Haïti débourse 52 millions de dollars supplémentaires : Alix Didier Fils-Aimé prolonge un contrat de sécurité malgré un bilan meurtrier
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Alors que les gangs continuent de terroriser la population, de bloquer les routes nationales et d’étendre leur emprise sur des nouveaux territoires,l’ONU a révélé au paragraphe 27 que le gouvernement d’Alix Didier Fils-Aimé s’engage secrètement dans une nouvelle année de dépenses pour une opération de sécurité dont les résultats restent vivement contestés . Selon des documents de la Fondation Je Klere (FJKL), la prolongation du contrat entre Windward Wyoming LLC et Vectus Global , l’entreprise associée à Erik Prince, ancien patron de la société militaire privée Blackwater , représente un coût supplémentaire de 52 millions de dollars puisés dans les ressources publiques. Une somme colossale pour un pays où les hôpitaux manquent de moyens, où les familles fuient leurs quartiers et où des milliers de citoyens vivent sous la menace constante de groupes armés.
Le contrat initial, signé en 2025, devait arriver à son terme et permettre une évaluation sérieuse des résultats obtenus. Au lieu de faire de ce bilan un préalable à toute nouvelle dépense, les autorités ont prolongé l’accord. Le peuple haïtien est donc appelé à payer davantage, alors que la sécurité reste hors de portée dans de nombreuses régions du pays. Une année de plus, 52 millions de dollars de plus : mais pour quels résultats concrets ? C’est la question à laquelle le Premier ministre doit répondre, sans détour et sans se retrancher derrière des promesses de rétablissement de l’ordre.
Le plus révoltant est que cette opération ne se limite pas à Port-au-Prince. Selon le rapport des Nations unies cité dans les documents, l’équipe spéciale regroupant les prestataires a étendu ses activités au Bas-Artibonite depuis avril 2026. Cette région agricole, essentielle à l’approvisionnement alimentaire du pays, est elle aussi en proie à la violence des gangs. Étendre à des nouveaux territoires une opération dont l’efficacité reste contestée, tout en maintenant son financement, revient à engager davantage de ressources sans avoir démontré que la stratégie a produit les résultats escomptés. Les gangs continuent leur progression, les habitants continuent de souffrir et les contribuables continuent de payer.
Le bilan humain soulève encore des interrogations, entre mars 2025 et janvier 2026, le Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l’homme a recensé, selon les chiffres rapportés, 60 civils non affiliés à des gangs tués et 49 blessés lors de frappes de drones attribuées à ces opérations. Parmi les personnes tuées figuraient 28 hommes, 19 femmes, sept garçons et six filles. Le 20 septembre 2025, quatre enfants auraient été tués à Cité Soleil alors qu’ils jouaient. Derrière ces chiffres se trouvent des familles en deuil, des enfants dont la vie a été brutalement fauchée et une population qui attend toujours de pouvoir vivre sans la peur des balles, des drones et des représailles.
Ces victimes ne doivent pas être réduites à de simples statistiques dans un rapport. Elles imposent une exigence de vérité : qui est responsable de ces opérations meurtrières, quelles mesures ont été prises pour protéger les civils et quelle évaluation indépendante justifie aujourd’hui la poursuite de ce contrat ? Une politique de sécurité ne peut être jugée uniquement à l’aune des fonds dépensés, des équipements déployés ou des annonces officielles. Elle doit être évaluée en fonction de ses résultats sur le terrain, de la protection des vies humaines et de la capacité réelle de l’État à reprendre le contrôle de territoires abandonnés aux groupes armés.
Toutefois, une autre disposition soulève une question majeure quant à l’avenir des finances publiques haïtiennes. Le paragraphe 28 du rapport de l’ONU fait état d’un second contrat de dix ans portant sur la sécurité frontalière et les douanes, confié à la société Evergreen Trading System Limited, dont la rémunération serait indexée sur un pourcentage des recettes douanières. Le document précise que cette entreprise et celle mentionnée précédemment sont dirigées par les mêmes personnes. Haïti risquerait de s’engager dans un mécanisme à long terme affectant directement les recettes de l’État. Dans un pays déjà étranglé par l’insécurité et l’effondrement économique, la transparence de ces engagements ne constitue pas une faveur, mais une obligation envers la population.
Le peuple haïtien ne saurait être condamné à payer pour une insécurité qui le ruine, alors que les contrats sont reconduits et que les gangs continuent de gagner du terrain. Chaque dollar dépensé au nom de la sécurité doit pouvoir être justifié. Chaque victime civile mérite vérité et justice. Tout engagement financier d’une telle ampleur doit être soumis au contrôle public.
En reconduisant les contrats sans convaincre la population de leur efficacité, le gouvernement risque de donner l’impression que la pérennité des dépenses importe davantage que les résultats. Ce serait une injustice supplémentaire pour un peuple déjà accablé par la violence, la pauvreté et l’abandon. Haïti n’a pas besoin de payer davantage pour rester dans la même impasse. Elle a besoin d’une sécurité réelle, de transparence et de dirigeants prêts à rendre compte de leurs décisions.
Par Sanon Marc-Antoine
Djovany Michel est journaliste d’investigation, PDG et rédacteur en chef de Satellite509, média indépendant et sans subvention, spécialisé dans la dénonciation de la corruption et de la mauvaise gouvernance. Il est l’actuel secrétaire général du Réseau Haïtien des Journalistes Anti-Corruption (RHAJAC).
Spécialités : gouvernance, corruption, géopolitique
Basé entre Haïti et la République dominicaine.
