les engagements pris soulève une question fondamentale : la transition est-elle encore un moyen de restaurer la démocratie ou est-elle devenue une fin en soi ?
Le gouvernement dirigé par le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé est aujourd’hui confronté à une responsabilité historique. Organiser des élections crédibles ne relève pas d’un simple engagement politique, mais d’un devoir envers la Nation. Or, malgré les multiples annonces officielles, les obstacles persistent et les résultats concrets tardent à se matérialiser.
L’argument sécuritaire est régulièrement invoqué pour expliquer les retards. Il est vrai que l’insécurité constitue un défi majeur. Toutefois, une gouvernance se mesure précisément à sa capacité à faire face aux crises. Lorsqu’aucune amélioration significative n’est observée et que le calendrier électoral demeure incertain, les citoyens sont en droit de s’interroger sur l’efficacité de l’action gouvernementale.
Cette situation alimente un profond malaise démocratique. Plus la transition s’éternise, plus les institutions perdent en crédibilité. Un pouvoir qui exerce ses fonctions sans mandat issu des urnes voit inévitablement sa légitimité remise en question, même si les difficultés du pays sont réelles.
Les critiques formulées par plusieurs acteurs politiques et organisations de la société civile traduisent cette inquiétude. Certains estiment que les retards répétés risquent de banaliser l’exception et de faire de la transition un mode de gouvernance durable plutôt qu’un mécanisme temporaire destiné à rétablir l’ordre constitutionnel.
Parallèlement, des décisions gouvernementales portant sur des dépenses publiques, des nominations administratives ou la signature de certains accords continuent de susciter des débats sur les priorités de l’État. Dans un contexte où la population fait face à une crise économique et sécuritaire sans précédent, beaucoup s’interrogent sur l’opportunité de certaines décisions alors que l’urgence demeure l’organisation d’élections et le rétablissement de la confiance publique.
Le véritable enjeu dépasse désormais la simple tenue d’un scrutin. Il s’agit de restaurer la confiance entre l’État et les citoyens. Sans calendrier crédible, sans transparence et sans résultats tangibles, chaque report renforce le scepticisme et nourrit l’impression que les institutions s’éloignent davantage des attentes de la population.
Le gouvernement dispose encore de l’occasion de démontrer que la transition n’est pas un instrument de prolongation du pouvoir, mais un processus exceptionnel destiné à conduire le pays vers des institutions démocratiquement élues. Cela suppose des actes concrets, des échéances respectées et une transparence irréprochable.
À défaut, le risque est grand de voir la transition perdre définitivement sa raison d’être aux yeux de nombreux Haïtiens. Une démocratie ne peut durablement fonctionner sans élections. Plus le retour aux urnes est différé, plus la confiance s’érode, plus les tensions politiques s’exacerbent et plus l’avenir institutionnel du pays devient incertain.
Djovany Michel est journaliste d’investigation, PDG et rédacteur en chef de Satellite509, média indépendant et sans subvention, spécialisé dans la dénonciation de la corruption et de la mauvaise gouvernance. Il est l’actuel secrétaire général du Réseau Haïtien des Journalistes Anti-Corruption (RHAJAC).
Spécialités : gouvernance, corruption, géopolitique
Basé entre Haïti et la République dominicaine.
