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António Guterres reçu en grande pompe, la CARICOM repoussée : les questions qui embarrassent le pouvoir d’Alix Didier Fils-Aimé

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PORT-AU-PRINCE, 16 juin 2026 — L’accueil du secrétaire général des Nations Unies, António Guterres, par le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé a donné lieu à un nouveau déploiement de discours officiels célébrant la coopération internationale, la stabilité institutionnelle et la perspective d’élections démocratiques. Pourtant, derrière les images protocolaires et les communiqués soigneusement rédigés, une partie grandissante de l’opinion publique continue de poser des questions auxquelles le gouvernement peine à répondre.

La plus insistante concerne le report de la visite du Groupe des Éminentes Personnalités de la CARICOM. Alors que cette mission régionale devait séjourner en Haïti afin d’évaluer l’évolution de la transition politique et d’échanger avec les autorités sur plusieurs dossiers sensibles, sa visite a finalement été reportée.

Le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé accueille le secrétaire général de l’ONU, António Guterres, à l’aéroport international Toussaint Louverture, le 16 juin 2026. Cette visite diplomatique intervient dans un contexte marqué par une aggravation de l’insécurité, près de 1,5 million de déplacés internes et de nombreuses interrogations sur le bilan de la transition, alors que la visite annoncée de la CARICOM a été reportée.

Officiellement, des contraintes liées à l’agenda et au contexte sécuritaire ont été avancées. Mais cette explication ne convainc pas tout le monde.

Pour de nombreux observateurs, une contradiction saute aux yeux : comment invoquer des préoccupations sécuritaires pour reporter une mission de la CARICOM tout en étant capable, quelques jours plus tard, d’organiser l’accueil d’une personnalité internationale aussi importante que le secrétaire général des Nations Unies ?

Cette interrogation alimente les critiques de ceux qui estiment que certaines questions gênantes sur le bilan de la transition auraient pu être soulevées lors d’une rencontre avec les représentants de la CARICOM.

Au-delà de cette controverse diplomatique, c’est surtout le bilan du gouvernement qui se retrouve au cœur des débats.

Après de longs mois de transition et plusieurs mois durant lesquels Alix Didier Fils-Aimé exerce l’essentiel du pouvoir exécutif, les résultats attendus par la population demeurent difficiles à identifier pour de nombreux citoyens.

Les chiffres disponibles dressent un constat particulièrement inquiétant. Selon les données publiées par les organismes internationaux, près de 1,5 million de personnes sont aujourd’hui déplacées à l’intérieur du pays en raison de la violence armée. Dans plusieurs régions, les groupes criminels continuent de contrôler des axes stratégiques, de perturber les échanges économiques et d’imposer leur loi à des populations abandonnées à leur sort.

Les attaques armées qui ont secoué des zones comme Cité Soleil, Kenscoff, Mirebalais ou encore plusieurs communes de l’Artibonite ont provoqué de nouveaux déplacements massifs de population. Pendant ce temps, les enlèvements demeurent une réalité quotidienne pour de nombreuses familles.

Face à cette situation, les déclarations gouvernementales promettant la restauration de la sécurité paraissent de plus en plus éloignées du vécu de la population.

Pour plusieurs analystes, le principal problème réside dans le décalage entre les annonces et les résultats. Les communiqués se multiplient. Les visites officielles se succèdent. Les promesses de reconquête des territoires occupés par les gangs sont régulièrement répétées. Mais sur le terrain, la population continue d’attendre des changements tangibles.

La question des élections constitue également un sujet de controverse.
Le gouvernement affirme vouloir créer les conditions nécessaires à l’organisation d’un scrutin démocratique. Pourtant, plusieurs secteurs de la société civile et de l’opposition s’interrogent sur la faisabilité réelle d’un tel projet dans un contexte où de vastes portions du territoire demeurent sous l’influence de groupes armés et où des centaines de milliers de citoyens ont été contraints d’abandonner leur domicile.

Comment garantir la libre circulation des électeurs lorsque certaines routes demeurent dangereuses ? Comment assurer une campagne électorale normale dans des régions où l’autorité de l’État est contestée ? Comment organiser un scrutin crédible lorsque des centaines de milliers de déplacés vivent encore dans des abris de fortune ?

Autant de questions qui restent largement sans réponse.
Pour ses détracteurs, le gouvernement semble davantage préoccupé par la gestion de son image que par la présentation d’un bilan concret. Les critiques dénoncent une succession de promesses, d’annonces et de déclarations optimistes qui peinent à masquer la profondeur de la crise.

La visite d’António Guterres constitue sans doute un événement diplomatique important pour Haïti. Mais pour une population confrontée quotidiennement à l’insécurité, aux déplacements forcés et à l’effondrement des services publics, la véritable mesure du succès ne se trouve pas dans les communiqués officiels.

Elle se trouve dans la capacité des autorités à produire des résultats visibles.
Et sur ce terrain-là, beaucoup de citoyens continuent de considérer que les promesses se sont accumulées beaucoup plus vite que les progrès.

Djovany Michel est journaliste d’investigation, PDG et rédacteur en chef de Satellite509, média indépendant et sans subvention, spécialisé dans la dénonciation de la corruption et de la mauvaise gouvernance. Il est l’actuel secrétaire général du Réseau Haïtien des Journalistes Anti-Corruption (RHAJAC).

Spécialités : gouvernance, corruption, géopolitique

Basé entre Haïti et la République dominicaine.

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