Ouest en feu, ministre absent : le silence de Paul Antoine Bien-Aimé interroge
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Alors que le département de l’Ouest s’enfonce dans une violence sans précédent , le ministre de l’Intérieur, Paul Antoine Bien-Aimé, brille par son silence. Les 4 et 5 mai 2026 , dans les locaux du MICT à Delmas 60, le ministère a organisé par procuration un atelier de formation pour les maires, censé renforcer une gouvernance locale aujourd’hui paralysée par les gangs. Cette initiative technique, lancée en l’absence du ministre, peine à masquer l’abandon politique d’élus qui ne demandent plus des manuels de gestion, mais des moyens régaliens pour survivre et reprendre le contrôle de leurs communes

L’insécurité galopante transforme la gestion des communes du département de l’Ouest en une mission suicide, mais au sommet de l’État, le silence est roi. Alors que les mairies tombent sous le contrôle des gangs et que les élus sont contraints à l’exil ou à la clandestinité, Paul Antoine Bien-Aimé brille par son manque d’engagement concret. Plutôt que de monter au front pour garantir la protection de ses administrés, le ministre s’est contenté de déléguer l’ouverture de cet atelier à sa secrétaire d’État, Sharina Lochard, lui laissant porter seule le poids d’un discours déconnecté de la réalité de terrain.

En effet, les outils de gestion locale enseignés semblent dérisoires face aux fusils d’assaut. Les agents exécutifs, récemment nommés, ne luttent pas avec des budgets, mais pour leur vie. Entre l’impossibilité de collecter les taxes dans des zones « territoires perdus » et l’abandon pur et simple des locaux administratifs, les maires sont démunis. Pour ces élus, « exercer avec aisance » est une utopie cynique quand leur quotidien est rythmé par les menaces de mort et l’impossibilité de circuler librement dans leurs propres juridictions.
Cette passivité ministérielle alimente un sentiment de mépris profond chez les responsables territoriaux. En se faisant représenter par Mallew Étienne et Sharina Lochard pour un événement d’une telle importance symbolique, le ministre confirme une gestion par procuration qui ignore l’urgence vitale. Aucun plan de protection spécifique n’a été annoncé, aucune stratégie de reconquête des hôtels de ville occupés n’a été esquissée. Cette session ressemble davantage à une opération de communication qu’à une véritable prise en charge des problèmes structurels.
En somme l’initiative du MICT expose une fracture béante entre la bureaucratie de Delmas 60 et le chaos des quartiers. Sans un engagement politique fort et une présence réelle du ministre sur le dossier de la sécurité, ces formations ne sont que des pansements sur une jambe de bois. Les maires de l’Ouest attendent de leur ministre de tutelle autre chose que des discours par intérim : ils réclament le droit d’administrer sans la permission des seigneurs de guerre.
Djovany Michel est journaliste d’investigation, PDG et rédacteur en chef de Satellite509, média indépendant et sans subvention, spécialisé dans la dénonciation de la corruption et de la mauvaise gouvernance. Il est l’actuel secrétaire général du Réseau Haïtien des Journalistes Anti-Corruption (RHAJAC).
Spécialités : gouvernance, corruption, géopolitique
Basé entre Haïti et la République dominicaine.
