Haïti : sanctionné par le Canada pour corruption et soutien présumé aux gangs armés, Jocelerme Privert veut revenir à la présidence
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Jocelerme Privert veut reprendre les commandes du pays. L’ancien président provisoire a déposé, ce lundi 19 octobre 2026, ses pièces au Bureau électoral départemental de l’Ouest I en vue de la présidentielle. Porteur du projet « Ayiti Transfòme », il présente la résolution de la crise sécuritaire comme une priorité. Mais cette promesse intervient alors que son nom figure sur la liste canadienne des personnes sanctionnées pour des actes de corruption importants.
Jocelerme Privert est devenu président d’Haïti le 14 février 2016 à la suite d’une élection au suffrage indirect par le Parlement haïtien, après la fin du mandat de Michel Martelly sans successeur élu.
À sa sortie du dépôt de ses documents, l’ancien chef de l’État a défendu sa volonté de transformer Haïti et de répondre aux crises politique et sécuritaire. Il dénonce notamment les zones de non-droit et l’isolement de plusieurs départements. Il estime que le rétablissement de la sécurité conditionne la reprise des activités économiques et le fonctionnement des institutions.

Ce discours sur le retour à l’ordre ne peut toutefois faire oublier les motifs avancés par Ottawa pour le sanctionner. Le règlement canadien visant Jocelerme Privert et Salim Succar est entré en vigueur le 15 février 2023. Les autorités canadiennes affirmaient avoir des raisons de croire que les deux hommes avaient participé à des actes de corruption importants et utilisé leur influence ainsi que leurs ressources pour protéger ou soutenir les activités de gangs criminels.
Ces mesures interdisent notamment aux personnes et aux entreprises assujetties à la réglementation canadienne d’effectuer certaines opérations sur leurs biens, de leur fournir des services financiers ou de mettre des biens à leur disposition. Elles entraînent également une interdiction de territoire au Canada. Il s’agit de sanctions, et non
La candidature de Jocelerme Privert pose donc une question de crédibilité politique. L’homme qui promet aujourd’hui de combattre l’insécurité a été sanctionné par un gouvernement étranger qui lui reproche précisément d’avoir contribué à soutenir les acteurs de cette violence.
Le dépôt de ses pièces ne répond pas à cette contradiction. Pour convaincre, l’ancien président devra expliquer comment il entend rétablir la sécurité, présenter des engagements vérifiables et répondre sur le fond aux accusations ayant motivé les sanctions canadiennes. La promesse d’une Haïti transformée ne dispense pas de rendre des comptes.
Djovany Michel
Djovany Michel est journaliste d’investigation, PDG et rédacteur en chef de Satellite509, média indépendant et sans subvention, spécialisé dans la dénonciation de la corruption et de la mauvaise gouvernance. Il est l’actuel secrétaire général du Réseau Haïtien des Journalistes Anti-Corruption (RHAJAC).
Spécialités : gouvernance, corruption, géopolitique
Basé entre Haïti et la République dominicaine.
