Satellite509

l'info qui dérange, la vérité qui libère.

Insécurité : Haïti s’enfonce pendant que les élections se préparent

3 min read

Plus de deux mois après son enlèvement, l’inspecteur général de la PNH, James Boyard, est toujours séquestré. Une situation qui illustre l’ampleur de l’insécurité dans le pays, au moment même où les autorités préparent les prochaines élections.

L’enlèvement d’un haut responsable de la police depuis plus de deux mois, soit le 11 juin 2026, est un signal alarmant. Il montre surtout que les groupes armés continuent de défier l’autorité de l’État avec une facilité déconcertante. Si un inspecteur général de la PNH peut être enlevé et rester entre les mains de ravisseurs pendant des semaines sans être libéré, quelle protection le gouvernement d’Alix Didier Fils-Aimé peut-il réellement garantir aux citoyens ordinaires ? Cette situation nourrit le sentiment d’impunité et renforce la méfiance envers des institutions déjà fortement fragilisées.

L’inspecteur général de la PNH, James Boyard, toujours séquestré par les gangs depuis son enlèvement le 11 juin 2026.

Cette insécurité intervient alors que le pays entre dans une période décisive de préparation électorale. Des dizaines de structures politiques franchissent les étapes du processus, tandis que les autorités affichent leur volonté d’aller vers les urnes. Mais une élection ne se résume pas à un calendrier, à des candidats et à des bulletins de vote. Il faut pouvoir circuler, faire campagne, voter et dépouiller les suffrages sans vivre sous la menace des armes. À quoi servirait une élection organisée dans un pays où une partie de la population ne peut même pas se déplacer librement ? La question est d’autant plus urgente que les autorités peinent encore à reprendre durablement le contrôle de plusieurs territoires.

Les événements récents confirment cette réalité. À Marchand-Dessalines, des gangs ont chassé des habitants et auraient pillé la centrale électrique hybride, selon les informations rapportées par Haïti Infos Pro, le 15 août 2026. Dans l’Ouest, les enlèvements et les attaques armées continuent de faire des victimes. Les infrastructures publiques et privées restent exposées, tandis que des groupes criminels imposent leur loi dans plusieurs zones du territoire.

L’insécurité ne ralentit pas pendant que les élections se préparent. Elle continue de ravager le pays. Et tant que ce gouvernement ne sera pas capable de garantir la sécurité minimale de ses citoyens, la promesse d’un retour à la normalité démocratique restera confrontée à une réalité brutale : en Haïti, les armes continuent de peser lourdement sur la vie publique.

Djovany Michel est journaliste d’investigation, PDG et rédacteur en chef de Satellite509, média indépendant et sans subvention, spécialisé dans la dénonciation de la corruption et de la mauvaise gouvernance. Il est l’actuel secrétaire général du Réseau Haïtien des Journalistes Anti-Corruption (RHAJAC).

Spécialités : gouvernance, corruption, géopolitique

Basé entre Haïti et la République dominicaine.

Spread the love