Haïti : l’ONU recense 1 123 morts liés aux violences des gangs en trois mois
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Plus de 1 100 morts en trois mois. Tel est le bilan que dresse le Secrétaire général de l’ONU dans son dernier rapport sur Haïti, examiné ce lundi 19 octobre par le Conseil de sécurité. Entre juillet et début octobre, les violences des gangs ont aussi fait 440 blessés.
Un chiffre pèse lourd dans ce tableau : les forces de sécurité elles-mêmes sont à l’origine de 52 % des personnes tuées ou blessées depuis juillet, soit 808 victimes. Parmi elles, 148 n’avaient aucun lien avec les groupes armés.
Sur le terrain, la Force de répression des gangs (FRG), appuyée par l’ONU pour la logistique, reste loin du compte. Elle alignait 1 563 membres en uniforme au 12 octobre, alors que le Conseil de sécurité en a autorisé 5 550. Elle a installé une base dans l’Artibonite, hors de la capitale. Mais dimanche, son blindé transportant des militaires salvadoriens a été pris pour cible à Croix-des-Bouquets. Quatre soldats étaient encore introuvables lundi, selon les informations disponibles.
Copie du document publié par l’ONU le 19 octobre 2026, concernant le nombre de personnes tuées et/ou blessées.
Les bandes armées, elles, s’ajustent. Selon Carlos Ruiz Massieu, plus haut représentant de l’ONU en Haïti, elles durcissent leurs méthodes à mesure que la pression augmente : otages, menaces et représailles contre les civils. Kenscoff en offre un exemple. Les 23 et 24 août, l’attaque y a fait au moins 47 morts et 22 blessés, et 52 personnes ont été enlevées. Treize ont retrouvé la liberté grâce à des initiatives locales soutenues par l’ONU.
Le rapport signale aussi un glissement vers le monde rural. À Saint-Michel-de-l’Atalaye, à Marigot et à Léogâne, des attaques ont été rapportées, et les champs, les maisons et les équipements publics sont ciblés. Dans l’Ouest et l’Artibonite, 241 personnes ont été tuées parce qu’elles auraient refusé de se soumettre.
Les femmes paient un tribut particulièrement lourd. En juillet et août, 689 femmes et filles auraient été violées par des gangs, dans 87 % des cas lors de viols collectifs.
Pour M. Ruiz Massieu, la réponse militaire ne peut suffire. « Les seules opérations de sécurité ne peuvent apporter une stabilisation durable », prévient-il. Il réclame le retour de l’autorité de l’État dans les zones perdues, ainsi que des programmes de désarmement et de réinsertion, en particulier pour les enfants enrôlés.

Cette insécurité bloque le calendrier politique. Le scrutin présidentiel et législatif du 13 décembre est repoussé sans nouvelle date, et le pays n’a pas voté depuis 2016. Les préparatifs avancent pourtant : plus de 35 partis et regroupements et 3 500 candidats se sont inscrits. Mais au 5 octobre, on ne comptait que 759 257 électeurs sur les listes, pour un électorat estimé à 6,5 millions. Annoncer d’autres dates sans en vérifier la faisabilité, avertit le diplomate, « ne fera qu’éroder la confiance de la population ».
Haïti tourne ainsi en rond : sans sécurité, pas d’élections, et sans élections, le retour à des institutions démocratiques reste hors de portée. Pendant ce temps, près de 1,5 million d’Haïtiens, dont plus de 740 000 enfants, vivent loin de chez eux. L’économie devrait reculer pour la septième année de suite, et le plan humanitaire 2026 de l’ONU n’est financé qu’à moitié environ.
Gladimi BRUNI
@Léandro
Djovany Michel est journaliste d’investigation, PDG et rédacteur en chef de Satellite509, média indépendant et sans subvention, spécialisé dans la dénonciation de la corruption et de la mauvaise gouvernance. Il est l’actuel secrétaire général du Réseau Haïtien des Journalistes Anti-Corruption (RHAJAC).
Spécialités : gouvernance, corruption, géopolitique
Basé entre Haïti et la République dominicaine.
