« Vos jours d’impunité sont comptés », avertit l’ambassade américaine aux gangs, à l’épreuve de Santo
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« Aux chefs de gangs qui sèment la terreur en Haïti, sachez que vos jours d’impunité sont comptés. La Force de répression des gangs (FRG) arrive pour vous neutraliser. » Ces mots, l’ambassade des États-Unis à Port-au-Prince les a publiés ce lundi 19 octobre.
Les Haïtiens les connaissent par cœur. En juillet 2024, lors d’une conférence de presse conjointe avec le chef de la Mission multinationale de Soutien à la Sécurité (MMSS), Rameau Normil, ancien Directeur général de la Police Nationale d’Haïti, assurait que « la récréation est terminée ». En janvier 2025, il promettait de neutraliser tous les gangs, où qu’ils se trouvent. Quelques semaines après l’arrivée de Vladimir Paraison à la tête de la PNH, la police diffusait, le 30 août 2025, une vidéo affirmant que les jours des bandits étaient comptés. Un an plus tard, le bilan de Paraison est jugé contrasté : plus de moyens, mais une situation sécuritaire toujours très dégradée. Chaque nouveau patron a sa formule. Aucune n’a changé le terrain.

L’ambassade ne fait donc que reprendre le refrain, avec un poids en plus : les États-Unis ont coparrainé, avec le Panama, la résolution qui a créé la FRG. Mais c’est elle qui promet, au nom de la force, et c’est la force qui doit tenir.
Ce refrain arrive à un moment précis. Dimanche 18 octobre, à Santo, dans la commune de Croix-des-Bouquets, quatre soldats salvadoriens de la FRG ont disparu après l’embuscade tendue à leur véhicule blindé. Au lendemain de ce revers, l’ambassade hausse le ton : impunité, jours comptés, neutralisation.
Le même jour, l’ambassadeur américain à l’ONU, Mike Waltz, présentait ses condoléances à l’ambassadeur salvadorien, un mot lourd pour des hommes que l’on dit seulement disparus. La formule rassure peut-être, mais elle ne répond à aucune des questions que ce revers pose.

Ces questions, la FRG n’y répond pas non plus. Son communiqué de dimanche évoque un véhicule visé par des tirs et une riposte conforme aux règles d’engagement, sans un mot sur les militaires manquants. Il a fallu que l’armée salvadorienne parle pour l’apprendre. Et le lieu de l’embuscade n’a rien d’une surprise. Croix-des-Bouquets est aujourd’hui entièrement aux mains de groupes armés, et la force le sait : en novembre 2025, elle appuyait une grande opération dans ce même secteur. Onze mois plus tard, la zone n’a pas été reprise.
Les moyens suivent mal. La MMSS devait compter jusqu’à 2 500 personnes et a à peine atteint 1 000. La FRG fonctionne aujourd’hui à environ 30 % de sa taille prévue, alors que Washington dit avoir reçu plus de 17 000 offres de personnel pour 5 500 places.
Dimanche, c’est la force qui a perdu quatre hommes. Lundi, c’est l’ambassade qui promet. Une promesse répétée finit par s’user. Les Haïtiens n’attendent pas un nouvel orateur, mais un résultat.
Gladimi BRUNI
@Léandro
Djovany Michel est journaliste d’investigation, PDG et rédacteur en chef de Satellite509, média indépendant et sans subvention, spécialisé dans la dénonciation de la corruption et de la mauvaise gouvernance. Il est l’actuel secrétaire général du Réseau Haïtien des Journalistes Anti-Corruption (RHAJAC).
Spécialités : gouvernance, corruption, géopolitique
Basé entre Haïti et la République dominicaine.
