Chaque jour passé avec l’entrée du Grand Sud bloquée, Steeve Khawly et Joël Khawly deviennent plus riches pendant que la population s’appauvrit
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Depuis juin 2024, l’entrée terrestre du Grand Sud est totalement bloquée, asphyxiant la Grand’Anse, le Sud, le Sud-Est et les Nippes. Les prix explosent, les marchandises circulent difficilement et cette situation a considérablement appauvri la population, qui s’enfonce chaque jour davantage dans une crise de survie.
Le blocage des routes nationales et les postes de péage illégaux sont devenus un phénomène reconnu publiquement jusque dans les plus hautes sphères sécuritaires du pays. Lors d’une intervention médiatique en janvier 2026, le Directeur général de la PNH, André Jonas Vladimir Paraison, avait affirmé qu’il n’y a pas que les gangs qui bénéficient du blocage des routes nationales, mais aussi certaines autorités locales impliquées dans des systèmes de perception illégale.
Vidéo de l’intervention du Directeur général de la PNH, André Jonas Vladimir Paraison, affirmant publiquement que le blocage des routes nationales ne profite pas uniquement aux gangs armés, mais également à certaines autorités locales impliquées dans des systèmes de péage illégaux et de contrebande. Des déclarations qui prennent une dimension particulière dans le contexte du dossier Khawly et de la paralysie du Grand Sud.
Il faut également rappeler que Steeve Khawly figure parmi les personnalités haïtiennes sanctionnées par le Canada depuis le 24 mars 2023. Ottawa l’accuse d’être impliqué dans le soutien à la violence et à l’insécurité en Haïti et d’en tirer profit. Les sanctions canadiennes prévoient notamment le gel des avoirs détenus au Canada ainsi qu’une interdiction de territoire.

Le passé de Joël Khawly reste également marqué par plusieurs controverses judiciaires. Dès 1995, son nom apparaissait déjà dans une affaire de trafic de cocaïne à Jacmel. À l’époque, le commissaire du gouvernement de Jacmel, Danton Léger, avait annoncé la saisie de dix-neuf paquets de cocaïne sur un bateau présenté comme appartenant à Joël Khawly. Une dizaine de personnes avaient alors été arrêtées, dont Khawly lui-même, avant sa libération quelques jours plus tard. Plus récemment, le 25 novembre 2022, Joël Khawly avait de nouveau été arrêté à Jacmel lors d’une opération menée par le BLTS, la DCPJ et l’UDMO dans un dossier lié à des soupçons de trafic de drogue et de possession d’armes de guerre.
Audio d’un journal présentant le dossier de Joël Khawly, arrêté en 1995 à Jacmel pour trafic de cocaïne par Jean Danton Léger, alors commissaire du gouvernement. Une affaire ancienne qui refait surface au cœur des nouvelles révélations entourant le nom Khawly.
Malgré l’ampleur de la situation, l’État reste incapable de rétablir la libre circulation entre Port-au-Prince et les départements du Grand Sud. Camions de marchandises, transport privé, circulation commerciale : tout est paralysé depuis des mois sous le regard d’un pouvoir incapable d’imposer son autorité sur des axes stratégiques du pays.
Dans plusieurs secteurs du Sud-Est, Steeve Khawly et son cousin Joël Khawly sont régulièrement dénoncés comme les principaux bénéficiaires de cette situation, accusés de profiter du blocage pour renforcer leur contrôle sur une large partie des circuits commerciaux du Grand Sud. Pendant que les routes restent fermées, le transport maritime devient pratiquement obligatoire pour l’approvisionnement de plusieurs zones en marchandises venant de Port-au-Prince et de l’international.
Cette situation impose une dépendance économique dangereuse où la majorité de la population n’a plus d’autre choix que de passer par des réseaux privés pour accéder aux marchandises venant de Port-au-Prince et de l’étranger. Pendant ce temps, des produits régulièrement dénoncés comme nocifs pour la santé continuent d’être écoulés sur le marché, notamment après les révélations autour du fameux « diri chèf » contaminé. Du ciment de mauvaise qualité continue également d’alimenter les critiques contre Steeve Khawly et Joël Khawly.
Le blocage prolongé des routes nationales provoque également une hausse importante des coûts de transport et d’approvisionnement dans plusieurs régions du pays. Des transporteurs et commerçants dénoncent depuis des mois des péages illégaux et des circuits imposés sur les routes nationales, une situation qui contribue directement à l’augmentation du coût de la vie et à l’appauvrissement des familles déjà fragilisées.
Mais malgré la colère grandissante, aucune mobilisation massive n’éclate réellement contre cette situation. La peur, la misère, l’insécurité et l’absence de leadership crédible paralysent une grande partie de la population, concentrée avant tout sur sa survie quotidienne. Beaucoup craignent également les représailles de réseaux politiques, économiques et armés considérés comme puissants.
Pendant que les citoyens attendent un changement, le Grand Sud reste prisonnier d’un système où l’effondrement de l’État ouvre la voie à des intérêts privés capables d’imposer leur domination sur des secteurs stratégiques de la vie nationale.
Djovany Michel est journaliste d’investigation, PDG et rédacteur en chef de Satellite509, média indépendant et sans subvention, spécialisé dans la dénonciation de la corruption et de la mauvaise gouvernance. Il est l’actuel secrétaire général du Réseau Haïtien des Journalistes Anti-Corruption (RHAJAC).
Spécialités : gouvernance, corruption, géopolitique
Basé entre Haïti et la République dominicaine.
