Satellite509

l'info qui dérange, la vérité qui libère.

Haïti : Dimitri Hérard, entre soutien aux gangs et présence dans le système criminel de Carrefour

7 min read

Dans son rapport final daté du 8 septembre 2026, référencé S/2026/714, le Groupe d’experts des Nations unies sur Haïti cite Dimitri Hérard parmi les criminels qui continuent d’agir librement dans la commune de Carrefour, dans un contexte de gouvernance parallèle dominée par les groupes armés. À la page 11, le document décrit cette situation, tandis que les motifs de son inscription sur la liste des sanctions de l’ONU, publiés le 17 octobre 2025, détaillent les accusations de soutien au gang Ti Bwa et de facilitation du trafic d’armes et de munitions.

Le nom de Dimitri Hérard apparaît dans un passage consacré à l’évolution des gangs et à leurs déplacements vers la périphérie sud-ouest de Port-au-Prince. Au paragraphe 38 de son rapport, le Groupe d’experts des Nations unies décrit une commune de Carrefour où les activités quotidiennes se poursuivent malgré la faiblesse de la présence étatique et l’influence persistante des réseaux criminels.

Les experts onusiens écrivent que « des chefs de gangs et d’autres criminels, dont Dimitri Hérard (HTi.008), continuent d’agir en toute liberté ». Cette observation intervient dans un développement consacré au déplacement des groupes armés vers cette partie de la capitale, sous la pression des opérations de sécurité conduites dans le centre-ville.

Dimitri Hérard

Le rapport rappelle également que les agences bancaires de Carrefour restent utilisées par des gangs pour diverses opérations financières, notamment le paiement de rançons, alors que les enlèvements se multiplient. Cette situation illustre le fonctionnement d’un environnement où certaines activités économiques demeurent possibles malgré l’emprise des réseaux criminels.

Toutefois, le document ne précise pas que Dimitri Hérard aurait personnellement effectué ces transactions bancaires, perçu des rançons ou financé un gang particulier de Carrefour. Sa mention dans ce passage le situe parmi les criminels opérant dans la commune, sans détailler d’acte individuel de financement qui lui serait imputable dans ce contexte précis.

Le gang Ti Bwa au cœur des accusations de soutien

Les accusations visant Dimitri Hérard vont cependant au-delà de sa présence à Carrefour. Dans le résumé officiel des motifs de son inscription sur la liste des sanctions du Conseil de sécurité, publié le 17 octobre 2025, les Nations unies lui reprochent d’avoir facilité les activités de réseaux criminels et de groupes armés en Haïti.

Le document identifie notamment le gang Ti Bwa. Selon les motifs de sa désignation, Dimitri Hérard aurait aidé ce groupe à créer une unité de combat spéciale baptisée « Back up 100 plak », destinée à renforcer ses capacités opérationnelles.

Le Conseil de sécurité indique qu’il « a joué un rôle clé en facilitant les activités de réseaux criminels et de gangs en Haïti, notamment en aidant le gang Ti Bwa à créer une unité de combat spéciale appelée “Back up 100 plak”, renforçant ainsi les capacités de combat du groupe ».

Cette accusation donne une dimension opérationnelle au soutien reproché à l’ancien responsable de la sécurité présidentielle. Elle concerne la mise en place d’une structure de combat au bénéfice d’un groupe armé, et non simplement des relations de proximité avec des membres de gangs.

Le résumé des sanctions mentionne également son implication présumée dans la facilitation du trafic d’armes et de munitions, des ressources qui alimentent la violence armée et contribuent à la consolidation des positions des groupes criminels.

Il importe néanmoins de ne pas confondre les différents éléments du dossier. Si les Nations unies accusent Dimitri Hérard d’avoir soutenu le gang Ti Bwa et de s’être impliqué dans la facilitation du trafic d’armes, le passage du rapport de septembre 2026 consacré à Carrefour ne démontre pas, à lui seul, qu’il aurait fourni des armes, de l’argent ou une autre forme d’aide à un gang déterminé de cette commune.

Un ancien responsable de la sécurité du Palais national

Avant d’être cité dans ces documents onusiens, Dimitri Hérard occupait une fonction importante dans l’appareil de sécurité de l’État haïtien. Il était le chef de l’Unité de sécurité générale du Palais national (USGPN) sous la présidence de Jovenel Moïse.

Cette ancienne fonction est particulièrement significative au regard des accusations formulées par les Nations unies. L’USGPN était chargée de la sécurité du Palais national, au cœur du dispositif de protection présidentielle. Le Conseil de sécurité souligne d’ailleurs explicitement cette ancienne responsabilité dans les motifs de son inscription sur la liste des sanctions.

Le 17 octobre 2025, Dimitri Hérard a été inscrit sur cette liste sous la référence HTi.008. Cette désignation s’inscrit dans le régime de sanctions concernant Haïti, qui prévoit notamment des mesures relatives aux déplacements, au gel des avoirs et à l’embargo sur les armes, conformément aux décisions applicables du Conseil de sécurité.

Son inscription constitue une mesure internationale prise sur la base des critères de sanctions de l’ONU. Elle ne doit pas être présentée comme une condamnation pénale prononcée par une juridiction haïtienne.

L’assassinat de Jovenel Moïse, un autre volet de son parcours judiciaire

Le parcours de Dimitri Hérard comporte également un volet judiciaire lié à l’assassinat du président Jovenel Moïse, tué dans sa résidence privée dans la nuit du 6 au 7 juillet 2021.

À cette époque, Hérard dirigeait l’Unité de sécurité générale du Palais national. Les investigations et les rapports publiés par des organisations de défense des droits humains ont examiné le rôle de responsables de la sécurité présidentielle dans les circonstances ayant précédé l’assassinat.

Dans son rapport du 6 janvier 2022, le Réseau national de défense des droits humains a notamment évoqué des éléments mettant en cause Dimitri Hérard et Jean Laguel Civil, alors coordonnateur de la sécurité générale du président, dans la préparation de l’opération ayant conduit à la mort du chef de l’État.

Ces éléments doivent être rapportés avec précision : les conclusions d’une organisation de défense des droits humains, les accusations formulées au cours d’une enquête et une condamnation définitive sont des notions juridiquement distinctes. Le présent rapport du Groupe d’experts de l’ONU, daté du 8 septembre 2026, ne constitue pas un jugement pénal sur l’assassinat de Jovenel Moïse.

Carrefour, révélateur des liens entre réseaux criminels et gouvernance

En consacrant un passage à Carrefour, le Groupe d’experts souligne l’existence d’un système parallèle dans lequel les gangs et d’autres acteurs criminels peuvent poursuivre leurs activités malgré une présence limitée de l’État. Les opérations bancaires liées aux rançons, la continuité de certaines activités commerciales et la liberté de mouvement de criminels cités dans le rapport illustrent les difficultés rencontrées par les autorités pour reprendre le contrôle de cette commune.

La présence de Dimitri Hérard dans ce tableau est d’autant plus notable que les Nations unies l’ont déjà désigné pour son soutien aux gangs. Les accusations relatives au gang Ti Bwa, à la création de son unité de combat et à la facilitation du trafic d’armes donnent un contexte supplémentaire à cette mention.

Les deux documents ne permettent cependant pas d’établir, sans éléments complémentaires, la nature exacte d’une éventuelle assistance qu’il aurait apportée à un gang opérant spécifiquement à Carrefour. Ils mettent en évidence, d’une part, sa présence parmi les criminels cités dans cette commune et, d’autre part, les accusations plus précises de soutien aux gangs formulées dans le cadre du régime de sanctions de l’ONU.

Ces éléments soulèvent une question centrale pour les autorités haïtiennes : celle de la capacité de l’État à combattre les groupes armés tout en s’attaquant aux réseaux et aux acteurs susceptibles de faciliter leurs activités.

Léandro S LÉONARD

Djovany Michel est journaliste d’investigation, PDG et rédacteur en chef de Satellite509, média indépendant et sans subvention, spécialisé dans la dénonciation de la corruption et de la mauvaise gouvernance. Il est l’actuel secrétaire général du Réseau Haïtien des Journalistes Anti-Corruption (RHAJAC).

Spécialités : gouvernance, corruption, géopolitique

Basé entre Haïti et la République dominicaine.

Spread the love