Retour des Haïtiens : Laetisia Belizaire réclame un plan national pour accueillir les familles et valoriser leurs compétences
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Laetisia Belizaire appelle l’État haïtien à prendre ses responsabilités face au possible retour de centaines de milliers d’Haïtiens vivant aux États-Unis. Dans un texte publié ce jeudi 13 août 2026 sur sa page Facebook, l’ancienne cheffe de poste a.i. du Consulat général d’Haïti à Miami plaide pour un accueil digne et une politique de réintégration des compatriotes appelés à rentrer au pays.
« Chak Ayisyen k ap retounen lakay li ta dwe resevwa avèk diyite, ba li opòtinite, epi yon chemen pou l reyentegre tèt li nan yon fason pwodiktif », écrit Laetisia Belizaire.
Pour elle, la responsabilité de l’État ne commence pas lorsque l’avion atterrit en Haïti. Elle doit s’exercer avant même le départ des personnes concernées des États-Unis. Les missions diplomatiques et les consulats ont, selon elle, un rôle important à jouer dans cette préparation.
Laetisia Belizaire rappelle que, derrière les décisions migratoires, se trouvent des familles qui ont construit leur vie aux États-Unis pendant des années, parfois des décennies. Elles y ont travaillé, élevé leurs enfants, acheté des maisons, créé des entreprises, payé des impôts et contribué à leurs communautés. Selon les chiffres qu’elle cite, plus de 300 000 Haïtiens pourraient être concernés.

Elle estime que les autorités haïtiennes doivent dépasser les déclarations de préoccupation et prendre des mesures concrètes. À ses yeux, ces éventuels retours représentent aussi un défi que le pays pourrait transformer en opportunité.
« Lè yon Ayisyen rive nan ayewopò a, li ka pa retounen avèk materyèl nan men l, men sa pa vle di li pa gen anyen pou l ofri », souligne-t-elle.
Ces compatriotes, poursuit-elle, peuvent revenir avec une expérience internationale, des compétences, des connaissances, des réseaux professionnels et des idées dont Haïti pourrait bénéficier. Elle invite ainsi l’État à transformer ce capital humain en ressource pour le pays.
Parmi les mesures proposées, Laetisia Belizaire demande aux représentations diplomatiques de fournir des informations fiables sur les services gouvernementaux disponibles, de maintenir des liens avec des organisations d’assistance juridique aux États-Unis et d’orienter les familles vulnérables vers les ressources appropriées.
Elle recommande également d’identifier les professionnels et entrepreneurs désireux de contribuer volontairement au pays, d’organiser des rencontres d’information en créole, en français et en anglais, et de mettre en place des canaux de communication pour les familles qui préparent leur retour. Elle préconise aussi une coordination avec l’Organisation internationale pour les migrations, les partenaires humanitaires, les organisations haïtiano-américaines, les églises, les entreprises et les responsables communautaires.
Cette prise de position intervient au lendemain des déclarations de l’actuel consul général d’Haïti à Miami, Yverick Delerme Cyril, présenté comme un proche de l’ancien président Michel Martelly par certaines sources crédibles Interrogé le mercredi 12 août 2026 par le journaliste Luckson St-Vil sur les dispositions que le gouvernement pourrait prendre pour accueillir les compatriotes appelés à rentrer en Haïti, le diplomate avait répondu : « Comment une personne va-t-elle rentrer chez elle et moi, je vais faire des préparatifs pour elle ? » Il avait ensuite ajouté : « Ce n’est pas une fête que je vais organiser. »

La position exprimée par Laetisia Belizaire diffère de celle de l’actuel consul général. Elle appelle le gouvernement, les missions diplomatiques, les consulats, le secteur privé, la société civile et la diaspora à anticiper les retours et à coordonner leurs actions.
« Ayiti pa ka kontwole chak desizyon yo pran nan Washington. Li pa ka detèmine rezilta dosye imigrasyon chak moun. Men, Ayiti ka kontwole fason li trete pwòp sitwayen pa l yo », insiste-t-elle.
Pour Laetisia Belizaire, cinq actions doivent guider la réponse haïtienne : préparer, organiser, coordonner, accueillir et créer des opportunités.
Elle termine son message par cette phrase : « Coming Home Should Never Mean Coming Home Alone », défendant l’idée qu’un citoyen qui retourne dans son pays ne devrait pas être laissé seul face aux difficultés de sa réinstallation.
Laetisia Belizaire avait pris ses fonctions comme cheffe de poste a.i. du Consulat général d’Haïti à Miami le 27 juin 2024, en remplacement du consul Mario Chouloute. Une correspondance officielle du consulat datée du 15 juillet 2024 mettait alors en avant sa mission de renforcer les relations entre Haïti et la Floride et de servir la communauté haïtienne.
Elle a toutefois été rappelée par le ministère des Affaires étrangères environ un mois après sa prise de fonction, dans un contexte de controverse autour de ses qualifications académiques. Elle a ensuite été remplacée par Antonio Réginald Victor-Louis.
Deux ans après son passage à la tête du consulat à Miami, Laetisia Belizaire interpelle les autorités haïtiennes sur leur responsabilité face à la possibilité de retours massifs d’Haïtiens depuis les États-Unis et réclame une réponse organisée axée sur l’accueil, la réintégration et la valorisation de leurs compétences.
Djovany Michel est journaliste d’investigation, PDG et rédacteur en chef de Satellite509, média indépendant et sans subvention, spécialisé dans la dénonciation de la corruption et de la mauvaise gouvernance. Il est l’actuel secrétaire général du Réseau Haïtien des Journalistes Anti-Corruption (RHAJAC).
Spécialités : gouvernance, corruption, géopolitique
Basé entre Haïti et la République dominicaine.
