Crise au sommet de l’État sénégalais: Le Président Bassirou Diomaye Faye limoge son Premier ministre Ousmane Sonko
3 min read
Coup de tonnerre sur la scène politique sénégalaise. Par un décret présidentiel lu ce vendredi 22 mai 2026 à la télévision nationale, le président de la République, Bassirou Diomaye Faye, a mis fin aux fonctions de son Premier ministre et allié de toujours, Ousmane Sonko. Cette décision brutale plonge le pays dans une incertitude politique majeure et consacre la rupture définitive entre les deux figures de proue de l’ex-Pastef.
L’histoire d’Ousmane Sonko et de Bassirou Diomaye Faye est avant tout celle d’un duo fusionnel qui a ébranlé le système politique sénégalais. Compagnons de lutte au sein du syndicat des impôts et domaines, ils ont fondé ensemble le Pastef en 2014. Pendant une décennie, face aux vagues de répression, aux procès et à la prison, les deux hommes ont affiché une solidarité sans faille. Le slogan « Diomaye, c’est Sonko » avait d’ailleurs permis d’unir leurs destins lors de la présidentielle de mars 2024, portant le jeune inspecteur des impôts au pouvoir suprême grâce à l’aura de son mentor disqualifié.

Pourtant, la transition de l’opposition radicale à la gestion de l’État a rapidement mis à l’épreuve l’équilibre de ce bicéphalisme inédit. Dès les premiers mois de gouvernance, des divergences de style et de méthode ont commencé à poindre au sommet de l’exécutif. Tandis que le président Faye tentait d’incarner une posture institutionnelle, rassurante et diplomatique, Ousmane Sonko a conservé sa verve de tribun, multipliant les sorties médiatiques offensives. Cette dualité de communication a progressivement créé des frictions sur des dossiers stratégiques tels que les réformes économiques et la gestion des alliances politiques.
Au fil des mois, la distance s’est muée en une rupture de confiance manifeste. Les cercles proches du palais présidentiel bruissaient de rumeurs concernant une guerre d’influence pour le contrôle de l’appareil d’État et des nominations clés.
Le Premier ministre, perçu par certains comme un chef de gouvernement omniprésent ombrageant le chef de l’État, a vu ses prérogatives subtilement contestées. Ce limogeage, bien qu’historique, apparaît ainsi comme le dénouement inévitable d’une cohabitation devenue intenable pour le président Faye, désireux d’affirmer pleinement son autorité constitutionnelle.
Djovany Michel est journaliste d’investigation, PDG et rédacteur en chef de Satellite509, média indépendant et sans subvention, spécialisé dans la dénonciation de la corruption et de la mauvaise gouvernance. Il est l’actuel secrétaire général du Réseau Haïtien des Journalistes Anti-Corruption (RHAJAC).
Spécialités : gouvernance, corruption, géopolitique
Basé entre Haïti et la République dominicaine.
