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Inscription électorale à Tabarre : Jude Célestin revient sur le devant de la scène, les controverses ressurgissent

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Jude Célestin est de retour dans l’arène. Ce mardi 22 septembre 2026, l’ancien candidat à la présidence s’est présenté au centre Médailles Miraculeuses de Tabarre pour s’inscrire sur les listes électorales, entouré d’une foule nombreuse. Une mise en scène populaire, une présence très remarquée et un slogan destiné à marquer les esprits : « Sak te pase nan vѐy la, pap rive nan antẻman ».

Un homme qui connaît parfaitement les rouages du pouvoir et les rendez-vous électoraux. Il a déjà été candidat à la présidence en 2010, 2015 et 2016. En 2010, il a recueilli 22,48 % des suffrages au premier tour avant d’être écarté de la course pour le second tour, au terme d’un processus électoral très contesté. En 2015, il avait obtenu 25,29 % des voix et terminé deuxième derrière Jovenel Moïse, avant l’annulation du scrutin. En 2016, il s’est présenté à nouveau et a fini deuxième avec 19,57 %, toujours derrière Jovenel Moïse.

Trois campagnes présidentielles. Trois rendez-vous majeurs avec le peuple haïtien. Et maintenant, une nouvelle apparition.

Mais entre les élections, les slogans et les cortèges, il existe une Haïti bien réelle : une population déplacée, des familles endeuillées, des quartiers abandonnés, des citoyens assassinés et une classe politique qui peine à rendre des comptes.

C’est précisément sur ce terrain que le silence de Jude Célestin dérange une partie de l’opinion. Un candidat qui aspire encore à diriger le pays ne peut pas se contenter de réapparaître uniquement lorsqu’il s’agit de solliciter des suffrages. Il doit aussi dire ce qu’il pense de la catastrophe sécuritaire, des massacres, des déplacements forcés et de l’effondrement de l’autorité de l’État.

Où est son programme pour lutter contre les gangs ? Quelle stratégie a-t-il proposée pour reconstruire la police et la justice ? Que prévoyait-il de faire pour les familles ayant fui leur foyer ? Quelle réponse a-t-il apportée à ceux qui vivent au quotidien dans la peur de mourir ? La population n’a pas seulement besoin d’un homme entouré de partisans devant un centre d’inscription ; elle veut savoir ce que cet homme compte faire une fois au pouvoir.
Le 22 décembre 2023, le juge d’instruction Al Duniel Dimanche avait émis un mandat d’amener à l’encontre de Jude Célestin , alors ancien directeur général du Centre national d’équipement (CNE) , dans le cadre d’une enquête portant notamment sur des accusations de complicité de détournement de biens publics. Ce dossier faisait suite à des rapports de l’ULCC concernant l’utilisation abusive présumée d’engins lourds appartenant à l’État.

Ce dossier n’est donc pas une invention de la campagne ; il figure dans les archives judiciaires. Et lorsqu’un homme aspirant à une nouvelle ère revient solliciter la confiance du peuple, il est tout à fait légitime de lui demander ce qu’il est advenu de ces accusations et quelle a été l’issue judiciaire de l’affaire.

Jude Célestin peut mobiliser des centaines de personnes autour de lui. Il peut multiplier les apparitions publiques. Il peut lancer des phrases qui suscitent les applaudissements de ses partisans. Mais une foule n’efface pas un passé politique, et un slogan ne répond pas aux questions fondamentales.

Le pays est à genoux,la population attend des positions claires. Les familles veulent la sécurité. Les déplacés veulent rentrer chez eux. Les victimes veulent justice. Les jeunes veulent un avenir. Les citoyens veulent savoir qui parle, qui agit et qui assume ses responsabilités.

Car en 2026, Haïti n’aura pas besoin de candidats qui réapparaissent comme des ombres au moment des élections.
Elle a besoin de dirigeants capables de regarder le pays droit dans les yeux et de répondre à ses questions.

Et Jude Célestin, qui revient une fois de plus solliciter le suffrage populaire, ne peut demander aux Haïtiens d’oublier les questions qui l’accompagnent. La mémoire politique du peuple est tenace. Les dossiers demeurent. Les victimes demeurent. Et il faut aussi rendre des comptes.

Par Sanon Marc-Antoine

Djovany Michel est journaliste d’investigation, PDG et rédacteur en chef de Satellite509, média indépendant et sans subvention, spécialisé dans la dénonciation de la corruption et de la mauvaise gouvernance. Il est l’actuel secrétaire général du Réseau Haïtien des Journalistes Anti-Corruption (RHAJAC).

Spécialités : gouvernance, corruption, géopolitique

Basé entre Haïti et la République dominicaine.

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