Insécurité pour libérer les espaces : le décret minier d’Alix Didier Fils-Aimé impose 10 ans de secret sur les ressources stratégiques d’Haïti
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Le système insécuritaire qui brûle, viole, massacre et pousse des milliers d’Haïtiens à fuir leurs maisons révèle progressivement sa véritable finalité : libérer des territoires stratégiques pendant que le pouvoir engage discrètement les richesses minières du pays dans l’opacité totale.
Le 30 mars 2026, le gouvernement dirigé par Alix Didier Fils-Aimé a publié dans Le Moniteur un décret régissant les activités minières en Haïti. Adopté sans Parlement, sans débat national et sans contrôle démocratique, ce texte ouvre officiellement la voie à une nouvelle phase d’exploitation des ressources stratégiques du pays pendant que l’État s’effondre sous la violence armée.
Pendant que des investisseurs étrangers se positionnent déjà sur les richesses minières haïtiennes, l’État accepte des redevances extrêmement faibles : seulement 3,5 % sur le cuivre, le plomb, l’étain, le nickel, le zinc, le cobalt ou le titane ; 4 % sur l’or, l’argent et les autres métaux précieux ; 5 % sur les pierres précieuses comme le diamant, le rubis, le saphir ou l’émeraude.
PDF complet du décret minier publié dans Le Moniteur le 30 mars 2026 sous le gouvernement d’Alix Didier Fils-Aimé. Le document définit le nouveau cadre légal de l’exploitation minière en Haïti, les redevances accordées aux compagnies, les conditions d’exploitation des ressources stratégiques et plusieurs dispositions controversées, dont la confidentialité des données minières pendant dix ans prévue à l’article 115.
Mais l’élément le plus explosif du décret se trouve dans l’article 115.
Le texte impose officiellement une confidentialité de dix ans sur les données liées à l’exploitation minière :
« Tous les rapports, documents et données relatifs aux résultats des travaux effectués en vertu d’un Titre Minier gardent un caractère confidentiel pendant une période de dix (10) ans après leur dépôt. »
Le décret va encore plus loin :
« Ces rapports, documents et données ne peuvent être rendus publics par l’AMN… sans le consentement écrit du détenteur du titre.>>
Autrement dit, les informations stratégiques sur les ressources minières d’Haïti peuvent rester secrètes pendant une décennie entière, et même l’État ne peut les rendre publiques sans l’autorisation du détenteur du permis minier.
L’article 115.2 verrouille davantage ce système en interdisant officiellement au personnel de l’Autorité Minière Nationale (AMN) de divulguer les rapports et données liés aux exploitations minières.

Ce décret institutionnalise ainsi un système d’opacité autour des ressources stratégiques du pays au moment même où l’insécurité vide plusieurs territoires de leur population.
L’adoption d’un décret verrouillant pendant dix ans les données minières, au moment où des territoires entiers sont vidés de leurs habitants sous la violence armée, alimente de graves interrogations sur le rôle réel des autorités dans la crise sécuritaire actuelle.
Depuis des mois, des zones entières sont incendiées, abandonnées ou passées sous contrôle armé pendant que l’État multiplie les décrets engageant des secteurs stratégiques sans consultation populaire. Pendant que la population fuit, le pouvoir avance rapidement sur les questions minières, foncières et sécuritaires.
Plusieurs critiques accusent désormais ouvertement Éric Prince, fondateur de Blackwater, d’être mobilisé non pour rétablir la sécurité en Haïti, démanteler les gangs ou protéger la population, mais pour sécuriser le transport des ressources stratégiques extraites du pays jusqu’à leur destination finale.

Malgré mission après mission, annonces spectaculaires, déploiements sécuritaires et interventions étrangères, aucun grand chef de gang n’a été neutralisé ni éliminé. Pendant que les autorités parlent d’opérations, les chefs de gangs continuent de circuler librement, de publier des vidéos armées, de revendiquer des attaques, d’incendier des quartiers et de vider des territoires entiers de leur population sans véritable riposte de l’État.
Pour plusieurs observateurs, cette situation ne ressemble plus à une incapacité des autorités, mais à une stratégie visant à maintenir l’insécurité afin de contrôler les territoires, déplacer la population et ouvrir la voie à l’exploitation discrète des ressources nationales sous protection sécuritaire étrangère.
Dans ce contexte, le décret minier du 30 mars 2026 apparaît pour plusieurs secteurs comme bien plus qu’une simple réforme administrative. Il représente une restructuration silencieuse du contrôle des ressources haïtiennes dans un pays sans Parlement, sans stabilité et sous domination de groupes armés.
Pendant que la population lutte pour survivre sous les balles, le pouvoir verrouille pour dix ans les données sur les richesses du sous-sol haïtien.
Djovany Michel est journaliste d’investigation, PDG et rédacteur en chef de Satellite509, média indépendant et sans subvention, spécialisé dans la dénonciation de la corruption et de la mauvaise gouvernance. Il est l’actuel secrétaire général du Réseau Haïtien des Journalistes Anti-Corruption (RHAJAC).
Spécialités : gouvernance, corruption, géopolitique
Basé entre Haïti et la République dominicaine.
