Pendant que la Douane augmente les taxes sur l’importation du riz pour empêcher d’autres importateurs, les gangs détruisent les plantations nationales, bloquent les routes et Steeve Khawly importe des produits Diri Chèf contaminés
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Le scandale du riz Diri Chèf contaminé continue d’éclabousser l’oligarque Steeve Khawly, accusé par de nombreux observateurs de mettre en danger la santé de la population haïtienne pour protéger son empire économique. Malgré les alertes sanitaires et les recommandations officielles de destruction émises par les services de quarantaine agricole, aucune preuve publique crédible de destruction totale des cargaisons dénoncées n’a été présentée jusqu’à présent.
Plus grave encore, Steeve Khawly reconnaît lui-même l’existence de la contamination du riz, pendant que le service de quarantaine du ministère de l’Agriculture confirme officiellement que les cargaisons concernées sont contaminées. Pourtant, depuis ces révélations, aucune preuve claire de destruction du riz n’a été rendue publique, alors que plusieurs observateurs estiment qu’une partie des produits aurait déjà été écoulée sur le marché haïtien, avec des conséquences potentiellement graves sur la santé de la population dans les mois à venir.

Pendant que des millions d’Haïtiens luttent contre la faim et la misère, des produits dénoncés comme contaminés continuent de circuler sur le marché national. Une situation jugée scandaleuse dans un pays où l’État est accusé de protéger les intérêts des oligarques au lieu de défendre la santé publique.

Incapable de démontrer publiquement la destruction des cargaisons contaminées, Steeve Khawly préfère multiplier les sommations contre les médias ayant dénoncé le dossier. Pourtant, malgré ces pressions, aucune démonstration publique sérieuse de destruction des cargaisons contaminées n’a été rendue publique.
Il faut également rappeler que la rentrée terrestre du Grand Sud reste totalement bloquée depuis des années par les gangs armés. L’actuel directeur général a.i. de la Police nationale d’Haïti, Vladimir Paraison, affirme lui-même qu’il existe de puissants intérêts économiques cachés derrière ce blocage.
Pendant que plusieurs départements du pays restent pratiquement isolés, Steeve Khawly et son cousin Joël Khawly ont développé une voie maritime reliant le centre-ville à Carrefour afin de contourner la route de Martissant, contrôlée par les gangs « 5 Segond », de Gran Ravin et de Tibwa.
Pendant que commerçants et citoyens ordinaires sont pris en otage par l’insécurité, la famille Khawly continue pourtant d’exploiter un wharf privé situé à proximité immédiate du groupe « 5 Segond », sans être attaquée. Une situation qui alimente de lourds soupçons sur les protections et les intérêts économiques liés au maintien du blocage du Grand Sud.
À cause de cette situation, des milliers d’habitants sont forcés d’acheter nourriture, ciment et marchandises entre les mains de la famille Khawly, notamment à Jacmel, ou de payer des traversées maritimes extrêmement coûteuses vers Port-au-Prince à bord des embarcations contrôlées par les Khawly.
Selon plusieurs dénonciations, une partie de ces flux financiers transiterait ensuite depuis les États-Unis via le service Zelle, où résiderait actuellement Steeve Khawly.
Pour de nombreux critiques, le dossier Riz Chèf contaminé dépasse désormais la simple question alimentaire. Il représente le symbole d’un système mafieux où des oligarques accusés de liens avec les gangs armés continuent de faire fortune pendant que la population haïtienne paie le prix dans son assiette, sur les routes bloquées et dans sa survie quotidienne.
Djovany Michel est journaliste d’investigation, PDG et rédacteur en chef de Satellite509, média indépendant et sans subvention, spécialisé dans la dénonciation de la corruption et de la mauvaise gouvernance. Il est l’actuel secrétaire général du Réseau Haïtien des Journalistes Anti-Corruption (RHAJAC).
Spécialités : gouvernance, corruption, géopolitique
Basé entre Haïti et la République dominicaine.
