Visas suspendus aux Haïtiens : Martelly, sanctionné par l’UE, le Canada et les États-Unis, en RD aux côtés de Karim Abu Naba’a, cité dans des affaires de trafic d’armes
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L’octroi de visas dominicains aux ressortissants haïtiens est suspendu depuis septembre 2023. Les autorités dominicaines doivent donc expliquer comment l’ancien président Michel Joseph Martelly, sanctionné par l’Union européenne, le Canada et les États-Unis, est entré sur leur territoire.
Le président Luis Abinader et le directeur général de la Migration (DGM), le vice-amiral Luis Rafael Lee Ballester, nommé en septembre 2024 par le décret 560-24, doivent préciser les conditions d’entrée de l’ancien président haïtien.
Selon nos sources, Michel Martelly était déjà entré en République dominicaine le 30 juillet 2026 après son retour en Haïti le 15 juillet 2026. Il a récemment franchi à nouveau la frontière pour rencontrer Luis Abinader en catimini, selon des informations que nous détenons, ainsi que Karim Nader Abu Naba’a, homme d’affaires et homme politique américano-dominicain déjà cité dans plusieurs dossiers, notamment de trafic d’armes.

https://www.instagram.com/p/DfbLYlVBGdB/?dlrf=MWZna3g0eW41ZmJycg%3D%3D
Publication du compte Instagram @principekarim, datée du 6 novembre 2026, présentée à l’appui de la présence de Michel Martelly en République dominicaine aux côtés de ressortissants dominicains.
Michel Martelly n’exerce officiellement aucune fonction au sein du gouvernement haïtien. S’il bénéficie d’une autorisation particulière, les autorités dominicaines doivent en préciser la base, les conditions et l’autorité qui l’a accordée.
Plusieurs de nos sources au sein du gouvernement dominicain mettent également en cause la nature des liens entre Michel Martelly et Luis Abinader. Elles affirment que Reuven Bigio et son défunt père, Gilbert Bigio, auraient financé les campagnes présidentielles du dirigeant dominicain ainsi que celle de l’ancien président haïtien.
Ces sources, qui demandent l’anonymat pour des raisons de sécurité, accusent cette famille de diriger un réseau de trafic de cocaïne et de marijuana provenant de Colombie et de Jamaïque. Selon leurs témoignages, les cargaisons transiteraient par Haïti à travers les gangs armés et la République dominicaine avec des réseaux bien organisés composés de certains officiers de l’armée et de la police avant de rejoindre les États-Unis et l’Europe. Elles soutiennent que les intérêts de ce réseau expliqueraient les liens entre les deux responsables politiques.
Nous demandons à Luis Abinader, à Michel Martelly et à Reuven Bigio de répondre à ces accusations, notamment sur les financements politiques évoqués par nos sources.
Les autorités dominicaines ont pris des mesures restrictives contre plusieurs personnalités haïtiennes. Elles doivent expliquer les critères appliqués à Michel Martelly et rendre publiques les conditions de ses entrées sur leur territoire.
Une publication du compte Instagram @principekarim, datée du 6 novembre 2026, montre Karim Nader Abu Naba’a en compagnie de Michel Martelly en République dominicaine. Cette apparition commune soulève des interrogations au regard des accusations de trafic d’armes de guerre visant Karim Abu Naba’a.
Pour mieux comprendre le personnage Karim Abu Naba’a, il faut remonter en 2008.
Le 19 septembre 2008, l’avocat Gustavo Mejía-Ricart dépose une plainte pour tentative d’homicide contre ce dernier. Il affirme que Karim Abu Naba’a l’a visé avec un pistolet-mitrailleur militaire de type P90.
Le 1er décembre 2008, le programme de contrôle des armes à feu du ministère de l’Intérieur et de la Police émet un rapport attestant que le « Prince Karim » ne possède aucune licence l’autorisant à porter ou à détenir des armes à feu. Ce document vient appuyer les accusations de détention et de port illégaux d’armes.

Le 15 avril 2011, face à la multiplication des dossiers judiciaires le visant, notamment pour des affaires d’armes, de tentatives de meurtre et de vols de Ferrari, la justice dominicaine le déclare « en rébellion » et émet un mandat d’arrêt international.
En août 2011, le volet concernant des cargaisons d’armes lourdes introduites par l’aéroport international de Las Américas (AILA) éclate publiquement. La journaliste Alicia Ortega diffuse une enquête intitulée « Les mille et une nuits du Prince Karim ». Elle y décrit comment il aurait utilisé le Salon des Ambassadeurs pour importer illégalement des armes militaires de gros calibre.
Le 23 décembre 2012, après une période de fuite à l’étranger, Karim Abu Naba’a est arrêté à sa descente d’avion à Saint-Domingue. Le parquet retient notamment contre lui l’accusation d’avoir « introduit et détenu des armes de guerre de manière illégale ». Il est placé en détention provisoire.
https://www.diariolibre.com/actualidad/karim-abu-naba-sigue-detenido-MNDL364976
Pour approfondir le sujet, consultez cet article de référence
Selon les plaintes et les enquêtes de l’époque, Karim Abu Naba’a se serait appuyé sur son entourage professionnel et sur la complicité de hauts fonctionnaires et de militaires pour introduire ces armes en République dominicaine.
À cette époque, il entretient une relation avec Nicole Fernández, la fille aînée du président Leonel Fernández. Toujours selon ces plaintes et enquêtes, son statut de « gendre du président » lui aurait permis de bénéficier d’une escorte militaire personnelle et d’un accès direct au Salon des Ambassadeurs de l’aéroport. Il aurait également invoqué cette proximité pour intimider ses adversaires, en affirmant : « Comment peux-tu t’en prendre à moi ? Je suis le gendre du Président. »
Le mercredi 2 janvier 2013, à 14 h 30, Karim Abu Naba’a sort de prison, quelques jours après son arrestation. Sa libération intervient à la suite d’accords financiers à l’amiable et du paiement de cautions estimées à plusieurs millions de pesos dominicains.
https://hoy.com.do/el-pais/liberan-a-karim-abu-nabaa-tiene-aun-tres-casos-pendientes_467272.html
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Jusqu’à présent, nous ne disposons d’aucun élément ni d’aucun document judiciaire établissant que les armes attribuées au « Prince Karim » étaient destinées à alimenter le trafic vers Haïti, mais son apparition avec Michel Martelly attire notre attention, puisque Michel Joseph Martelly fait aussi l’objet de sanctions américaines liées au trafic de cocaïne. L’Union européenne l’a également sanctionné en décembre 2025 pour financement de gangs armés. Auparavant, des experts des Nations unies avaient documenté son rôle présumé de soutien et de parrain financier de plusieurs gangs de Port-au-Prince, notamment les factions Base 257, Village de Dieu, Ti Bwa et Gran Ravin.
Le Canada l’a également sanctionné en novembre 2022 pour des faits de corruption et pour avoir utilisé sa position afin de financer et d’armer des gangs criminels. Le gouvernement canadien a souligné que cette implication avait alimenté l’instabilité politique, la crise humanitaire et la violence armée dans le pays.
Monsieur le Président Luis Abinader, la présence de Michel Martelly sur le territoire dominicain, en compagnie de Karim Nader Abu Naba’a, après toutes ces dénonciations et sans explication des autorités, suscite des soupçons.
Notre demande est précise : indiquez le document présenté par Michel Martelly, l’autorisation éventuellement accordée et le motif de ses visites répétées. Les peuples haïtien et dominicain ont droit à une réponse.
Djovany Michel
Djovany Michel est journaliste d’investigation, PDG et rédacteur en chef de Satellite509, média indépendant et sans subvention, spécialisé dans la dénonciation de la corruption et de la mauvaise gouvernance. Il est l’actuel secrétaire général du Réseau Haïtien des Journalistes Anti-Corruption (RHAJAC).
Spécialités : gouvernance, corruption, géopolitique
Basé entre Haïti et la République dominicaine.
