Luis Abinader face au naufrage de Pimentel : un élu du PRM s’agenouille devant l’abandon de l’État
3 min read
PIMENTEL, province de Duarte (République dominicaine) — 23 mai 2026. L’image restera comme l’un des symboles les plus frappants du fossé grandissant entre le pouvoir dominicain et une partie de la population. Ce samedi 23 mai 2026, au milieu d’une rue défoncée, transformée en bourbier après les pluies, le conseiller municipal Manoli Montero s’est agenouillé publiquement pour implorer l’intervention du président dominicain Luis Abinader.
Pour cet élu du Parti révolutionnaire moderne (PRM), formation politique du chef de l’État lui-même, ce geste de détresse apparaît comme le dernier recours face à ce qu’il considère comme l’abandon prolongé de la commune de Pimentel par les autorités centrales.
La scène, filmée puis massivement relayée sur les réseaux sociaux, a rapidement provoqué une vague de réactions dans le pays. Beaucoup y voient l’illustration d’un profond malaise social et d’une colère accumulée depuis plusieurs années dans cette localité de la province de Duarte, où les infrastructures routières se détériorent continuellement.

Dès mai 2024, Manoli Montero avait déjà réclamé que la municipalité soit déclarée en état d’urgence en raison de l’effondrement avancé du réseau routier. Malgré quelques travaux d’asphaltage amorcés récemment, de nombreux habitants dénoncent des interventions lentes, insuffisantes et parfois perçues comme de simples opérations d’affichage politique.
« Monsieur le Président, venez constater personnellement la situation à Pimentel. Je vous en prie, ne révélez à personne votre venue et ne venez pas accompagné de ceux qui cherchent à vous aveugler », a lancé l’élu dans une déclaration empreinte d’amertume.
Au-delà de l’état des routes, les habitants dénoncent surtout les conséquences économiques et sanitaires de cette situation. Plusieurs commerçants affirment avoir vu leur clientèle diminuer drastiquement à cause de l’impraticabilité des voies d’accès. Des chauffeurs de transport public et des propriétaires de véhicules disent dépenser des sommes considérables en réparations mécaniques, tandis que la stagnation des eaux et la poussière alimentent les inquiétudes sanitaires au sein de la population.
« Nous sommes des êtres humains, pas des animaux. Si vous voulez nous voir mourir, laissez-nous ainsi… », a également déclaré Manoli Montero, dans des propos qui traduisent le niveau de frustration atteint dans cette commune.
Pour plusieurs observateurs, cette scène dépasse désormais le simple débat sur les infrastructures. Elle expose surtout la difficulté croissante du gouvernement à répondre aux attentes des communautés locales, y compris dans des bastions traditionnellement proches du pouvoir.
En laissant perdurer cette crise à Pimentel, le président Luis Abinader se retrouve aujourd’hui confronté à une contestation qui surgit jusque dans les rangs de son propre parti, au moment où la population réclame des réponses concrètes plutôt que des promesses répétées.
Djovany Michel est journaliste d’investigation, PDG et rédacteur en chef de Satellite509, média indépendant et sans subvention, spécialisé dans la dénonciation de la corruption et de la mauvaise gouvernance. Il est l’actuel secrétaire général du Réseau Haïtien des Journalistes Anti-Corruption (RHAJAC).
Spécialités : gouvernance, corruption, géopolitique
Basé entre Haïti et la République dominicaine.
