Fin du TPS : la diaspora réclame un plan d’accueil, le consul Yverick Delerme Cyril, proche de Michel Martelly, répond qu’il n’organisera pas de « fête »
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Les déclarations du consul général d’Haïti à Miami, Yverick Delerme Cyril, concernant l’éventuel retour des Haïtiens touchés par la fin du TPS, suscitent des réactions au sein de la diaspora. Dans une interview accordée ce mercredi 12 août 2026 au journaliste Luckson St-Vil, le diplomate a répondu à une question sur les mesures que le gouvernement haïtien pourrait prendre pour accueillir les compatriotes appelés à rentrer au pays.
La réponse du consul général d’Haïti à Miami, Yverick Delerme Cyril : « Comment une personne va-t-elle rentrer chez elle et moi, je vais faire des préparatifs pour elle ? » « Ce n’est pas une fête que je vais organiser ».
La déclaration du diplomate survient dans un contexte particulièrement sensible. Le 27 juillet 2026 a marqué la fin de la protection accordée aux Haïtiens bénéficiant du statut de protection temporaire (TPS) aux États-Unis, laissant de nombreuses familles dans l’incertitude quant à leur avenir. Derrière cette date, il y a des travailleurs, des parents et des enfants qui ont parfois passé plusieurs années aux États-Unis et qui risquent de perdre leur emploi, leurs revenus et leur stabilité.
Il ne s’agit pas d’une simple question de retour. Pour certains, cela implique de retourner dans un pays qu’ils ont quitté il y a longtemps, parfois avec seulement quelques valises, alors qu’ils avaient construit une partie de leur vie aux États-Unis.

La situation est d’autant plus délicate que l’insécurité en Haïti reste une réalité. Des milliers de familles ont déjà été déplacées à l’intérieur du pays en raison de la violence criminelle. Des parents ont fui leur domicile, des enfants ont quitté l’école et des familles entières ont perdu leurs moyens de subsistance. Le pays compte actuellement environ 1,5 million de personnes déplacées, une conséquence directe de l’aggravation de la violence.
Le consul lui-même a reconnu la gravité de cette situation. La veille de son entretien avec Luckson St-Vil, le mardi 11 août 2026, Yverick Delerme Cyril avait déclaré que le gouvernement haïtien avait sollicité auprès des autorités américaines un moratoire sur les expulsions, notamment en raison de la situation en Haïti. Il a également indiqué qu’un comité de suivi avait été mis en place pour soutenir les bénéficiaires du TPS touchés par les nouvelles mesures migratoires américaines.
C’est précisément cette réalité qui rend les positions du 12 août difficiles à comprendre pour une partie de la diaspora.
Si l’État reconnaît que la situation sécuritaire est suffisamment grave pour demander un moratoire sur les expulsions, la question de savoir comment accompagner ceux qui pourraient rentrer au pays est loin d’être une simple affaire de « fête ».
Au fil des années, ces Haïtiens ont travaillé aux États-Unis tout en continuant à soutenir leurs familles restées en Haïti. Frais de scolarité, nourriture, loyer, soins médicaux, construction de maisons ou lancement de petites activités : derrière chaque transfert d’argent se cache souvent une histoire familiale.
La diaspora demeure ainsi un pilier essentiel de l’économie du pays.
Elle a également accepté, depuis longtemps, de supporter divers frais liés aux transferts de fonds et aux services consulaires. La question de la taxe de 1,50 dollar prélevée sur certains transferts, régulièrement soulevée par des membres de la diaspora, mérite davantage de transparence et d’explications de la part des autorités. En effet, alors que l’on demande à la diaspora de soutenir les familles restées au pays et de faire circuler des devises dans l’économie nationale, il est difficile de comprendre que le retour de certains de ses membres puisse ensuite être considéré comme une simple affaire personnelle.
Toutefois, lorsque des compatriotes risquent de rentrer au pays après avoir perdu leur statut, leur emploi ou une partie de leurs biens, la question d’une préparation minimale semble légitime.
La carrière politique du consul refait surface
Concernant le parcours de Yverick Delerme Cyril, des sources affirment que sa nomination à la tête du consulat de Miami serait liée à une décision politique de l’ancien président Michel Martelly, qui aurait favorisé son arrivée à ce poste.
En revanche, il est avéré qu’Yverick Delerme Cyril occupait déjà le poste de consul à Miami depuis décembre 2016.
Par ailleurs, le 20 août 2025, le gouvernement haïtien l’a officiellement nommé consul général d’Haïti à Miami lors d’un Conseil des ministres.
Cette chronologie est importante, car elle démontre que ce diplomate n’est pas un nouveau venu au sein de la représentation consulaire haïtienne en Floride et qu’il connaît, depuis plusieurs années, les réalités auxquelles est confrontée la communauté haïtienne de Miami.
Entre reconnaissance de l’insécurité et réponse controversée
Le malaise provient principalement du contraste entre les différents propos tenus.
Le 11 août 2026, le consul a évoqué un moratoire sollicité par les États-Unis ainsi qu’un comité chargé du suivi des bénéficiaires du TPS.
Le 12 août, interrogé sur les éventuels préparatifs pour ceux qui devront retourner en Haïti, il a répondu qu’il n’organiserait pas de « fête ».
Une contradiction semble se dessiner entre ces deux déclarations : d’un côté, la gravité de la situation en Haïti est reconnue ; de l’autre, la question de la préparation du retour des compatriotes semble être ramenée à l’idée d’une réception festive.
Pendant ce temps, en Haïti, des familles vivent déjà dans des conditions extrêmement difficiles après avoir fui la violence criminelle. Ces personnes déplacées ont perdu leur logement, leur emploi et parfois tout ce qu’elles possédaient. Dans plusieurs quartiers de la région métropolitaine, mais aussi dans d’autres départements, la violence a contraint des milliers de personnes à abandonner leur foyer.
La réalité de ces familles est simple : elles ne cherchent pas à faire la fête. Elles cherchent un endroit où dormir, la sécurité, un travail et la possibilité de reconstruire leur vie.
Ces Haïtiens n’ont pas demandé de fête. Ils veulent savoir où ils vont vivre, comment ils vont repartir à zéro et si leur pays a prévu quelque chose pour eux.
La question posée par Luckson St-Vil demeure donc entière : après le 27 juillet 2026, face à l’incertitude qui pèse sur les bénéficiaires du TPS et à l’insécurité qui continue de provoquer des déplacements massifs en Haïti, quel est exactement le plan de l’État haïtien pour accueillir et accompagner ceux qui rentreront au pays ?
Par Satellite509
Djovany Michel est journaliste d’investigation, PDG et rédacteur en chef de Satellite509, média indépendant et sans subvention, spécialisé dans la dénonciation de la corruption et de la mauvaise gouvernance. Il est l’actuel secrétaire général du Réseau Haïtien des Journalistes Anti-Corruption (RHAJAC).
Spécialités : gouvernance, corruption, géopolitique
Basé entre Haïti et la République dominicaine.
