Justice spectacle sous Alix Didier Fils-Aimé : des “pôles spécialisés” inaugurés pendant que l’impunité dévore l’État haïtien
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PORT-AU-PRINCE — En pleine descente aux enfers institutionnelle, le Premier ministre de facto Alix Didier Fils-Aimé a effectué, ce lundi 25 mai 2026, une visite officielle dans les locaux destinés à accueillir les futurs pôles judiciaires spécialisés. Présentée par le pouvoir comme une étape majeure dans la modernisation du système judiciaire haïtien, cette opération de communication suscite pourtant une profonde indignation dans plusieurs secteurs du pays.
Car derrière les discours solennels sur la lutte contre la corruption, le blanchiment et les crimes financiers, une contradiction monumentale continue d’empoisonner le fonctionnement même de l’appareil judiciaire : le décret sur la Haute Cour de justice, considéré comme essentiel au renforcement des mécanismes de contrôle institutionnel, n’a toujours pas été officiellement rapatrié ni appliqué par les autorités en place.
Pour de nombreux observateurs, cette incohérence démontre l’ambiguïté troublante du pouvoir actuel face aux véritables instruments capables de poursuivre les hauts responsables impliqués dans des dossiers sensibles. Comment prétendre vouloir renforcer la justice tout en maintenant paralysés les principaux outils constitutionnels de contrôle de l’État ?

Cette situation devient encore plus embarrassante pour le gouvernement lorsqu’on sait que plusieurs partenaires internationaux, notamment le Canada — principal contributeur au financement et à l’appui technique des pôles judiciaires spécialisés — avaient déjà exprimé leurs préoccupations face au retard persistant des autorités haïtiennes dans ce dossier stratégique.
Pendant ce temps, la justice haïtienne continue de sombrer dans une crise abyssale. Les tribunaux fonctionnent au ralenti, des milliers de détenus restent enfermés pendant des années sans jugement, les commissariats manquent de moyens, et les magistrats travaillent sous la menace constante de l’insécurité généralisée.
Dans ce contexte explosif, plusieurs analystes dénoncent ce qu’ils considèrent comme une mise en scène institutionnelle destinée à donner l’illusion d’un État réformateur alors que les fondations mêmes de la justice s’effondrent sous le poids de l’impunité, de l’ingérence politique et de la paralysie administrative.
L’image devient d’autant plus choquante que le pays traverse l’une des périodes les plus violentes de son histoire récente. Tandis que des gangs armés contrôlent des territoires entiers, que des citoyens sont exécutés ou kidnappés quotidiennement et que la population perd confiance dans les institutions, le pouvoir semble privilégier les symboles et les visites officielles plutôt qu’une réforme profonde et courageuse de l’appareil judiciaire.
Pour beaucoup, ces pôles spécialisés risquent de devenir de simples vitrines bureaucratiques sans véritable capacité d’action si l’État refuse toujours de garantir l’indépendance réelle de la justice et d’appliquer les instruments permettant de poursuivre les puissants.
Au cœur de la colère populaire, une question revient désormais avec insistance : le gouvernement d’Alix Didier Fils-Aimé cherche-t-il réellement à combattre l’impunité ou simplement à contrôler les structures appelées un jour à enquêter sur les dérives du pouvoir lui-même ?
Djovany Michel est journaliste d’investigation, PDG et rédacteur en chef de Satellite509, média indépendant et sans subvention, spécialisé dans la dénonciation de la corruption et de la mauvaise gouvernance. Il est l’actuel secrétaire général du Réseau Haïtien des Journalistes Anti-Corruption (RHAJAC).
Spécialités : gouvernance, corruption, géopolitique
Basé entre Haïti et la République dominicaine.
