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Haïti : le secteur privé exige des élections crédibles, pourtant, il dirige le pays avec Alix Didier Fils-Aimé, sans contre-pouvoir ni opposition réelle

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Le secteur privé haïtien réclame des élections crédibles, inclusives et sécurisées. Dans une note datée du 22 septembre 2026, l’Association des Industries d’Haïti (ADIH), la Chambre de Commerce et d’Industrie d’Haïti (CCIH), la Chambre de Commerce et d’Industrie Haïtiano-Canadienne (CCIHC) et l’Institut Macaya disent qu’ils refusent que le scrutin soit réduit à une simple formalité destinée à mettre fin à la transition.

Les quatre organisations demandent des conditions permettant aux candidats de mener campagne et aux citoyens de voter librement, notamment les personnes déplacées et celles vivant dans les zones difficiles d’accès.

Face à l’emprise des gangs sur plusieurs territoires, elles appellent les autorités haïtiennes et les partenaires internationaux à accélérer le déploiement de la Force de Répression des Gangs (FRG), en appui à la Police nationale d’Haïti et aux Forces armées d’Haïti.

La démarche du secteur privé soulève toutefois une contradiction. La CCIH réclame aujourd’hui transparence, sécurité et élections crédibles, alors que son ancien président, Alix Didier Fils-Aimé, dirige lui-même le gouvernement depuis son investiture, le 11 novembre 2024, après avoir succédé à Garry Conille.

Note du secteur privé haïtien, datée du 22 septembre 2026, appelant à des élections crédibles, inclusives et sécurisées, avec des garanties de transparence et de participation.

Chargé notamment de rétablir la sécurité afin de créer les conditions nécessaires à l’organisation des élections, son gouvernement n’a, jusqu’ici, neutralisé aucun des principaux chefs de gangs. Dans le même temps, la corruption, les détournements massifs de fonds publics, les contrats opaques et l’impunité continuent d’aggraver la situation du pays.

Issu du secteur privé avant son arrivée à la Primature, Alix Didier Fils-Aimé se trouve désormais au cœur d’un pouvoir de transition qui fonctionne sans Parlement élu, donc sans l’un des principaux mécanismes institutionnels de contrôle de l’Exécutif ni une opposition réelle. Dans ce contexte, voir une organisation qu’il a autrefois dirigée interpeller aujourd’hui le pouvoir pose la question de la responsabilité et de l’indépendance. La transparence réclamée pour le processus électoral devrait également s’appliquer à la conduite de la transition, à l’utilisation des ressources publiques et aux décisions de l’Exécutif.

Cette prise de position intervient aussi alors que plusieurs figures influentes de l’élite économique haïtienne ont été visées par des sanctions internationales pour des faits présumés qui contrastent avec les principes de sécurité et de transparence défendus aujourd’hui.

Alix Didier Fils-Aimé, Premier ministre d’Haïti et ancien président de la Chambre de Commerce et d’Industrie d’Haïti (CCIH).

En décembre 2022, le Canada a sanctionné plusieurs figures du secteur privé, dont Gilbert Bigio et Sherif Abdallah, entre autres. Ottawa affirmait avoir des raisons de croire qu’ils utilisaient leur position pour protéger ou faciliter les activités illégales de gangs armés, notamment par le blanchiment d’argent et d’autres actes de corruption.

En septembre 2023, Marc Antoine Acra, Carl Braun et Jean Marie Vorbe ont également été sanctionnés par le Canada. Selon Ottawa, ils auraient contribué à la violence et à l’instabilité par la corruption ou d’autres activités criminelles et en permettant à des gangs armés de mener des activités illégales.

Salim Succar et Steeve Khawly, entre autres, figurent également parmi les personnalités du monde des affaires visées par des sanctions canadiennes.

Boulos et Dimitri Vorbe arrêtés aux États-Unis

Deux autres figures du secteur privé, Pierre Réginald Boulos et Dimitri Vorbe, ont été arrêtées aux États-Unis en 2025.

Boulos a été arrêté par les services américains de l’immigration en juillet 2025. Les autorités américaines l’ont accusé d’avoir contribué à la déstabilisation d’Haïti et d’avoir soutenu des chefs de gangs. Après environ huit mois de détention, il a quitté les États-Unis pour la Colombie le 7 avril 2026 dans le cadre d’une procédure d’expulsion.

Dimitri Vorbe a été arrêté en septembre 2025. Les autorités américaines l’ont également accusé d’activités liées au soutien de gangs et à la déstabilisation d’Haïti. Les deux hommes ont fait l’objet de procédures migratoires et d’expulsion.

Les organisations patronales réclament aujourd’hui sécurité, transparence et institutions crédibles, alors que plusieurs figures influentes des élites économique et politique ont été sanctionnées ou accusées de faits liés à la corruption, aux gangs, au trafic de drogue ou à la déstabilisation du pays.

Pour la note qui porte les signatures de David Coles, président de l’ADIH, Jean Nathan Letang, président de la CCIH, Gérard Laborde, président de la CCIHC, et Jean Paul Faubert, directeur exécutif de Macaya, Haïti doit sortir de la transition, mais pas au prix d’élections organisées sans garanties suffisantes de sécurité, de transparence et de participation. Cette position contraste toutefois avec les activités illicites reprochées à certaines figures du secteur privé.

La position du secteur privé rappelle une contradiction déjà observée en Haïti : des gangs armés tuent des innocents et détruisent les biens de la population, parlent ensuite de paix et de sécurité et disent même qu’ils sont des révolutionnaires. De même, certains politiciens détournent des fonds publics, mais à la radio, ils sont des patriotes et prétendent défendre le développement et la sécurité du pays.

Le Réseau haïtien des journalistes anti-corruption (RHAJAC) estime que la priorité doit être de renforcer la Police et la justice afin de permettre l’arrestation et le jugement de toute personne pour les faits qui lui sont reprochés, quels que soient son secteur d’activité, son statut ou son origine, afin de contribuer à sortir le pays du chaos.

Djovany Michel

Djovany Michel est journaliste d’investigation, PDG et rédacteur en chef de Satellite509, média indépendant et sans subvention, spécialisé dans la dénonciation de la corruption et de la mauvaise gouvernance. Il est l’actuel secrétaire général du Réseau Haïtien des Journalistes Anti-Corruption (RHAJAC).

Spécialités : gouvernance, corruption, géopolitique

Basé entre Haïti et la République dominicaine.

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